Agent secret (Sabotage, Alfred Hitchcock, 1936)

A Londres, le mari de la tenancière d’un cinéma effectue des sabotages…

Réduction des protagonistes du drame à des silhouettes (en premier lieu Verloc caricaturé en méchant de base), affadissemement de plusieurs rebondissements par du romanesque de convention et disparition du propos politique réduisent le brillant roman de Joseph Conrad à un film creux et vain où le « maître du supense » trouve prétexte à des « morceaux de bravoure » que moi j’appellerais plutôt « précis de découpage à destination des enfants de 12 ans », style la séquence avec multiples gros plans sur l’horloge alors qu’on sait qu’une bombe à retardement est programmée. A d’autres endroits, c’est, faute d’avoir su retranscrire un dixième de la richesse psychologique des personnages de Conrad, par des surimpressions que Hitchcock matérialise un deuil impossible. Soit une idée visuelle primaire que les plus débiles thuriféraires du gros Alfred s’imaginent sans doute être « du pur cinéma ». C’est certes mieux que rien mais, présence de Sylvia Sidney aidant, on se prend à rêver à ce que Fritz Lang aurait pu tirer d’un tel matériau.

Du sang sur la Tamise (The long good friday, John Mackenzie, 1980)

A Londres à la fin des années 70, un caïd entend profiter de l’entrée de l’Angleterre dans le Marché commun pour devenir respectable mais une série de morts violentes altère ses plans.

Un bon polar qui mêle habilement stylisation plastique et saupoudrage documentaire. La nervosité de la caméra, l’inventivité des scènes de violence, une certaine sensibilité de coloriste et l’emphase de la musique vivifient un récit aux enjeux variés. Les docks londoniens ont rarement été aussi bien filmés. Scorsese a dû voir The long good friday avant de réaliser Les affranchis.

L’escalier (Stanley Donen, 1969)

A Londres, deux vieux homosexuels vivent chez la mère de l’un deux.

Evidemment, à l’époque de sa sortie, Staircase a dû paraître audacieux et certains traits gardent une certaine justesse (la mélancolie du couple devant les enfants qu’ils ne pourront jamais avoir). Toutefois, cette adaptation d’une pièce de théâtre est sûrement le film le plus sinistre de Stanley Donen. La complaisance dans le sordide (l’appartement marronnasse, les tâches de pisse sur les draps…) rend le film très pénible à regarder. Le cabotinage de Burton et Harrisson n’amène ni la vie ni la lumière ni la gaieté ni la vérité qui font cruellement défaut au film.

La rue des rêves (David W. Griffith, 1921)

A Londres, deux frères -un chanteur et un auteur-compositeur- se déchirent pour une danseuse…

La piètre réputation de cette deuxième adaptation de Thomas Burke par Griffith (après Le lys brisé) est injustifiée. Si le début, avec ses plates allégories, fait craindre que le cinéaste se soit laissé aller à ses pires penchants, le manichéisme initial se trouve pulvérisé au cours d’un récit retors aux accents magnifiquement dostoïevskiens. Si Carol Dempster n’a certes pas la grâce de Lilian Gish, l’exubérance de son jeu est parfaitement adaptée à son rôle de danseuse. Le metteur en scène a enrichi son découpage, toujours hyper-fonctionnel, d’une délicate poésie de studio qui préfigure le Kammerspiel. En somme, la représentation d’une humanité mythifiée selon l’auteur de Intolérance n’a rien perdu de sa force vive. Grand, évidemment grand.