Les rois du gag (Claude Zidi, 1985)

Deux jeunes auteurs comiques sont engagés par un roi de la télévision qui a peur de devenir ringard.

Servi par la vitalité des acteurs, le déchaînement burlesque rendu possible par l’intrigue méta-cinématographique est réjouissant et cent fois plus drôle que la somme des intégrales de Tati et Etaix mais dès que ça commence à vouloir approfondir les personnages et à développer une vision sur le conflit entre culture populaire et culture d’élite, c’est moins convaincant car perpétuellement caricatural. Pas grave.

Cocktail Molotov (Diane Kurys, 1980)

Trois jeunes ratent mai 68 parce qu’ils sont partis en Italie.

Suite de Diabolo menthe. La complaisance de la réalisatrice par rapport aux médiocres aspirations de personnages égoïstes ou stupides est effarante. C’est d’autant plus dommage que plusieurs sujets intéressants, notamment la différences de classes sociales entre amoureux et amis, sont effleurés mais escamotés par l’écriture paresseuse et démagogique. Le film se résume à une invertébrée succession de saynètes qui oscillent entre l’insignifiance (les velléités comiques autour du personnage de Cluzet) et la fausseté d’un vouloir-dire mal canalisé (la tirade du flic déprimé). Une belle scène à sauver: celle de la manifestation ratée.

Association de malfaiteurs (Claude Zidi, 1987)

A cause d’une mauvaise blague, deux anciens diplômés de HEC se retrouvent poursuivis par la police.

C’est sympa mais avec Daniel Auteuil et Thierry Lhermitte à la place de François Cluzet et Christophe Malavoy, c’eût été plus drôle. Il est dommage que la satire contre la « mentalité HEC » soit escamotée par les péripéties policières mais la banlieue est bien filmée.

Raspoutine l’agonie (Elem Klimov, 1981)

Alors que la première guerre mondiale fait rage et que le régime vacille, le mystérieux Raspoutine s’immisce dans la famille Romanov.

Je n’aurais jamais imaginé qu’on puisse réaliser un film aussi terne et guindé avec un tel sujet. Le formalisme de Klimov, qui fait de beaux mouvements de caméra mais qui est inapte à saisir un geste juste, dessèche sa matière. Sa narration éclatée et entrecoupée d’actualités truquées n’engendre guère de sens et aucune émotion. Que Marcel Martin ait pu écrire que Raspoutine l’agonie était « une fresque grandiose et convulsive » en dit plus long sur son possible stipendiement soviétique que sur la vérité de l’oeuvre.

Adieu Bonaparte (Youssef Chahine, 1986)

Pendant la campagne d’Egypte, un général de Bonaparte se lie avec le garçon égyptien lui servant d’interprète…

Pour faire passer son message démysthifico-tiers-mondiste, Chahine ne recule devant aucune inexactitude, devant aucune caricature, devant aucun dialogue littéral, devant aucune mesquinerie (la façon dont est présentée la fameuse tirade des pyramides est d’une bassesse rare). Cette pesanteur de l’intention n’empêche pourtant pas sa narration d’être confuse. Par ailleurs, ses plans sont académiques, n’ayant ni le dynamisme ni la profondeur foisonnante de ceux de Jean Renoir à qui ses thuriféraires l’ont trop vite comparé. Victimes de leur auteur songe-creux, les acteurs français sont théâtraux et faux même si Michel Piccoli s’en sort bien sûr mieux que Patrice Chéreau, complètement à côté de la plaque. Enfin, les quelques séquences de batailles manquent de souffle épique.

Travelling avant (Jean-Charles Tacchella, 1987)

En 1948, deux cinéphiles parisiens rêvent de rentrer dans le milieu du cinéma.

Reconstitution de l’âge d’or de la cinéphilie française qui sonne d’autant plus juste qu’elle prend en compte la face sombre de son sujet: la mélancolie, l’inaptitude à vivre, qui conduit le héros à une quasi-clochardisation. Ainsi, Thierry Frémont, une révélation, est durement émouvant. Ann-Gisel Glass est très bien en jeune fille endeuillée. Malgré quelques raccourcis scénaristiques (comment deux filles peuvent-elles s’enticher de pareil tocard?), des dialogues trop signifiants et une utilisation de la musique parfois contre-productive, Travelling avant est un joli film.