La salamandre (Alain Tanner, 1971)

Deux journalistes s’intéressent à une jeune fille qui fut accusée d’avoir tiré sur son oncle.

La fine entomologie marxiste de Alain Tanner est vivifiée par la grâce de Bulle Ogier dont le beau personnage s’avère irréductible aux analyses, pourtant pertinentes, des deux intellectuels. La salamandre est un film libre et varié tout en étant précis et juste.

Ludwig, requiem pour un roi vierge (Hans-Jürgen Syberberg, 1972)

L’histoire de Louis II, roi fou de Bavière et fou des arts à l’époque de la réunification de l’Allemagne.

Toiles peintes, artifices des éclairages, frontalité de la caméra, insertions d’images simili-documentaires…la mise en scène est un brouet « distanciateur » où seule la musique de Wagner largement utilisée empêche l’ennui total. De ce brouet émerge une vision sottement royaliste de l’Histoire (le roi un peu dingo mais écolo et proche du peuple contre les affidés de la modernité militaire, industrielle et cosmopolite de Bismarck).

Détenu en attente de jugement (Nanni Loy, 1971)

De retour au pays, un ingénieur italien qui travaillait en Suède est arrêté et emprisonné sans raison.

Pour critiquer l’arbitraire d’un système judiciaire, faire un récit arbitraire n’est pas la solution adéquate. La mise en scène grotesque, pleine de zooms, en rajoute dans l’exagération et le film est donc tout à fait insignifiant.

La part des lions (Jean Larriaga, 1971)

A la mort de leur père adoptif, un écrivain et un truand organisent un casse pour restaurer la maison de leur enfance.

Jean Larriaga n’a pas laissé son nom dans l’Histoire du cinéma et c’est logique. Molle et approximative, la mise en scène ne compense pas la faiblesse d’un scénario qui recelait pourtant des thèmes intéressants (notamment le lien entre Résistance et pègre d’après-guerre). L’anarchisme amer de la fin émeut par sa dureté et j’aurais aimé que l’ensemble soit mieux. Mais en l’état, La part des lions n’est pas défendable.

Moi, la femme (Dino Risi, 1971)

12 sketches où Monica Vitti interprète des Italiennes diverses et variées.

Certains segments, très courts, tiennent plus de la blague Carambar qu’autre chose. Certains sont excellents en cela qu’ils font ressortir, avec une ironie dévastatrice, l’ambiguïté des relations entre les deux sexes. D’autres sont la bête mise en images de clichés machistes (la fille qui appelle ses violeurs) ou antipauvres (la mère de famille nombreuse). Bref, comme la plupart des films à sketches, c’est inégal mais dans l’ensemble, c’est mieux que Le sexe fou. La qualité de la photographie (signée Carlo Di Palma) m’a surpris: elle empêche les scènes dans les terrains vagues de sombrer dans le sordide.

La veuve Couderc (Pierre Granier-Deferre, 1971)

Dans les années 30, une paysanne en conflit avec sa belle-famille embauche un vagabond…

Mou et conventionnel. En terme de réalisation, ce n’est même pas « du solide » tant Granier-Deferre se montre trop souvent bêtement mécanique dans son montage. Ainsi le beau plan-séquence sur la fuite de Delon dans le champ aurait gagné à ne pas être coupé aussi brusquement.

Amour (Károly Makk, 1971)

Son mari emprisonné dans les geôles communistes suite à l’insurrection de 1956, une Hongroise fait croire à sa belle-mère alitée que l’homme qu’elles aiment toutes les deux est parti en Amérique.

L’angle d’attaque pour parler de l’insurrection de Budapest est original et pertinent mais la froideur des comédiens en neutralise l’émotion potentielle. De plus, Károly Makk saupoudre sa mise en scène de bizarreries tel que jump-cuts et brefs flashbacks filmés en grand angle dont on peine à déceler la nécessité au-delà de la volonté de briser, très artificiellement, l’aspect « film en chambre ».