Et vogue le navire…(Federico Fellini, 1983)

A la veille de la Première guerre Mondiale, des ressortissants de la haute-société italienne s’embarquent sur un paquebot.

C’est évidemment la fin d’un monde que Fellini filme ici. Le naufrage du bateau est ici le symbole de la disparition de l’ancienne société. Une allégorie originale et inattendue étirée sur plus de deux heures au cas où le brave spectateur peinerait à comprendre le génie visionnaire de l’Auteur. Et vogue le navire… est cependant moins lourd, moins complaisant, moins ennuyeux, bref plus intéressant que d’autres films du cinéaste (Fellini-Satyricon, Fellini-Casanova, Fellini-Roma…) car la décadence du style répond ici à la décadence de la société représentée. Force est de constater que l’artifice outrancier de la mise en scène crée finalement une véritable mélancolie.

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Juliette des esprits (Federico Fellini, 1965)

Les rêveries de l’épouse délaissée d’un bourgeois italien.

Le premier film en couleurs de Fellini inaugure une (longue) série de loukoums kitschs et auto-complaisants. Le cinéaste met en scène fantasmes et souvenirs sans le moindre souci de cohérence, de ligne directrice. Juliette des esprits se réduit à un cirque grotesque qui part dans tous les sens. A cette époque, le style de Fellini est de plus en plus détaché du réel. La « poésie du maestro » a largement pris le pas sur la vérité chaplinesque des pépites réalisées lors de la décennie précédente  (Les nuits de Cabiria en premier lieu). Autorités morales et sectes new-ages étant caricaturées de la même manière carnavalesque, le film ne dit rien de consistant et apparaît en fait très uniforme sous ses dehors baroques et foisonnants. Le traitement du démiurge nombriliste qu’est Fellini étouffe complètement son sujet éventuel. Toute vie, tout naturel mais aussi et surtout tout érotisme sont bannis. Ne reste qu’une ribambelle inexpressive de couleurs saturées et de décors délirants.