L’amour n’est pas un péché (Claude Cariven, 1952)

Une association féministe et une association anti-féministe se retrouvent à siéger sur le même palier.

L’intrigue apparaît d’autant plus inepte qu’elle n’est étayée que par d’inoffensifs clichés. Claude Cariven n’a absolument rien à dire sur le féminisme. Toutefois, les apartés burlesques des branquignols épicent la sauce. Le personnage de Louis de Funès est particulièrement drôle et surprenant. Bref, L’amour n’est pas un péché est un film très moyen dont l’intérêt est rehaussé par une inventivité comique assez inédite.

 

Travolta et moi (Patricia Mazuy, 1994)

A Châlons-en-Champagne en 1978, une adolescente fan de John Travolta apprend qu’elle doit garder la boulangerie familiale tout le week-end, ce qui compromet son rendez-vous avec un garçon rencontré il y a peu.

Le genre de petite perle qui, ne payant pas de mine, révèle d’autant mieux le talent d’un auteur. En effet, dans le genre hyper rebattu de la chronique des premières amours, Patricia Mazuy a trouvé une tonalité inédite et fascinante grâce, en premier lieu, à ses qualités de cinéaste. Après que l’action a été très précisément ancrée dans un contexte réaliste, un montage sec et des cadrages serrés élèvent peu à peu le propos jusqu’à faire ressortir physiquement une certaine folie noire typique de l’adolescence.

Un récit dégraissé où prime l’attention aux gestes dessine une trajectoire dense et implacable qui donne à ce téléfilm commandé par Arte des allures de western Ranown. Certaine façon d’installer des religieuses en vitrine, certain suspense basé sur l’abandon de la boutique ouverte en disent soudain très long sur les tourments intérieurs d’une jeune fille qui découvre le sentiment amoureux. Derrière un réalisme concret qui permet à chacun de s’identifier, Mazuy excelle à restituer l’instabilité émotionnelle de son personnage. Elle est en cela parfaitement servie par l’interprétation quasi-miraculeuse de Leslie Azzoulai (la jeune actrice a disparu après ce film au grand dam de sa réalisatrice).

La singulière beauté de Travolta et moi culmine dans la séquence de la boum qui offre à la petite boulangère un moment de grâce sublime entre les bras d’un Candeloro marnais. C’est une idée géniale que d’avoir situé la fête imposée par le cahier des charges de Arte dans une patinoire. Qui plus est, le jeu très sophistiqué sur les couleurs renforce le lyrisme bizarre de la scène.

L’âge des possibles (Pascale Ferran, 1996)

A Strasbourg, de jeunes couples se font et se défont.

Chronique ras-les-pâquerettes d’existences sans intérêt. Alors d’accord, c’est plutôt bien joué (par les élèves du Conservatoire de Strasbourg) mais ce n’est franchement pas mémorable. Si je devais donner la définition du glamour au cinéma, je citerais ce film morne et flasque, qui en est le parfait opposé.

Il successo (Mauro Morassi et Dino Risi, 1963)

Pour réunir le capital nécessaire à ce qu’il pense être une affaire en or, un employé de bureau demande de l’argent à plusieurs de ses connaissances…

La suite officieuse du Fanfaron n’est pas un si mauvais film qu’on n’aurait pu le craindre. Ecrite par Maccari et Scola, elle est certes plus sérieuse et plus pesante de par son côté démonstratif et la redondance de sa narration (nombreuses scènes de quémandage tandis que le lien avec le copain joué par Trintignant n’est pas assez approfondi). Moins drôle et plus sinistre, Il successo ne retrouve pas la grâce dans le mélange des tons qui caractérisait son prédécesseur. Toutefois, le charge satirique plus circonscrite -les auteurs s’en prennent essentiellement à l’avilissement moral provoqué par la société de consommation en Italie- fait mouche à plusieurs endroits.

Le Jaguar de la sierra (The testing block, Lambert Hillyer, 1920)

Un chef de bande tente de se ranger en fondant une famille…

Les quelques défauts de scénario -tel la faiblesse des motivations du méchant- ne pèsent pas lourd face aux accents de vérité élémentaire dégagés par ce western de William S.Hart. Une maison de rondins dans la clairière, une troupe de théâtre itinérante jouant sous la menace des bandits, le remords d’un caïd face au visage lumineux d’une jeune artiste, une pionnière qui joue du violon pour endormir son bébé, la violence d’une bagarre près du feu, l’ingénieuse évasion d’un héros à travers le toit…La beauté naturelle des images de Joe August, la simplicité directe du ton, le sens de l’ellipse, la sobriété de l’interprétation ou encore un montage parfaitement accordé à l’action (voir le rythme brutal de la poursuite finale) font partie des qualités formelles conférant à toutes ces séquences, qui entre d’autres mains pourraient sembler de pure convention, la fraîcheur des récits fondateurs. On note de surcroît que le puritanisme de Hart s’avère ici moins rigide qu’il ne l’a été (dans The redemption of Draw Egan par exemple). Merveilleux.

Les surprises de l’amour (Luigi Comencini, 1959)

A Rome, deux cousines exaspérées par la conduite de leurs fiancés tentent de se les échanger.

Amusant marivaudage où le tiraillement des personnages entre leurs propres désirs et les stéréotypes auxquels ils tentent de se conformer est plaisamment brocardé. La multiplicité des protagonistes, la sympathie des acteurs, le charme des actrices, la tendresse du ton et une certaine inventivité réaliste de la mise en scène (l’idylle montrée du point de vue des potaches, le jeu entre l’appartement et le café…) compensent bien la paresse du récit.

Seven keys to Baldpate (Reginald Barker, 1929)

Un écrivain relève le défi d’un ami en passant la nuit dans une maison isolée mais des événements inquiétants s’enchaînent…

Théâtre filmé typique des débuts du parlant et en cela très vieillot. Le récit est complètement artificiel mais le découpage et l’éclairage sont certes plus dynamiques et variés que dans d’autres films contemporains.

 

Péchés de jeunesse (Maurice Tourneur, 1941)

Au soir de sa vie, un jouisseur cynique entreprend de renouer avec ses enfants naturels.

Quoique produit par la Continental, Péchés de jeunesse a toutes les caractéristiques du pire cinéma vichyssois: il dégouline de mièvrerie et de moraline tout en étant terriblement fade. Que ce soit les motivations du personnage principal ou la structure de film à sketches qui permet à Albert Valentin (le roi des fausses bonnes idées de scénario) d’aligner platement divers clichés, tout, dans le récit de cette prise de conscience paternelle, est cousu de fil blanc. Toutefois, Harry Baur, plus sobre qu’à l’accoutumée, s’en tire pas trop mal.

L’imposteur (Julien Duvivier, 1944)

Grâce au chaos de l’exode, un condamné à mort s’évade et rejoint la France libre en Afrique…

Pendant leur exil américain, Julien Duvivier et Jean Gabin ont tourné un film de propagande gaulliste calqué sur leur succès d’avant-guerre, La bandera. Ce vague remake est moins bête que l’original car la glorification de la rédemption par l’héroïsme a désormais un objet politique. Le fait que L’imposteur, produit hollywoodien, soit un des seuls films sur les FFL -le seul à ma connaissance à évoquer la magnifique victoire de Koufra- est d’ailleurs assez révélateur de la désolante absence de conscience historique et nationale des cinéastes hexagonaux. Il y a aussi une similitude profonde entre l’enthousiasme naïf propre aux Américains et l’intransigeant refus de la finasserie des Français libres face à Vichy qui explique peut-être la lumineuse évidence de ce film américano-gaulliste.

La grossièreté didactique de circonstance -plusieurs tirades ronflantes viennent casser le naturel des scènes dans lesquelles elles s’inscrivent- nuit certes à la deuxième partie du film mais celui-ci n’est pas indigne pour autant. Outre qu’il met intelligemment en fiction la rude épopée de ces déclassés qui constituaient les premiers volontaires de de Gaulle (cf les Chroniques irrévérencieuses de Larminat), on note que rarement le découpage de Duvivier avait été aussi fluide et élégant qu’ici. Est-ce dû aux facilités accordées par Universal? De plus, le pessimisme latent de l’auteur nuance parfois la propagande tonitruante; ainsi de la fin assez émouvante de par son désespoir nu.

Les grands (Henri Fescourt, 1924)

Dans un pensionnat pendant les vacances de Pâques, de l’argent est volé tandis que l’un des élèves fait la cour à la femme du directeur…

L’académisme art-déco de Henri Fescourt (les maquillages outranciers des jeunes acteurs, la prise de vue parfois guindée) nuit à la fraîcheur de ce précurseur du « teen-movie » mais il y a quelques jolis moments de tendresse en périphérie de l’intrigue, comme lorsqu’un môme dit au revoir à un « grand » renvoyé qui le protégeait des brimades. Le film est aussi un peu trop long. Couper une dizaine de minutes, surtout dans la première partie du métrage, n’aurait peut-être pas fait de mal. Bref, c’est pas mauvais mais c’est pas terrible non plus. Fescourt, écrivain majeur et personnalité très attachante tel qu’en témoigne La foi et les montagnes, confirme à mes yeux son statut de cinéaste mineur.

Zig-zig (László Szabó, 1975)

Deux danseuses de cabaret qui se prostituent pour se payer un chalet sont mêlées à une affaire d’enlèvement…

En présentant Zig-zig à la Cinémathèque, le brillant Serge Bozon l’a placé dans la continuité du cinéma français des années 30. Je ne suis pas tout à fait d’accord car, outre que certaines figures de conventions utilisées ici n’ont rien à voir avec cette époque (le boxeur déchu), il est évident que László Szabó est conscient du caractère suranné de ces figures, qu’il n’essaie nullement de les intégrer à la réalité de son temps ni même de filmer cette réalité (les extérieurs naturels sont filmés comme des décors de studio). Il n’y a pas d’échappée documentaire (comme dans Paris béguin ou Mauvaise graine) ni d’évocation de la société contemporaine (Derrière la façade ou La crise est finie). Le film fonctionne donc en vase clos et s’apparente à un exercice de style puisant ses références dans un fonds commun immémorial et transnational.

Ribambelle musicale et colorée mélangeant les genres et les archétypes, Zig zig fait songer à du Vecchiali en moins conceptuel (donc, quelque part, en plus réussi). Le résultat manque trop d’unité (d’unité dramatique, d’unité de ton) pour qu’on puisse vraiment se passionner pour l’intrigue et les personnages mais fonctionne par a-coups. A côté de scènes bêtement parodiques, l’émotion affleure ici et là, tantôt franche tantôt délicate, servie par l’inventivité poétique de la mise en scène (la maquette du chalet symbolisant les passes) et la surprenante justesse des comédiens (on a fait un faux procès à Deneuve qui est ici parfaite). La fantaisie semble tantôt gratuite (le flic qui rejoint sa maîtresse dans le bain habillé) tantôt géniale de par son impact dramatique et la logique jusqu’au-boutiste avec laquelle elle est déroulée (le flic qui voit son doigt coincé dans le robinet quand le mari rentre).

Drôle de film en vérité, dont le caractère foncièrement hétérogène et inégal provient peut-être de son tournage chaotique où Szabó, souvent ivre mort, fut forcé de déléguer une bonne partie de la mise en scène à son assistant, Jean-François Stévenin. A voir, en tout cas.

East punk memories (Lucile Chaufour, 2016)

D’anciens punks hongrois racontent leur vie avant et après la chute du mur de Berlin.

Je me demandais pourquoi le dernier film de la réalisatrice du très beau Violent days tardait tant à sortir. Maintenant que je l’ai vu, j’ai une hypothèse qui me semble expliquer la frilosité des distributeurs: la place de ce documentaire des plus banals n’est pas dans une salle de cinéma mais sur Arte en deuxième partie de soirée. En effet, Lucile Chaufour a manifestement abandonné toute ambition esthétique. Tout ce qui poétisait son précédent exposé sociologique a disparu.

East punk memories se cantonne à présenter des interviews d’anciens punks filmés en plans fixes entrecoupées d’archives de concert. La musique étant des plus médiocres et les propos de ces vieux cramés sur la politique (la seule préoccupation de Chaufour) n’étant pas plus intéressants que ceux de n’importe qui ayant vécu pendant et après le joug communiste, j’ai eu vite fait de décrocher malgré la relative brièveté du métrage. J’en suis navré tant son premier film m’avait laissé un bon souvenir.

Les petits câlins (Jean-Marie Poiré, 1977)

Une jeune mère divorcée vit en colocation avec ses copines et séduit des hommes…

Un découpage hasardeux et la platitude de certains dialogues n’empêchent pas ce premier film de Jean-Marie Poiré de demeurer plutôt attachant grâce à la justesse du ton, comique mais pas trop, à l’empathie de l’ancien chanteur des Frenchies pour ses héroïnes prolo-rockeuses et à la simplicité concrète et, mine de rien, novatrice avec laquelle il inverse le stéréotype du play-boy. La jeune et belle Dominique Laffin, dont la biographie résonne de façon troublante avec celle de son personnage, donne une présence émouvante à cette femme écartelée entre sa soif de sexe et un romantisme fondamental. Autour d’elle, Josiane Balasko, Caroline Cartier et Rogier Mirmont sont impeccables. La mise en scène est inégale mais le plan des retrouvailles dans le jardin d’une maison de banlieue révèle une certaine sensibilité de la part du réalisateur.

Le meilleur film de Thomas Graals (Mauritz Stiller, 1917)

Un scénariste s’entiche d’une jeune fille mythomane et écrit un film en se basant sur les dires de celle-ci…

Le cinéma dans le cinéma -un motif déjà vu et revu en 1917- est ici source d’inventions formelles au service de la comédie, tel le jeu autour des flash-backs dont les intertitres contredisent l’image, procédé qui exprime drôlement le mensonge du personnage qui raconte. La virtuosité pétulante et mouvementée du style rappelle les comédies d’Allan Dwan à la Triangle. Ainsi, le jeu de Victor Sjöström dans Thomas Graals bästa film est aussi dynamique que celui de Douglas Fairbanks circa 1916. Brillant.

Le fauteuil 47 (Fernand Rivers, 1937)

Suite à un malentendu, un jeune dramaturge amoureux d’une grande actrice épouse la fille de cette dernière.

Le fond -des histoires de baise chez des bourgeois- est après tout analogue à celui de nombre de films d’auteurs français mais la forme, du théâtre de boulevard, a le mérite d’être moins prétentieuse et plus amusante que celle des Beaux jours. Le fauteuil 47 n’en demeure pas moins médiocre. C’est le plaisir de voir des monstres sacrés, dans leurs emplois standards, qui empêche de décrocher. J’ai en fait eu l’impression que les deux premiers tiers du métrage constituaient un prétexte, pour le moins laborieux, au montage parallèle conclusif où le rythme comique décolle enfin. Mais rien de bien transcendant.