La plume blanche (Robert D.Webb, 1955)

Alors que les Cheyennes sont la dernière tribu à ne pas avoir signé le traité de paix, un jeune colporteur noue une amitié avec le fils du chef…

Ce western pro-indien se distingue des autres en ceci qu’il ose représenter une histoire d’amour entre le héros blanc et une Indienne. Il se montre ainsi plus audacieux que Danse avec les loups réalisé 35 ans plus tard. Le scénario signé Delmer Daves est fin et habile mais, handicapée par la fadeur de Robert Wagner, la mise en scène manque de point de vue et de conviction. Sauf dans la très belle séquence finale, la fusion des différents arcs narratifs apparaît laborieuse et artificielle. Plus que jamais, le Cinémascope permet au réalisateur d’éviter de faire des choix dans son découpage. Les plans larges sont nombreux et riches de figurants mais cadrés sans imagination. A certains instants, la photo de Lucien Ballard supplée remarquablement cette lacune, tel les images de l’exode où les Indiens apparaissent comme sédimentés par l’Histoire. Bref, La plume blanche est un bon western qui aurait pu être grand si Robert D.Webb s’était montré plus inspiré par son matériau, intéressant à divers titres.

Comanche (George Sherman, 1956)

Un éclaireur de la cavalerie va chez les comanches pour faire la paix.

Plaisante illustration de la convention westernienne agrémentée par une jolie chanson (une variation de You are my sunchine). Une scène se distingue: celle où les guerriers indiens surgissent en haut d’une crête, sur toute la largeur du plan en Cinémascope, avec des « hou-hou-hou » quasi-fantastiques en fond sonore. C’est assez fort. Le message pacifiste et anti-raciste du film reste soumis à l’idéologie américaine, ainsi qu’en témoigne le discours final du grand sachem qui est en gros une apologie du « salad bowl ».

Fort Massacre (Joseph M. Newman, 1958)

Le difficile retour au fort d’un groupe de tuniques bleues en territoire apache.

Ce western a plus à voir avec un film de guerre façon Aventures en Birmanie qu’avec les autres titres du genre. On y suit un régiment de cavaliers décimé par l’ennemi, perdu en territoire hostile et soumis à un sergent qui s’est retrouvé à la tête de la troupe parce que tous ses supérieurs se sont fait tuer mais qui n’a peut-être pas les qualités requises pour commander. Fort Massacre est un des westerns les plus désenchantés qui soient (son appréhension des guerres indiennes préfigure Fureur Apache) mais son cynisme, quoique pimenté par les dialogues souvent cinglants des soldats, n’est jamais claironnant ou tapageur. Le sens de l’action, rarement unique, n’est jamais surligné par le réalisateur. Exemple: lorsque le sergent assassine un Indien qui vient de se rendre, c’est mis en scène simplement, sans détour ni afféterie.

Cette sécheresse d’expression donne une impression de vérité directe et franche. Cette sécheresse renvoie à l’aridité des paysages rocailleux et se traduit aussi bien par la simplicité du découpage que par la sobriété des comédiens. Joel McCrea, souvent fade lorsqu’il interprétait des héros classiques, trouve ici un de ses meilleurs rôles. L’humanité fêlée de son personnage annonce le sergent Croft des Nus et les morts. Les protagonistes ne sont pas figés dans des stéréotypes de même que leurs actes sont mis en perspectives par le développement du récit: tel geste qui pouvait apparaître suicidaire est parfois expliqué a posteriori. S’il n’a certes pas la dimension cosmique d’un chef d’oeuvre de Walsh, Fort massacre est un film simple, droit et assez beau. A voir.

Tonnerre apache (A thunder of drums, Joseph M.Newman, 1961)

Pendant les guerres indiennes, un aspirant arrive dans un fort mais il est amoureux de la fiancée d’un autre officier.

Ce que l’excellente ouverture annonçait comme une évocation de la vie des garnisons de tuniques bleues presque aussi juste que la trilogie de la cavalerie de Ford (on retrouve James Warner Bellah au scénario) s’avère un banal triangle amoureux, mené mollement qui plus est.

Sur le territoire des Comanches (George Sherman, 1950)

Jim Bowie fait en sorte que les colons frontaliers respectent le traité de paix avec les Comanches, dont le territoire contient des mines d’argent.

Il ne faut pas se fier aux apparences: même si les Indiens ont un beau rôle et que les méchants sont blancs, le fait est que ce film prône l’exploitation des ressources en territoire indien par les Blancs. Pourvu que cette exploitation se fasse dans les termes fixés par le gouvernement américain. Cette petite hypocrisie n’est pas très grave en soi mais révélatrice de l’audace des auteurs: très limitée. De Comanche Territory, il ne faut pas attendre plus que ce qu’avaient à offrir des oeuvrettes de série B comme chaque studio en réalisait des dizaines chaque année. Sa petite originalité est qu’il commence comme une screwball comedy avec Maureen O’Hara qui en fait des tonnes en irascible pionnière. Il s’achève cependant de la façon la plus conventionnelle qui soit. Le rythme soutenu de la narration et la vision, toujours plaisante, de Monument Valley en Technicolor empêchent le spectateur de s’endormir devant ce western routinier au possible.

Tomahawk (George Sherman, 1951)

Un trappeur essaie d’éviter une guerre entre les Sioux et un régiment de cavalerie encombré d’éléments bellicistes.

Tomahawk est un western de série Universal qui bénéficie d’une certaine originalité dans la mesure où, après La porte du diable et La flèche brisée, c’est un des premiers westerns parlants qui prend clairement parti pour les Indiens. Sous l’impulsion de la scénariste de gauche Silvia Richards, le massacre de Sand Creek est évoqué dans un film hollywoodien près de vingt ans avant Soldat bleu. Comme quoi les années 60 n’ont vraiment rien inventé de fondamental. Néanmoins, cette audace politique n’empêche pas la convention de régir le film par ailleurs. Si les rapports de force entre la cavalerie et les Indiens sont retranscrits d’une façon assez subtile, le manichéisme se retrouve dans la caractérisation du trappeur (le gentil très gentil) et du personnage d’Alex Nicol (le méchant très méchant). George Sherman ne fait pas preuve d’une grande imagination dans sa mise en scène. Voir pour s’en convaincre la façon guère plus qu’illustrative dont est découpée le meurtre décisif qui entraîne l’escalade belliciste. Heureusement, les verdoyants paysages du Dakota (censés figurer le Wyoming) sont jolis et on notera que l’importance des nuages dans le cadre dramatise un peu l’action. De plus, western de série Universal, Tomahawk a les qualités des westerns de série Universal; à savoir sécheresse du montage et concision de la narration. En somme, c’est un film honorable.

La mission du capitaine Benson (7th Cavalry, Joseph H.Lewis, 1956)

Après le fiasco de Little Big Horn, un capitaine qui s’était absenté lors de la bataille se charge d’aller récupérer les corps de ses camarades, quitte à braver les Sioux…

Série B ne payant pas de mine, 7th cavalery s’avère un très bon western. Son argument dramatique est complexe et original puisque l’enjeu de l’action concerne les morts et leur mémoire. Cette expédition en territoire ennemi pour ramener des cadavres peut légitimement paraître absurde et c’est ce qui fait toute la richesse du film. Les opposants du capitaine Benson ne sont pas ridicules ou caricaturaux puisque leurs motivations sont très solides. Benson peut même apparaître névrotique car son zèle d’origine douteuse (ne s’eusse t-il pas comporté en lâche au moment de la bataille?) met en péril la vie de ses troupes. Dans la scène de l’audition, il est même présenté comme antipathique, interrompant sans cesse ses camarades officiers.

Il n’y a qu’un affrontement mais sa violence est remarquable. Il y a peu d’action mais le scénario est suffisamment bien écrit, les acteurs suffisamment bons et la mise en scène suffisamment solide pour maintenir l’attention. On appréciera encore une fois la concision du style de Joseph H. Lewis qui est peut-être (avec Boetticher?) le réalisateur hollywoodien qui avait besoin du plus petit nombre de plans pour découper une séquence. Seul défaut notable de ce 7th cavalry: le deus ex machina final qu’on voit arriver à trois kilomètres et qui ramène le film vers des conventions desquelles il était jusqu’ici assez éloigné.

Le fleuve de la dernière chance (Smoke Signal, Jerry Hopper, 1955)

Des soldats de la cavalerie encerclés par les Indiens sont forcés d’accepter l’aide d’un déserteur qui avait rejoint ces derniers.

Les westerns Universal sont rarement mauvais et celui-ci n’échappe pas à la règle. Mis en scène par un homme à tout faire compétent mais sans personnalité, Smoke signal est correctement réalisé. Concis, bien rythmé, il contient ce qu’il faut d’action. Il y a de beaux paysages de canyons tandis que les fréquentes et grossières transparences rompent l’immersion. Les personnages sont ultra-conventionnels (ainsi, le gentil est vraiment très gentil). Smoke signal est un western routinier.

Le géant du grand Nord (Yellowstone Kelly, Gordon Douglas, 1959)

Les pérégrinations d’un trappeur à Yellowstone, entre la cavalerie et les Sioux.

Un western de bonne facture quoique dénué du moindre embryon de génie. Sous les dehors originaux et progressistes (méchant pas si méchant…) du scénario de Burt Kennedy, la convention n’est en fait jamais dépassée. Les enjeux dramatiques de l’intrigue sont multiples mais aucun n’est réellement mis en avant, aucun n’est vraiment creusé par le metteur en scène qui filme chaque situation avec un égal professionnalisme et le tout reste donc assez illustratif. A réserver aux amateurs du genre.

Le sorcier du Rio Grande (Arrowhead, Charles Marquis Warren, 1953)

Les évènements prouvent à une armée raisonneuse que leur éclaireur a bien raison de haïr les Apaches.

Que c’est vilain! D’accord, c’est violent, c’est noir, c’est « sans concession ». On peut penser à du Aldrich bas de gamme. Mais moralement, le film est détestable dans la mesure où il célèbre clairement son héros raciste (les cartons d’ouverture et de fin dissipent toute ambigüité à ce sujet). Et la forme est à l’image du fond. La mise en scène est indigente et les couleurs carrément laides.

L’aigle solitaire (Drumbeat, Delmer Daves, 1954)

En 1876, la mission de Johnny McKay envoyé par le président des Etats-Unis pour pacifier les Indiens Modocs.

Ce western est donc basé sur des faits historiques et la volonté de sérieux des auteurs est indéniable. Moins angélique et plus âpre que La flèche brisée, précédent film de Delmer Daves sur un sujet similaire, L’aigle solitaire montre combien il est dur d’obtenir la paix. Le chef indien incarné par un excellent Charles Bronson est franchement méchant mais digne.  Comme dans La captive aux yeux clairs, la violence surgit brutalement, sans que le spectateur ne s’y attende. Assez bavard et démonstratif, le film impressionne cependant par sa beauté plastique. Les paysages verdoyants de Monument Valley filmés en Cinémascope sont somptueux.

La brigade héroïque (Saskatchewan, Raoul Walsh, 1954)

Alors que les Sioux vainqueurs de Custer passent la frontière canadienne pour mobilier les Crees dans leurs révolte, une poignée de soldats de la police montée canadienne entreprend une expédition pour avertir la garnison d’un fort du danger imminent.

L’histoire de ce commando en territoire hostile, à rapprocher de Objective Burma! et Distant Drums, est parasitée par la sous-intrigue inintéressante d’un protagoniste féminin. De plus, Shelley Winters n’étant pas la plus belle des actrices hollywoodienne, il est dur de croire à son personnage pour qui plusieurs hommes sont morts. Les enjeux politiques du scénario sont intéressants mais leur résolution simpliste montre le caractère très conventionnel de La brigade héroïque. Pourtant, la vivacité du rythme et surtout les splendides paysages canadiens remarquablement mis en valeur par un Technicolor très saturé rendent ce western agréable à regarder.

L’expédition du Fort-King (Seminole, Budd Boetticher, 1952)

Un officier dont le meilleur ami est le leader des Séminoles est affecté dans une garnison menée par un commandant qui veut anéantir ces Séminoles.

L’expédition de Fort-King est un western conventionnel reposant sur des dilemmes psychologiques éculés et peu développés. Les enjeux politiques de la pacification de la Floride sont outrageusement simplifiés suivant un procédé chère à la mauvaise dramaturgie hollywoodienne: le personnage du méchant porte tout le poids de la responsabilité du mal. Ce qui rend le film assez niais. Reste le décor inhabituel des marais de Floride mais la mise en scène n’a pas la vigueur de celle de Walsh dans Distant drums.

Chuka le redoutable (Gordon Douglas, 1967)

Un pistolero solitaire aide une garnison de cavalerie à faire face à des Indiens affamés.

Résumé de cette façon, Chuka le redoutable a l’air très classique mais l’intérêt de ce western tient aux idées avec lesquelles les auteurs régénèrent les conventions d’un genre alors moribond. Ces idées expriment une vision de l’Ouest particulièrement sombre. Ainsi, dès le début, le spectateur sait que tout se terminera par le massacre des soldats puisque le film commence par un flashback. Le héros est un mélancolique qui agit à la fois comme un mercenaire et comme un amoureux désespéré. Ses tourments ne sont pas relatés avec une exceptionnelle finesse psychologique mais ils contribuent à donner de la consistance à l’histoire racontée. Par ailleurs, les soldats du fort y ont été envoyés par punition, ayant auparavant péché par lâcheté ou par insubordination. Cette dernière trouvaille est clairement la meilleure. Faire de la garnison un tas de damnés permet d’avoir une superbe galerie de seconds rôles. Ces personnages profondément fêlés sont vraiment émouvants. En plus de ce bon vieil Ernest Borgnine, il faut citer John Mills, plus connu pour ses rôles dans les films anglais de David Lean que dans les westerns, qui joue un magnifique commandant. Sans se départir de son efficacité habituelle, Gordon Douglas réalise plusieurs scènes saisissantes de noirceur. Certains plans sont d’une violence terrible qui anticipe celle de Aldrich dans Fureur Apache.

Bref, quelques moments plus platement conventionnels (le sauvetage dans le camp indien) que le reste n’empêchent pas Chuka le redoutable d’être un très bon film. C’est en fait un des meilleurs westerns américains de la décennie.

Soldat bleu (Ralph Nelson, 1970)

Broderie gauchiste autour du massacre de Sand Creek

Pourquoi réaliser un film sur cette tuerie sans proposer aucun point de vue sur les tenants et aboutissements des guerres indiennes ? Présentée tel que par le cinéaste, l’évènement reste à l’état de fait divers et n’est en rien représentatif de la politique indienne du gouvernement américain. Pour pallier à cette absence de réflexion, Ralph Nelson a opté pour une mise en scène choc, ne lésinant pas sur les effets gore lors des fusillades, mais ses effets racoleurs ne masquent pas longtemps la nullité de son propos. Il faut bien le dire, Soldat bleu se réduit à sa séquence finale ultra-violente. Encore aujourd’hui, c’est ce qui est resté dans les mémoires. Tout le reste n’est que prétexte à long-métrage sans grand intérêt. Par exemple, l’intrigue avec le trafiquant d’armes n’a aucune utilité dramatique par rapport au temps qu’elle prend à l’écran.

Le héros, bleusaille complètement innocente, rend le film complètement binaire. Il n’est là que pour conforter le spectateur dans un point de vue d’innocent face au massacre. Le traitement est donc purement illustratif, le spectateur n’est amené à se poser aucune question. Il y a d’un côté le bien représenté par lui et le héros et de l’autre le mal que Nelson circonscrit à une poignée de monstres en uniforme dont il peint les horreurs complaisamment. C’est nul. Reste la belle chanson du générique, interprétée par la tristement oubliée Buffy Sainte-Marie.

Taza, fils de Cochise (Douglas Sirk, 1954)

Le jeune chef apache Taza veut poursuivre  l’oeuvre de paix de son père et doit affronter Geronimo qui continue la lutte contre l’homme blanc.

Le seul western réalisé par Douglas Sirk met en avant les Indiens mais sa morale est assez douteuse. Il prône la collaboration. D’après Taza, il vaut mieux collaborer avec l’envahisseur et bien manger que fuir dans le froid et la faim. Drôle d’idée de la dignité d’un peuple. Outre cette ambigüité  idéologique, Taza, fils de cochise n’est de toute façon pas un film très intéressant. Rock Hudson joue comme un roc, c’est ce qui le différencie par exemple de Robert Taylor dans La porte du diable, western pro-Indien d’Anthony Mann dans lequel le drame politique se doublait d’une tragédie intime qui rendait le film bien plus riche. Enfin, Taza est plastiquement assez quelconque. Dans la mesure où il met en scène des cohortes de tuniques bleues à Monument Valley -motif maintes fois sublimé par John Ford-, l’absence d’un poète des grands espaces américains derrière la caméra se fait ressentir d’autant plus cruellement…