Spetters (Paul Verhoeven, 1980)

Dans la banlieue de Rotterdam, une vendeuse de frites avide de s’élever socialement s’intéresse à trois copains dont un jeune champion de motocross.

Force est de constater que la générosité romanesque de la narration et la puissance vitaliste de la mise en scène l’emportent face à la laideur délibérée du décor, de la lumière, des acteurs, de la musique, des images de sexe parfaitement gratuites et des consternants clichés (l’homo refoulé qui s’accepte grâce à un viol) qui sous-tendent une Weltanschuung ne déviant jamais de son cynisme programmatique. Pas sûr toutefois que Spetters supporte une révision.

Du sang sur la Tamise (The long good friday, John Mackenzie, 1980)

A Londres à la fin des années 70, un caïd entend profiter de l’entrée de l’Angleterre dans le Marché commun pour devenir respectable mais une série de morts violentes altère ses plans.

Un bon polar qui mêle habilement stylisation plastique et saupoudrage documentaire. La nervosité de la caméra, l’inventivité des scènes de violence, une certaine sensibilité de coloriste et l’emphase de la musique vivifient un récit aux enjeux variés. Les docks londoniens ont rarement été aussi bien filmés. Scorsese a dû voir The long good friday avant de réaliser Les affranchis.

Les moissons du printemps (Racing with the moon, Richard Benjamin, 1984)

En 1942, deux jeunes Californiens comptent bien profiter des semaines qui leur restent avant d’être enrôlés dans l’Armée.

La mise en scène n’est pas des plus transcendantes mais la simplicité du ton et un excellent trio de jeunes acteurs -Sean Penn, Nicolas Cage et Elizabeth McGovern- insufflent une attachante justesse à ce classique film sur le passage à l’âge adulte en temps de guerre (le genre d’oeuvre qui aurait pu être réalisée par Henry King à l’époque où se déroule son action).

P’tit con (Gérard Lauzier, 1984)

Agé de 18 ans, un fils de bourgeois pétri d’idées gauchistes quitte le domicile de ses parents…

Peut-être le meilleur film de Gérard Lauzier. D’abord, le satiriste est en verve et le spectateur se marre bien. Ensuite, son éternel cynisme n’empêche pas une certaine tendresse pour les personnages d’affleurer ici et là. Enfin, pour une fois, le récit va jusqu’au bout de sa logique et les contradictions soulevées ne sont pas artificiellement escamotées à la fin. Bref, la justesse et la fantaisie l’emportent sur le prêt-à-penser réac.

Les insoumis (Lino Brocka, 1989)

Aux Philippines, après la fin de la dictature de Marcos, un militant des droits de l’homme récemment marié constate que les exactions continuent.

Après avoir combattu Ferdinand Marcos, Lino Brocka s’est rendu compte que Cory Aquino et son entourage corrompu ne valaient guère mieux que le dictateur renversé. Plus ou moins clandestinement, il a donc réalisé Les insoumis, brûlant témoignage de la violence contre les populations qui continuait à être exercée par des milices paramilitaires plus que tolérées par le gouvernement. Dans la situation chaotique représentée, Brocka ne tire aucune solution partisane mais préfère retracer l’évolution d’un jeune père de famille vers le retour à la lutte armée. Cette évolution, reflet du pessimisme endémique de l’auteur, est provoquée par des affects bouleversés et non par une froide analyse. Ainsi qu’une brutalité à faire passer Samuel Fuller pour Mervyn LeRoy, c’est cette individualisation passionnelle du constat politique qui le rend aussi émouvant et aussi imparable.

Baddegama/Village dans la jungle (Lester James Peries, 1980)

Dans la campagne sri-lankaise, un fermier est victime du sort que lui jette un vieil homme à qui il a refusé sa fille puis des magouilles de l’administrateur colonial.

La rigueur de la mise en scène et la beauté nue des cadres sont altérées par le ridicule nanardesque des images d’hallucination. Il y a une certaine beauté tragique dans le destin de ce personnage écrasé aussi bien par les mythes archaïques de sa communauté que par les subtilités de l’administration anglaise mais la narration aurait gagné à fusionner ces deux intrigues. Bref, c’est pas mal mais ça aurait pu être mieux, d’autant que les acteurs ont une belle présence.

 

Hôtel des Amériques (André Téchiné, 1981)

A Biarritz, le fils de la gérante d’un hôtel tombe amoureux d’une anesthésiste parisienne en exil…

Si dans ses grandes lignes, le drame d’un homme ne se croyant pas à la hauteur de la femme qu’il aime est cohérent, le récit manque d’étoffe et certains développements sont poussifs. C’est peut-être moi qui ai du mal à m’identifier à des personnages masochistes mais j’ai trouvé que les scènes à l’aéroport ne fonctionnaient pas car le cliché du désespoir alcoolisé n’y est étayé par aucune logique psychologique ou sentimentale.

Dans l’ensemble, j’ai eu l’impression que Téchiné filmait l’idée d’un mélodrame plus qu’il ne filmait un mélodrame, écourtant brutalement certaines séquences comme pour refréner leur émotion potentielle. Ce n’est que dans la dernière partie du film qu’il se laisse aller à employer le fondu enchaîné, atténuant enfin la raideur oxymorique de son montage. La musique, timorée et faiblarde de Philippe Sarde, n’aide pas non plus à emporter le spectateur dans la passion vécue par les protagonistes. A côté de ces nombreux signes de pusillanimité, il y a pourtant des plans d’un lyrisme hollywoodien, tel le magnifique retour à la gare d’Hélène. Mais ces plans déparent tant d’avec le reste du film qu’on a l’impression que l’auteur s’y est amusé comme à un exercice de style.

Toutefois, Deneuve et Dewaere sont parfaits (de même que les seconds rôles Josiane Balasko et Etienne Chicot), ce qui assure à Hôtel des Amériques le minimum nécessaire de vérité humaine à ce genre de film.