Teresa (Dino Risi, 1987)

A la mort de son mari, une belle camionneuse tente d’éponger les dettes de ce dernier sans pour autant accepter les beaux partis qui se présentent.

C’est en fait une comédie romantique. Des plus poussives. L’inversion des stéréotypes sexuels, qui aurait pu être très intéressante vue par le macho par excellence qu’était Risi, ne tient pas toutes ses promesses comiques. Les auteurs ont préféré plonger leur héroïne atypique dans une accumulation de sketches vieillots basés sur la caricature la plus grossière (la famille d’aristocrates allemands, le clan mafieux, le parvenu…), de façon pas très cohérente et encore moins vraisemblable. L’abattage de la sexy Serena Grandi, face à un fade Luca Barbareschi, permet de ne pas trop regarder sa montre.

Rapt à l’italienne (Dino Risi, 1973)

Parti en week-end avec sa jeune maîtresse, un industriel est pris en otage par des braqueurs d’extrême-gauche en cavale.

Plus qu’une satire amusante mais somme toute superficielle de la société italienne, cet argument est l’occasion d’une réflexion amère sur la virilité contemporaine. Rarement comédie aura été aussi malaisante qu’après la rupture de ton -et de rythme- au moment de l’arrivée du groupuscule dans le château du général retraité. Aussi bien que le comique, Dino Risi manie dans ce film le suspense (préparation de l’assaut au restaurant), la cruauté et l’émotion (la fin), sans sacrifier tous ces registres à la facile dérision. C’est sa grandeur, au-delà de quelques épaississements du trait.

Donatella (Mario Monicelli, 1957)

Embauchée comme domestique d’une riche Américaine, une jeune Romaine se met à sortir avec un ami de sa patronne, sur la base d’un malentendu.

Dénuée de toute visée satirique, cette relecture de Cendrillon n’a rien à voir avec les autres comédies de Monicelli mais ressemble à un téléphone blanc mis au goût du jour (Cinémascope-couleur, décors naturels, personnages de vedettes américanisées). C’est non seulement fade et niais mais également languissant car le récit cousu de fil blanc se traîne et le format large ne dynamise pas la mise en scène.

Le cocu magnifique (Antonio Pietrangeli, 1964)

Trompant son épouse, un bourgeois italien s’imagine que celle-ci le trompe également.

Un récit qui s’enlise dans des situations répétitives, l’abus de séquences fantasmatiques et une voix-off qui peine à donner le change font de Un cocu magnifique une comédie italienne des plus ennuyeuses. Pas grand-chose à se mettre sous la dent à part un pseudo strip-tease de Claudia Cardinale.

Romances et confidences (Mario Monicelli, 1974)

Un délégué syndical quinquagénaire épouse une superbe jeune fille mais commence à être rongé par la jalousie lorsque celle-ci rencontre un jeune policier venu se plaindre d’avoir été blessé lors d’une manif.

Sur le thème assez classique dans la comédie italienne de l’homme mûr amoureux d’une jouvencelle, Mario Monicelli a réalisé un de ses meilleurs films. C’est dû à la complexité du comportement de l’homme, tentant de refréner ses instincts jaloux au nom de la haute idée qu’il se fait de la civilisation et du progrès. Il tente de vivre sincèrement ses valeurs, ce qui donne lieu à des scènes particulièrement poignantes par leur noblesse. La relation entre les époux est également d’une belle richesse, déjouant à plusieurs endroits, tel le lit, les schémas attendus. Grâce aux détails qui singularisent leur relation et évidemment à l’immense qualité de leur interprétation, le couple formé par Ugo Tognazzi et Ornella Mutti fonctionne vraiment. Un des autres atouts du film est sa savante construction en flashbacks mâtinés de différentes voix-off. Loin de compliquer inutilement la narration, cela justifie pleinement le second terme du titre français. Le ton de l’oeuvre y gagne en intimisme et en humour puisque les commentaires du personnage principal ne sont pas exempts d’auto-dérision. Bref, malgré une photographie ingrate et un coup de mou aux deux tiers du film suivi par une relance quelque peu artificielle de son intrigue, Romanzo populare est une belle réussite, plus émouvante que drôle et clairement supérieure à Drame de la jalousie.

 

Dora Nelson (Mario Soldati, 1939)

Les producteur d’un film remplacent une vedette capricieuse par son sosie, ouvrière.

Version italienne du film de René Guissart tourné quatre ans auparavant d’après un scénario de Louis Verneuil. N’ayant pas vu le film français, je ne sais dans quelle mesure celui-ci en diffère. J’ai simplement noté que l’intrigue est bien agencée (à l’exception de la révélation finale destinée à sauvegarder la morale) et que le découpage, riche en mouvements d’appareils, est assez vif mais que la comédie est handicapée par une certaine pauvreté en gags et par la laideur empâtée de Carlo Ninchi. Assia Noris, elle, est mignonne dans un rôle à la Darrieux.

Vita coi figli (Dino Risi, 1990)

Son épouse décédée dans un accident, un riche quinquagénaire se rapproche de ses cinq enfants et tombe amoureux d’une jeune fille.

Une énième variation sur deux thèmes canoniques de la comédie italienne: rapprochement d’un père avec ses enfants après un drame et démon de midi. Cette fois, c’est particulièrement mal écrit et mis en scène avec un je-m’en-foutisme consternant. Malgré le sujet, ce n’est jamais drôle ni touchant. La faute à la télé Berlusconi pour qui « l’oeuvre » a été entreprise? On note bien sûr quelques plans tout à fait gratuits de la jeune Monica Bellucci nue.

Les conspirateurs (Luigi Magni, 1968)

En 1825 à Rome, deux carbonari sont arrêtés pour avoir tenté d’assassiner un mouchard…

Malgré une distribution exceptionnelle et une musique lyrique, morriconienne en diable, de Armando Trovajoli, cette tragicomédie historique est ratée à cause d’une mise en scène faiblarde: l’inexistence à l’écran du décor romain, les artifices théâtraux de l’écriture qui régulièrement ramènent la comédie historique vers le vaudeville, le rythme mou et l’échec quant à la variation des registres ambitionnée (la perpétuelle gravité de Robert Hossein plombe le comique) désintéressent rapidement le spectateur.

Pain et chocolat (Franco Brusati, 1974)

En Suisse, les déboires d’un travailleur italien, éloigné de sa famille pour lui offrir une vie meilleure.

Parce qu’il est présenté avec beaucoup de finesse et de sensibilité, le contexte original, pour une comédie italienne, du travail immigré, contribue grandement à l’excellence d’une première partie originale et touchante. Cependant, le récit se délite ensuite et le rythme de plusieurs séquences manque de nerf. Nino Manfredi, excellent, et le découpage parfois inventif (le travelling sur l’abattoir!) assurent quand même un certain liant.

Un bourgeois tout petit, petit (Mario Monicelli, 1977)

Un fonctionnaire du ministre des finances se décarcasse pour y faire entrer son fils.

L’amplitude des registres, propre à la comédie italienne, est poussée ici à un degré jamais atteint auparavant. Non seulement, le tragique succède au comique, la tendresse se mêle à la satire, mais de plus, l’oeuvre verse carrément dans l’horreur sans que cela n’apparaisse comme une fantaisie arbitraire des auteurs. Cela reste cohérent avec le contexte italien de l’époque et le destin d’un personnage dont le profond amour paternel équilibre voire justifie la médiocrité des aspirations. On retrouve le même genre de complexité que dans Il boom où c’est par amour conjugal que le même Alberto Sordi s’avilissait. Grâce à un acteur toujours aussi génial, dont le jeu est ici plus sobre que jamais, et à cette exceptionnelle richesse des tons, Un bourgeois tout petit, petit s’avère un des titres les plus bouleversants de ce qu’on hésite désormais à appeler « comédie » italienne. Après les diverses réussites de Risi et Comencini, il rappelle aussi que les auteurs de ce genre se sont montrés parmi les cinéastes les plus subtils et les plus empathiques lorsqu’il s’est agi de traiter la relation entre un père et son fils.

La femme du prêtre (Dino Risi, 1970)

Après avoir été sauvée du suicide par un prêtre lui ayant répondu depuis une sorte de « S.O.S amitié », une chanteuse s’en amourache.

Faute peut-être de précsion dans l’écriture, le mélange des tons ne fonctionne pas très bien; l’exhubérance comique de Sophia Loren peine à s’accorder avec la gravité avec laquelle la question du célibat des prêtres est abordée via le personnage de Mastrioanni. Leur histoire d’amour manque de crédibilité dans ses commencements même si les situations attendues avec un tel postulat restent amusantes (tel la première rencontre chez les parents). La fin est assez belle, le film semblant trouvant enfin l’unité qui lui faisait défaut.

 

Une poule, un train…et quelques monstres (Dino Risi, 1969)

Sept sketches sur diverses perversions sexuelles.

Malgré le sujet, le film ne sombre jamais dans la vulgarité (à part le sketch avec le paysan zoophile) tel que certains films analogues tournés dans les années 70. C’est, en partie, dû à l’acteur, Nino Manfredi, foncièrement plus élégant et moins cabotin que nombre de ses pairs de la comédie italienne. Ce n’est pas non plus d’une drôlerie irrésistible d’autant que le rythme s’amollit souvent.

Opération San Gennaro (Dino Risi, 1966)

Un couple de cambrioleurs américains recrute des Napolitains pour dérober l’inestimable trésor de l’église de San Gennaro pendant le festival de la chanson napolitaine.

Naples et les Napolitains vus avec le mélange de moquerie et de compassion typique de la grande période de Dino Risi agrémentent grandement ce film de casse -genre habituellement des plus chiants.

Nos maris (Luigi Filippo D’Amico, Luigi Zampa et Dino Risi, 1966)

Trois sketches:

  • L’épouse de Alberto Sordi se refuse à consommer le mariage. C’est le début d’une inversion progressive des rôles dans le foyer.  In fine, le dénouement hallucinant justifie un postulat quelque peu arbitraire. C’est le seul sketch en couleurs.
  • Jean-Claude Brialy, impuissant, ne peut donner d’héritier à la famille de Michèle Mercier. Pas mal, sans plus. Comme souvent chez Zampa, la voix-off dynamise le récit.
  • Ugo Tognazzi, carabinier, est chargé de séduire une femme des bidonvilles pour mettre le grappin sur son homme, voleur en cavale et très jaloux. C’est le meilleur des trois segments car, à partir des scènes entre le carabinier et la femme, les sentiments font joliment dérailler le programme. Pour autant, le dernier plan est d’un mauvais esprit bienvenu.

 

 

 

A porte chiuse (Dino Risi, 1961)

Le juge, l’avocat et le procureur accompagnent la veuve d’un millionnaire accusée du meurtre de son mari chez elle pour reconstituer le crime.

Comédie cynique dans la veine de Billy Wilder en moins drôle et en moins bien rythmé. Le noir et blanc, en diminuant l’impression de réalité du décor méditerranéen, accentue la théâtralité foncière de l’oeuvre.

Pain, amour, ainsi soit-il (Dino Risi, 1955)

Muté dans sa ville natale de Sorrente, le maréchal des carabiniers Carotenuto rejoint son frère curé et a affaire à une jolie poissonnière refusant d’être expulsée de sa maison.

Suite de Pain, amour et jalousie où Sophia Loren remplace Gina Lollobrigida. Le décor naturel du village méditerranée est joliment restitué grâce à l’ample clarté du découpage et à l’Eastmancolor. Mais c’est bien le seul intérêt de ce film au scénario indigne de ses deux prédécesseurs.

Bianco, Rosso e Verdone (Carlo Verdone, 1980)

Un père de famille maniaque, un émigré muet et un puceau qui accompagne sa grand-mère se rendent voter.

Ce deuxième film de Carlo Verdone est plus abouti que le premier. Par rapport aux réalisateurs italiens de comédie des décennies précédentes, il a certes abdiqué toute ambition politique, sociologique, historique ou même simplement satirique mais c’est efficace. On se marre pas mal. Le comique est varié: Carlo Verdone fait son miel de crétins divers et mélange comique verbal, comique de situation et burlesque façon Harpo Marx. Grâce à la tendresse de l’auteur, à un joli thème de Ennio Morricone et à la touche de mélancolie finale, les personnages de la grand-mère et du petit-fils sont chargés d’une humanité vraie.