Crèvecoeur (Jaques Dupont, 1955)

L’accession au commandement effectif d’un lieutenant frais émoulu au sein du bataillon français de l’ONU en Corée.

Contrairement à ce que disent Wikipédia et l’Académie des Oscars, Crèvecoeur n’est pas à proprement parler un documentaire. Quoique produit par le ministère de la Défense dans un but didactique, c’est une fiction avec un début, un milieu et une fin où les soldats disent un texte écrit d’avance. C’est d’ailleurs ici que le bât blesse. En effet, ces textes sonnent faux à double titre: d’abord, leur visée pédagogique leur ôte parfois toute vérité humaine; ensuite, ils sont dits sans grande conviction par des interprètes dont ce n’est certes pas le métier. C’est dommage car, outre que Crèvecoeur éclaire un pan tout à fait méconnu de l’histoire militaire française, l’oeuvre possède un ton qui la rend attachante. Digne, lucide et désenchantée, notamment en ce qui concerne les rapports avec la métropole, elle est plus fordienne dans l’esprit que le propre film de John Ford sur la guerre de Corée. Les teintes ocres du Gevacolor accentuent cette mélancolie diffuse. Absent de la mémoire collective pour des raisons politiques (son réalisateur a eu sa carrière brisée après s’être associé au putsch des généraux d’Alger), Crèvecoeur gagnerait à être redécouvert ne serait-ce que parce que c’est un des très rares bons films de guerre français.

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Les distractions (Jacques Dupont, 1960)


Paul, un journaliste parisien désoeuvré est chargé d’un article sur un malfaiteur qui a tué un policier en s’enfuyant. Il se trouve que le malfaiteur est un ancien camarade de régiment qui a sauvé la vie de Paul en Algérie…Les distractions est un film pleinement ancré dans la Nouvelle Vague telle que l’a définie Françoise Giroud en 1957 dans la mesure où c’est un film sur la jeunesse branchée de l’époque vu par un « jeune » (moins de quarante ans) cinéaste. Jolies filles, décapotables, fêtes sur les Champs-Elysées…le film raconte en fait l’histoire d’un jeune homme superficiel et amoral que l’expérience de l’amitié rendra un peu moins con. Son personnage n’est pas aussi intéressant que celui de Silien dans Le doulos mais Belmondo est très bien dans ce rôle. C’est filmé sans génie mais au sein d’un ensemble convenu, il y a quelques passages frappants comme le plan furtif où le fuyard mange dans une auge.