Certaines nouvelles (Jacques Davila, 1980)

Pendant la guerre d’Algérie, une famille de colons profite de l’été…

Il ne suffit pas de montrer des bonnes femmes en maillot de bain discuter de choses futiles pendant qu’à la radio on annonce des attentats horribles pour figurer l’insouciance d’une classe sociale qui danse sur un volcan. Malgré la toujours excellente Micheline Presle, le film est assez peu intéressant, vide d’enjeux narratifs et dramatiques et dénué de saveur particulière dans son appréhension des corps et des décors.

Middle age crazy (John Trent, 1980)

Crise de la quarantaine chez un bourgeois américain.

Film tiré de la chanson éponyme de Sonny Throckmorton immortalisée par Jerry Lee Lewis (qui a co-écrit le scénario). Ce n’est pas du Blake Edwards mais c’est bien vu, tendre et touchant voire non dénué d’une certaine complaisance. Figurer la crise de conscience avec des inserts « mentaux » est facile mais efficace.

Eclair de lune (Norman Jewison, 1987)

Son fiancé parti accompagner sa mère dans ses derniers instants en Sicile, une trentenaire italo-américaine tombe amoureuse de son futur beau-frère.

La tendresse du regard sur certains personnages secondaires n’empêche pas d’être frustré devant cette comédie qui sonne parfois faux, notamment à cause de dialogues artificiels.

L’Écrin de l’ombre (The shadow box, Paul Newman, 1980)

Dans une clinique, trois personnes condamnées, rejointes par leurs familles, acceptent de répondre à des questions devant une caméra.

L’humilité de la mise en scène de Paul Newman efface l’origine théâtrale de son script pour atteindre à une vérité universelle sur la mort, la vie, la famille, l’amour…Ce qui aurait pu n’être qu’un exercice abstrait de dramaturge sur des thèmes majuscules se révèle vibrant de justesse et de sensibilité grâce, notamment, à des acteurs parfaits et à un ton qui, tantôt drôle, tantôt sentimental, tantôt amer, tantôt allègre (la danse improvisée), n’est jamais plombant malgré l’extrême gravité du sujet: c’est le récit d’un consentement (à l’inéluctable) qui nous est narré.

L’homme à femmes (The man who loved women, Blake Edwards, 1983)

La vie d’un homme à femmes.

La transplantation du film de François Truffaut en Californie échoue pour plusieurs raisons. D’abord, il s’agissait d’un des films les plus personnels de son auteur et la distance entre l’auteur et son personnage était impeccable. Là, la complaisance noie le portrait du cavaleur dans un sirop sentimentalo-démago typiquement américain, tout à fait hors de propos et carrément hallucinant dans sa morale finale: « ses conquêtes ont toutes grandi grâce à son amour ».

Ensuite, il y a un hiatus entre la virilité un peu beauf de Burt Reynolds et les fêlures de son personnage, auxquelles on ne croit pas malgré les artifices du scénario. On ne croit d’ailleurs pas non plus à son obsession puisque -différence encore entre culture latine et culture américaine- ce sont souvent les femmes qui lui sautent dessus. Blake Edwards a beau avoir remplacé l’écriture d’un roman par une analyse pour figurer la confession du héros, c’est bien Truffaut -qui détestait la psychanalyse- qui s’avère le plus juste dans sa peinture de la névrose. En fait, ce remake est un prétexte à situations vaudevillesques et scabreuses où, une fois, l’auteur de La party déploie sa verve burlesque: c’est l’inventive séquence avec le mari, la femme, l’amant, le placard et le petit chien.

L’année prochaine…si tout va bien (Jean-Loup Hubert, 1981)

Les aléas d’un jeune couple formé par un dessinateur de BD et une fille de la bourgeoisie catholique.

Comment faire persister les sentiments et le désir si le poids de la société et de la famille s’accroît au fur et à mesure que le couple dure? Voilà le sujet profond du film, inégalement traité à cause d’une paresse certaine de l’écriture, de la mise en scène et, même, de l’interprétation. Ici, Adjani convainc quand elle pleure -touchante scène à la clinique- moins quand elle est gaie. Après un début des plus médiocres, il y a de jolies scènes, au fur et à mesure que la tonalité s’aggrave.

Drôle d’endroit pour une rencontre (François Dupeyron, 1988)

Après une dispute avec son mari en pleine nuit sur l’autoroute, une femme rencontre un homme qui répare sa voiture sur une aire.

Les dialogues faussement littéraires, l’enchaînement complètement artificiel des situations, l’écriture de mauvais théâtre, les stars pas à leur place. Tout sonne faux dans ce très mauvais film, du Blier sans la fantaisie ni la verdeur.

The loveless (Kathryn Bigelow et Monty Montgomery, 1982)

De jeunes motards foutent la zone dans une petite ville au milieu de nulle part.

La ressemblance avec L’équipée sauvage est évidente, d’autant que ce film de 1982 est également situé dans les années 50. Ce décalage temporel induit un maniérisme visuel et sonore (B.O de Robert Gordon) qui est ce que ce film, beaucoup trop long pour ce qu’il raconte, contient de plus intéressant. On n’est pas étonné d’apprendre que Monty Montgomery produisit Sailor et Lula et le pilote de Twin Peaks tant la peinture de l’Amérique profonde, entre grotesque et clichés exacerbés, a quelque chose de lynchien. L’ambition formelle, le dernier plan à la grue, étonne compte tenu du budget vraisemblablement riquiqui de ce film d’étudiant.

Deux (Claude Zidi, 1989)

Un imprésario cavaleur s’éprend de l’agente immobilière qui lui vend sa maison.

Claude Zidi réussit son « film sérieux » grâce à la maturité de l’écriture et au charisme des comédiens, qui n’empêche pas une certaine dose d’humour pas toujours très fin. Le plus fascinant aujourd’hui est que Deux apparaît presque comme un documentaire sur Depardieu, ogre jouisseur qui baisse sa garde par amour.

Vision quest/Crazy for love (Harold Becker, 1985)

Un lycéen qui espère obtenir une bourse pour l’université grâce à son talent pour la lutte gréco-romaine défie un champion en la matière.

Le talent digressif, l’originalité du milieu sportif et la sensibilité de Harold Becker dans les scènes entre le héros et la jeune femme apportent une certaine justesse de détail à cette énième illustration du rêve américain, illustration dopée par une anthologie de variète 80’s (Madonna, Berlin, Don Henley, Paul Weller…).

L’année de tous les dangers (Peter Weir, 1982)

Un journaliste australien est envoyé en Indonésie couvrir les prodromes d’une révolution.

La première partie a le mérite de problématiser la situation de ce reporter occidental dans un pays pauvre en guerre mais ensuite, la romance entre lui et la femme domine et évacue tout à fait les enjeux politiques du drame qui n’avaient de toute façon guère été développés. Pour la bonne conscience du spectateur occidental, quelques images des bidonvilles, mal reliées au reste d’un récit de toutes façons artificiellement ficelé, saupoudrent le film et un personnage de nain sentencieux fait régulièrement part au héros de ses conseils ésotériques et inquiets. Finalement, le spectateur est conduit à être soulagé lorsque les deux stars parviennent à fuir un pays à feu et à sang, ce qui est parfaitement indécent.

Silip (Elwood Perez, 1985)

Sur une île philippine, une jeune fille retrouve une amie d’enfance qui, après avoir émigrée aux Etats-Unis, s’est affranchie de toute oppression sexuelle.

Ce film d’exploitation a beau avoir des problèmes de rythme, le double joug des pulsions (du corps) et du carcan (de l’église) a rarement été montré de façon aussi nette et directe. Maria Isabel Lopez est une fille absolument sublime.

Oriana (Fina Torres, 1985)

A la mort de sa tante, une femme va dans sa propriété et voit surgir des souvenirs d’enfance.

Visuellement soigné et narrativement alambiqué, Oriana évoque les films de Victor Erice, en plus creux. La bande-son, qui compile Bach, Fauré et Beethoven sans génial esprit d’à-propos, est particulièrement révélatrice de la putasserie festivalière de ce bouzin franco-venezuélien.

Scorpio nights (Peque Gallaga, 1985)

Dans un immeuble philippin, un étudiant épie une femme et son époux…

Ce brillant thriller érotique philippin a d’abord le mérite de restituer l’effet du décor sur la psyché des personnages; pure affaire de mise en scène. La promiscuité engendre des désirs capiteux. Par ailleurs, c’est parce que son mari est veilleur de nuit que la femme se fait baiser tous les soirs par un jeunot. L’amour et le social sont étroitement mêlés, l’un ne supplante pas l’autre et la hauteur tragique est préférée à toute simplification manichéenne: pour être brutal, le mari n’en est pas moins vulnérable et aimant. Aux trois quarts du film, il y a ainsi une étonnante trouée émotionnelle que n’aurait pas reniée Nicholas Ray.

Comme dans Le crime de M.Lange, le microcosme des habitants de l’immeuble est saisi dans toute sa verdeur réaliste et ses particularités poétiques: un opiumane chante du folk américain, un voyeur est froidement revolvérisé après s’être fait attrapé par les voisins, une jeune fille se fait enculer dans la douche partagée.

Enfin, tout thriller voyeuriste implique une variation dramatisée des points de vue, autrement dit un découpage plus sophistiqué que ce que je connaissais jusqu’à présent du cinéma philippin. En la matière aussi, Scorpio nights s’avère tout à fait convaincant: la franche représentation du sexe, à l’opposée de la pudibonderie hollywoodienne, n’exclut ni le jeu ni l’esthétisme; les séquences érotiques sont splendides même si l’actrice n’est pas à proprement parler un prix de Diane.

Kisapmata (Mike DeLeon, 1981)

Un ancien policier se montre particulièrement intrusif vis-à-vis de sa fille et de son gendre.

Le sens de l’épure et de la progression dramatique sont les atouts majeurs de la narration. C’est peu à peu que se révèle la folie ogresque du père, faisant basculer la chronique petite-bourgeoise dans le thriller. La mise en scène m’a semblé inégale: tantôt elle orchestre de magistraux morceaux de suspense à partir de données banales, tantôt elle étrique l’horreur tragique de la séquence.

Bona (Lino Brocka, 1980)

Dans un bidonville philippin, une jeune fille amoureuse d’un acteur de troisième ordre devient sa boniche.

L’attirance de la jeune fille pour le bellâtre n’est pas rendu suffisamment sensible, ce qui amoindrit la dialectique dramatique. Peut-être le ton, plus léger que celui de Insiang, aurait-il gagné à être franchement comique. En revanche, Lino Brocka nous gratifie, par la bande, d’un percutant documentaire sur les bidonvilles philippins. En particulier, la dérisoire aliénation de la jeunesse sous l’emprise culturelle anglo-saxonne est cocassement restituée.

Absence de malice (Sydney Pollack, 1981)

Tuyautée par un ami du FBI, une journaliste écrit un article incriminant le fils d’un trafiquant d’alcool dans la disparition d’un leader syndical.

La nonchalante élégance de Paul Newman illumine ce faux thriller au scénario astucieux mais à la mise en scène un peu empâtée. Via l’émouvant personnage de l’amie catholique pointe une mélancolique réflexion sur l’inconséquence superficielle de ceux qu’on n’appelait pas encore les bobos. Attachant.