L’escalier (Stanley Donen, 1969)

A Londres, deux vieux homosexuels vivent chez la mère de l’un deux.

Evidemment, à l’époque de sa sortie, Staircase a dû paraître audacieux et certains traits gardent une certaine justesse (la mélancolie du couple devant les enfants qu’ils ne pourront jamais avoir). Toutefois, cette adaptation d’une pièce de théâtre est sûrement le film le plus sinistre de Stanley Donen. La complaisance dans le sordide (l’appartement marronnasse, les tâches de pisse sur les draps…) rend le film très pénible à regarder. Le cabotinage de Burton et Harrisson n’amène ni la vie ni la lumière ni la gaieté ni la vérité qui font cruellement défaut au film.

La rue des rêves (David W. Griffith, 1921)

A Londres, deux frères -un chanteur et un auteur-compositeur- se déchirent pour une danseuse…

La piètre réputation de cette deuxième adaptation de Thomas Burke par Griffith (après Le lys brisé) est injustifiée. Si le début, avec ses plates allégories, fait craindre que le cinéaste se soit laissé aller à ses pires penchants, le manichéisme initial se trouve pulvérisé au cours d’un récit retors aux accents magnifiquement dostoïevskiens. Si Carol Dempster n’a certes pas la grâce de Lilian Gish, l’exubérance de son jeu est parfaitement adaptée à son rôle de danseuse. Le metteur en scène a enrichi son découpage, toujours hyper-fonctionnel, d’une délicate poésie de studio qui préfigure le Kammerspiel. En somme, la représentation d’une humanité mythifiée selon l’auteur de Intolérance n’a rien perdu de sa force vive. Grand, évidemment grand.

Fantasmes (Bedazzled, Stanley Donen, 1967)

Un pauvre type qui se suicide reçoit la visite du Diable qui lui propose d’exaucer sept voeux.

Série de sketches sans grand intérêt tant les images soignées de Stanley Donen (Cinémascope précis et couleurs « pop ») donnent l’impression de tourner à vide. L’arbitraire de la narration reposant sur les facilités offertes par un contexte irréaliste n’est guère compensé par l’inspiration comique et encore moins par l’approfondissement des caractères, qui restent conventionnels de bout en bout. A l’exception du passage avec les mouches, les gags sont rares et peu inventifs. Peter Cook, en diable version membre caché des Who, est tout de même amusant.

Mais…qu’avez vous fait à Solange? (Massimo Dallamano, 1972)

Dans un lycée de jeunes filles, plusieurs élèves sont assassinées…

Du cinéma d’exploitation à la fois racoleur (les scènes de douche collectives entre adolescentes) et moralisateur (l’avortement vu comme le traumatisme ultime). Résolution de l’intrigue éminemment tartignolle, comme il se doit dans ce genre de film. Musique d’Ennio Morricone bonne mais pas très variée.

La valse dans l’ombre (Waterloo Bridge, Mervyn LeRoy, 1940)

Pendant une permission, un officier se fiance à une jeune danseuse.

Un mélodrame désolant d’académisme bourgeois. Le scénario a beau évoquer la guerre, l’attirance amoureuse plus forte que la convention sociale, la misère matérielle et même la prostitution, le film est aussi inoffensif qu’un Disney tant le style de LeRoy est plat. Voir par exemple comment la pudibonderie et l’absence d’imagination du réalisateur escamotent le drame de la fille obligée de vendre son corps pour se nourrir. Comment croire alors aux affres du remords qui suivront? On voit ainsi qu’un traitement académique appliqué au mélo n’est pas simplement l’absence de « transcendance » d’un quelconque matériau de base, c’est l’anéantissement pur et simple de ce matériau de base à force d’indifférence routinière. Avec une mise en scène aussi insipide, le sinistre ridicule de certaines péripéties est d’autant plus évident. Reste le charme de Vivien Leigh que la médiocrité du reste ne semble pas atteindre.