Le combat dans l’île (Alain Cavalier, 1962)

Tandis qu’un jeune militant d’extrême-droite radicalise son engagement et part en cavale, sa femme s’éloigne de lui.

Ce premier film d’Alain Cavalier laisse une impression mitigée. L’absence de jugement sur la conduite du personnage principal déroute d’autant que la fin éminemment ambiguë donne raison à la violente morale qui est la sienne. Cela ne veut pas dire que le film soit expressément fasciste mais on peut se demander où est l’intérêt de raconter froidement et objectivement l’itinéraire d’un tel personnage. La réflexion sur la violence, la loi et le mal* qui semble avoir été ambitionnée par l’auteur est pour le moins vague. Elle n’est pas incarnée d’une façon aussi évidente et claire qu’elle peut l’être dans de bons westerns (le propos est proche de celui de L’homme qui tua Liberty Valance, sorti la même année).

Le problème est peut-être que les actions d’un personnage aussi borné, aussi unidimensionnel, que celui de Trintignant filmées avec une telle neutralité et insérés dans un contexte aussi abstrait n’ont guère de signification -dramatique ou morale. Il y a quelque chose d’absurde dans un tel récit. Heureusement, à partir du moment où le film cesse de suivre ce personnage, Le combat dans l’île devient intéressant car, enfin, un drame se noue, drame qui plus est bien servi par un metteur en scène talentueux.

*dans un entretien donné vingt ans après la réalisation du film, Cavalier a affirmé vouloir montrer qu’il faut se salir les mains pour en finir avec un fasciste

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Les braves (Alain Cavalier, 2007)

Deux résistants racontent leurs évasions. Ensuite, un ancien soldat raconte le moment où, pendant la guerre d’Algérie, il s’est opposé à un collègue qui torturait.

Contrairement par exemple au travail d’un Claude Lanzmann, Alain Cavalier a recueilli les récits de ces hommes sans opérer la moindre coupe, ce qui minimise la présence du réalisateur au profit de la parole des « braves ». Cavalier se contente en fait d’enregistrer, après avoir demandé à chacun de faire en sorte que la taille de son discours ne dépasse pas celle d’une cassette de sa caméra. Ce qui fait plus d’une demi-heure. Le temps laissé à chaque héros permet, au-delà du caractère édifiant de chaque intervention, aux différentes personnalités de poindre et le tout n’en est que plus émouvant. Pour autant, les récits ne manquent pas d’humour. Ainsi du froid glacial de la jeune fille de la Croix-Rouge que le résistant Raymond Levy espérait séduire. Ainsi de la bonne blague faite à Michel Alliot durant sa cavale lorsqu’il frappa à la porte d’une ferme:
« -C’est pas de chance pour vous, je suis le chef local de la milice.
-…
-Ha ha ha! j’déconnais, rentrez vous cacher! ».

Un étrange voyage (Alain Cavalier, 1981)

A la gare de l’Est, un homme attend sa mère qui a pris le train à Troyes. Elle n’est pas là. Pour la retrouver, il va parcourir à pied 300 kilomètres de voies ferrées. Sa fille, étudiante boulimique et gauchiste, décide de l’accompagner.

En partant d’un extraordinaire fait divers, Alain Cavalier et sa fille Camille ont écrit une sorte de road-movie pédestre dans lequel ils ont, plus ou moins consciemment, projeté leur relation. Comme à son habitude depuis Le plein de super, le cinéaste a travaillé en équipe réduite en décors naturels. Ici, il a tourné le long des voies ferrées et dans des petits villages du pays d’Armance. En a résulté un film simple, pur, direct et d’une justesse imparable. Jean Rochefort, qui venait de perdre sa maman, tient ici ce qui est peut-être son plus beau rôle au cinéma. Il est bouleversant.

Martin et Léa (Alain Cavalier, 1978)

Un ouvrier passionné de chant tombe amoureux d’une Eurasienne qui vit en fournissant des filles à un riche monsieur de sa connaissance.

Selon un processus cher à Alain Cavalier, Martin et Léa intègre des éléments véridiques de l’histoire du couple véridique présent à l’écran au scénario de la fiction dont ce couple est ici l’objet. Si certains enchaînements narratifs ne sont pas convaincants (le drame du dernier acte apparaît très, trop, soudain), la peinture des deux amoureux brille par sa justesse. Quoique son style reste foncièrement réaliste, le cinéaste a ôté de son film un maximum d’éléments sociologiques pouvant le contextualiser trop précisément. Sa représentation de l’amour atteint ainsi une sorte d’universalité et de pureté incandescente qui rappelle Frank Borzage d’autant plus que, à l’instar de l’auteur de Ceux de la zone, Cavalier ne manque pas d’humour. Très beau.

Mise à sac (Alain Cavalier, 1967)

Un homme réunit des malfrats et leur propose de mettre à sac une petite ville isolée en Savoie en une nuit…

Claude Sautet et Alain Cavalier ont brillamment transposé un roman de Donald Westlake en Savoie. Mise à sac est peut-être le meilleur film de casse français (devant Du rififi chez les hommes) et un des meilleurs films de casse jamais tournés, principalement pour deux raisons. La première est l’excellente restitution de l’espace par le réalisateur. La présentation d’un bref schéma au début et, surtout, un découpage d’une parfaite clarté font que le spectateur se représente le village aussi bien que les voleurs de la fiction. De ce fait, il ressent les enjeux dramatiques, des enjeux qui sont tous plus ou moins liés à cet espace, avec une force peu commune. Ainsi du péril entraîné par le retard d’un personnage au moment de la fuite.

Cette épure du découpage va évidemment de pair avec l’épure de la narration. Le scénario est dégraissé, la majeure partie du film est consacrée à la progression du travail et finalement, Cavalier montre ses voleurs comme il montrerait une équipe chargée de la construction d’un pont, avec les différents corps de métier qui la constituent . Il y a ici le maître d’ouvrage, le chef d’équipe, les perceurs de coffre, les guetteurs…Heureusement, la mise à sac d’une ville est évidemment plus imprévisible qu’une construction de pont.

Cette absence de fioriture n’empêche pas les personnages d’avoir une consistance certaine et c’est là la deuxième qualité majeure du film. Au sein même du processus de mise à sac, les auteurs ont tissé de jolies ramifications narratives.  Une idée très intéressante -et assez inédite- est que les voleurs sont obligés de séquestrer temporairement les personnes susceptibles de donner l’alerte. Flics, pompiers et jolies standardistes sont gardés par un malfrat le temps que ses complices dévalisent la ville. Ces confrontations entre des voleurs déterminés mais pas malveillants et leurs prisonniers donnent lieu à des scènes incongrues voire à des intrigues sentimentales sans pour autant faire verser le film dans la comédie. Simplement, Cavalier insuffle une épaisseur humaine à sa mécanique là où beaucoup de films du genre ennuient à force de montrer des types déjouer des systèmes d’alarmes et percer des coffres. L’aspect mélodramatique de Mise à sac, car il y un aspect mélodramatique dans Mise à sac, reste assez schématique car le développer aurait sans doute nuit à l’ensemble de la narration. Il pourra donc décevoir. Mise à sac n’en reste pas moins le meilleur film avec Michel Constantin, aux côtés du Trou. C’est du cinéma d’action purement français quoiqu’on n’en voit trop peu en France.

La chamade (Alain Cavalier, 1968)

La jeune maîtresse d’un riche homme d’affaires a une liaison avec un journaliste de son âge.

Tout ce qui transcendait la banalité du sujet dans le beau roman de Françoise Sagan passe à l’as. Les scènes d’amour passionnées, essentielles à la liaison entre les jeunes gens, se réduisent à une poignée de plans fades et sans imagination. Le sexe est tellement atténué que le film apparait comme une plate niaiserie. Charles, personnage digne dans le roman est ici un vulgaire homme trompé et jaloux, comme Piccoli en a incarné des dizaines. Enfin, Roger Van Hool, le comédien dégotté pour donner la réplique à Catherine Deneuve et Michel Piccoli joue faux.
Bref, c’est nul.