Le soldat Laforêt (Guy Cavagnac, 1972)

Pendant l’exode de 1940, un déserteur vagabonde dans l’Aveyron…

Plaquage des idéaux soixante-huitards sur la réalité de l’Exode. C’est incongru, bourré d’anachronismes (comme la rencontre finale avec le maquis) et d’un ridicule qui confine à l’obscénité. La grande faiblesse de l’écriture -à la fois étique et confuse- empêche la prise au sérieux des situations dramatiques. Toutefois, le naturel du filmage de Guy Cavagnac -hanté par son maître Jean Renoir- tempère, au niveau du détail de plusieurs scènes, la fausseté de la conception. Le charme capiteux de la trop rare Catherine Rouvel est un atout.

Limbo (John Sayles, 1999)

En Alaska, une chanteuse de bastringue tombe amoureuse d’un pêcheur au mystérieux passé.

Les personnages sont attachants et les acteurs sont bons mais le récit manque de rigueur dramatique; la transition vers le film de survie est mal amenée et le parallèle avec la famille de pionniers est poussif. Bref, ça se laisse regarder mais ça aurait pu être mieux.

Cinq et la peau (Pierre Rissient, 1982)

Un Occidental exilé à Manille pense aux vers qui l’ont marqué, aux cinéastes qui l’ont hanté et aux Philippines qu’il a levées.

Les filles sont très jolies et on voit beaucoup Manille mais l’impression demeure d’une oeuvre très nombriliste, l’auteur ne cherchant guère à universaliser ses marottes et obsessions. On se souviendra de Pierre Rissient pour son travail capital d’activiste cinéphile plus que pour ce film.

Le mercenaire de minuit (Invitation to a gunfighter, Richard Wilson, 1964)

Un pistolero métis est engagé par une communauté nordiste pour éliminer un vétéran confédéré venu réclamer sa ferme accaparée.

L’angle d’attaque historico-politico-sentimental est intéressant mais les enjeux dramatiques manquent de clarté. Yul Brynner a beaucoup de charisme mais son interprétation ne contribue pas à crédibiliser un personnage dont la complexité a dépassé ses auteurs.

Une Parisienne (Michel Boisrond, 1957)

La fille d’un président du conseil s’entiche du directeur de cabinet de son père qui est un invétéré séducteur.

Malgré la présence de Brigitte Bardot, Une Parisienne n’est qu’un très pâle ersatz français de comédie de remariage à cause, en premier lieu, d’une écriture extrêmement paresseuse.

Light of day (Paul Schrader, 1987)

Un jeune homme frère d’une rockeuse, mère d’un enfant de cinq ans et fâchée avec leur mère catholique, perd son boulot d’ouvrier…

Ce drame familial est bien charpenté et le récit traite frontalement ses thèmes (ce qu’est un lien familial, ce qu’est la foi en Dieu) mais il manque de surprises et de détails concrets. Ainsi, la mise en scène du calviniste Paul Schrader ne montre pas suffisamment les attraits d’une vie rock&roll pour que la Tentation soit vraiment séduisante.

De sueur et de sang/Wonder boy (Paul Vecchiali, 1994)

Un boxeur d’origine camerounaise poussé par son père à continuer son sport tue le souteneur d’une fille en défendant cette dernière.

Paul Vecchiali trempe l’acier du grand mélodrame qu’il chérit dans un bain de réalité contemporaine à base d’immigrés. C’est hardi mais plutôt réussi. L’artifice patent de certaines intrigues, la fausseté des dialogues accentuée par un doublage étrange et les importantes limites de Sam Djob en tant que comédien n’empêchent pas de suivre avec intérêt une complexe histoire d’amour et de filiation qui est portée par quelques idées visuelles pertinentes, un lyrisme assumé (le match de boxe sur fond du Gloria de Haendel, ça fonctionne!) et une Fabienne Babe qui joue la femme amoureuse avec une rare justesse. Wonder boy est un des derniers films intéressants de son auteur.

Zig Zag story/Et la tendresse ! Bordel!… 2 (Patrick Schulmann, 1983)

Un peintre habitant avec un photographe obsédé sexuel tombe amoureux d’une animatrice de radio…

Ce deuxième volet officieux (Zig zag story fut renommé par son opportuniste éditeur vidéo) permet de mieux cerner la singularité de Patrick Schulmann qui s’avère un anarchiste réac, aussi sarcastique vis-à-vis de l’ordre bourgeois et policier que mélancolique face au manque d’amour vrai après la libération sexuelle.

D’ailleurs, plus que dans le premier opus, le titre est ici justifié par ce qui nous est raconté: une magnifique histoire où un grave accident fait naître des sentiments entre deux amants. Un peu comme dans Elle et lui. Les rebondissements surprenants, la frontalité de la narration et l’absence totale d’inhibition quant à toute notion de « mauvais goût » confèrent une grande force à cette histoire d’amour.

L’inventivité de la mise en scène est aussi bien burlesque que formelle: de savants enchaînements de catastrophes font avancer le récit et l’image est triturée dans tous les sens; ce qui n’est pas un jeu gratuit mais une source de gags divers et variés. Fils spirituel de Reiser et de Bunuel (géniale intervention des nonnes), Patrick Schulmann avait de la fantaisie à revendre, bien plus que les volontaristes du culturellement chic (Arietta, Biette, Bozon…).

Son seul problème était de manquer de rigueur dans le dessein d’ensemble. Autour du couple central, Fabrice Lucchini interprète avec son habituelle finesse un personnage d’autant plus drôle qu’il est parfaitement univoque car mu uniquement par sa libido mais ce qui tourne autour de l’enlèvement de l’enfant ne fait que parasiter l’intrigue principale.