Travelling avant (Jean-Charles Tacchella, 1987)

En 1948, deux cinéphiles parisiens rêvent de rentrer dans le milieu du cinéma.

Reconstitution de l’âge d’or de la cinéphilie française qui sonne d’autant plus juste qu’elle prend en compte la face sombre de son sujet: la mélancolie, l’inaptitude à vivre, qui conduit le héros à une quasi-clochardisation. Ainsi, Thierry Frémont, une révélation, est durement émouvant. Ann-Gisel Glass est très bien en jeune fille endeuillée. Malgré quelques raccourcis scénaristiques (comment deux filles peuvent-elles s’enticher de pareil tocard?), des dialogues trop signifiants et une utilisation de la musique parfois contre-productive, Travelling avant est un joli film.

 

Cinq et la peau (Pierre Rissient, 1982)

Un Occidental exilé à Manille pense aux vers qui l’ont marqué, aux cinéastes qui l’ont hanté et aux Philippines qu’il a levées.

Les filles sont très jolies et on voit beaucoup Manille mais l’impression demeure d’une oeuvre très nombriliste, l’auteur ne cherchant guère à universaliser ses marottes et obsessions. On se souviendra de Pierre Rissient pour son travail capital d’activiste cinéphile plus que pour ce film.

Light of day (Paul Schrader, 1987)

Un jeune homme frère d’une rockeuse, mère d’un enfant de cinq ans et fâchée avec leur mère catholique, perd son boulot d’ouvrier…

Ce drame familial est bien charpenté et le récit traite frontalement ses thèmes (ce qu’est un lien familial, ce qu’est la foi en Dieu) mais il manque de surprises et de détails concrets. Ainsi, la mise en scène du calviniste Paul Schrader ne montre pas suffisamment les attraits d’une vie rock&roll pour que la Tentation soit vraiment séduisante.

Zig Zag story/Et la tendresse ! Bordel!… 2 (Patrick Schulmann, 1983)

Un peintre habitant avec un photographe obsédé sexuel tombe amoureux d’une animatrice de radio…

Ce deuxième volet officieux (Zig zag story fut renommé par son opportuniste éditeur vidéo) permet de mieux cerner la singularité de Patrick Schulmann qui s’avère un anarchiste réac, aussi sarcastique vis-à-vis de l’ordre bourgeois et policier que mélancolique face au manque d’amour vrai après la libération sexuelle.

D’ailleurs, plus que dans le premier opus, le titre est ici justifié par ce qui nous est raconté: une magnifique histoire où un grave accident fait naître des sentiments entre deux amants. Un peu comme dans Elle et lui. Les rebondissements surprenants, la frontalité de la narration et l’absence totale d’inhibition quant à toute notion de « mauvais goût » confèrent une grande force à cette histoire d’amour.

L’inventivité de la mise en scène est aussi bien burlesque que formelle: de savants enchaînements de catastrophes font avancer le récit et l’image est triturée dans tous les sens; ce qui n’est pas un jeu gratuit mais une source de gags divers et variés. Fils spirituel de Reiser et de Bunuel (géniale intervention des nonnes), Patrick Schulmann avait de la fantaisie à revendre, bien plus que les volontaristes du culturellement chic (Arietta, Biette, Bozon…).

Son seul problème était de manquer de rigueur dans le dessein d’ensemble. Autour du couple central, Fabrice Lucchini interprète avec son habituelle finesse un personnage d’autant plus drôle qu’il est parfaitement univoque car mu uniquement par sa libido mais ce qui tourne autour de l’enlèvement de l’enfant ne fait que parasiter l’intrigue principale.

Danton (Andrzej Wajda, 1983)

De retour à Paris, Danton inquiète le comité de salut public.

Wajda a fait de Robespierre et Danton les deux faces de la Révolution: l’un est le monstre totalitaire et froidement sanguinaire tandis que l’autre est le sincère ami du peuple qui souhaite en finir avec la guillotine. Même si l’implacable démonstration de la folie criminelle des révolutionnaires a le mérite de remettre quelques pendules à l’heure (à commencer par celle du commanditaire François Mitterrand qui sortit furieux de la projection), cette schématisation a la tort d’être déroulée de façon prévisible. Dans sa globalité, le jeu des acteurs accentue l’impression de théâtralité qui émane d’une écriture très didactique et d’une mise en scène peu subtile. Cependant, quelques séquences -tel celle où Robespierre se prépare pour la fête de l’Etre suprême- se distinguent d’un ensemble assez académique grâce à leur beauté funèbre et étrange à laquelle contribue grandement la musique de Jean Prodromidès.

Pour 100 briques t’as plus rien (Edouard Molinaro, 1982)

Motivés par l’actualité, deux chômeurs braquent une banque.

C’est drôle, piquant, bien rythmé, les acteurs sont fort sympathiques et l’esprit anarchiste des séquences à la banque surprend agréablement avant que la fin n’enlève la réjouissante ambivalence qui les nimbait pour clairement faire pencher la balance vers une morale du genre « tout le monde est pourri, sachons en tirer parti ». C’est quand même pas mal du tout.