Un dimanche romain (Anton Giulio Majano, 1953)

A Rome, un dimanche où se déroule un match de foot, différentes intrigues se nouent.

Un film choral dans la lignée de Dimanche d’août. Grâce à son sens du rythme, à la présence du cadre urbain, à la sympathie des comédiens et à la cocasse justesse de plusieurs traits, Anton Giulio Majano parvient à faire oublier le caractère très artificiel de l’écriture. Seules les scènes mélo entre l’entraîneur déchu et son épouse vénale sonnent faux dans cette sympathique comédie de la tendance « néo-réalisme rose ».

Brancaleone s’en va-t-aux croisades (Mario Monicelli, 1970)

Tout est dit dans le titre.

Cette suite directe de L’armata Brancaleone a le même type de structure que son prédécesseur. Elle le prolonge comme le ferait un nouvel épisode dans un feuilleton: signée des mêmes auteurs, l’écriture est (presque) d’égale qualité et on retrouve une analogue profusion de péripéties, mais, à l’exception de la confrontation avec la Mort qui introduit une dose de fantastique baroque dans le diptyque, l’effet de surprise a disparu. Le subtil équilibre du premier épisode fait place à un ton plus uniformément grotesque. De plus, avec la disparition de Gian Maria Volonte, on pourra regretter qu’il n’y ait plus de second rôle de taille à renvoyer la balle à Gassman. Bref, c’est moins bien même si ça reste bien.

L’armée Brancaleone (Mario Monicelli, 1966)

Ayant par hasard récupéré le titre de possession d’un fief, une bande de manants entraîne un chevalier désargenté dans une drôle d’équipée…

L’armata Brancaleone est peut-être le chef d’oeuvre de Mario Monicelli. Pour une fois, le ridicule de ses protagonistes n’apparaît pas comme une mesquine facilité. Est-ce dû au contexte temporel? Le fait est que le mélange de crudité démystificatrice et de fantaisie grotesque de la mise en scène donne une assez juste idée de l’époque représentée et fait de cette comédie un des meilleurs films sur le Moyen-âge. L’épisode de la croisade des gueux avec le leader halluciné qui ne parle qu’en criant est particulièrement bien senti.

Toutefois, L’armata Brancaleone ne serait pas un film très intéressant (ni très courageux) s’il se contentait de brocarder un obscurantisme millénaire. Au-delà de la verve satirique et burlesque qu’ils déploient avec une grande inventivité, Age, Scarpelli et Monicelli savent accorder à leurs personnages une dignité salvatrice. Ainsi Brancaleone, superbement interprété par Vittorio Gassman, est bête mais a le coeur noble. Il se comporte à plusieurs reprise tel Don Quichotte. D’ailleurs, ce récit picaresque qui entraîne les personnages dans différentes aventures -cocasses, effrayantes voire émouvantes- est sans doute le plus parfait équivalent cinématographique à l’absolu chef d’oeuvre de Cervantès (quoique sans la dimension réflexive de sa deuxième partie).

Derrière la dérision, le profond respect des auteurs pour leur matière est également tangible dans la façon dont ils restituent la campagne italienne: ses paysages, ses églises et ses villages ont, mine de rien, rarement été aussi bien filmés. L’équilibre pictural de plusieurs plans participe de la nature profondément classique de cette farce qui, entre autres rares plaisirs, donne l’occasion de voir Gian Maria Volonte nanti d’une coupe de douilles lui donnant des airs à la Régis Laspalès.

Un héros de notre temps (Mario Monicelli, 1955)

Dans la société italienne de l’après-guerre, le parcours d’un homme lâche et pusillanime.

C’est pas mal et assez précurseur par rapport au genre de la comédie italienne (Un héros de notre temps ressemble beaucoup aux films que Sordi tournera 5 ans plus tard) mais l’absence de nuance dans la caractérisation du « héros » empêche l’empathie du spectateur à son égard, étrique les enjeux du récit et rend patente la volonté démonstrative des auteurs. C’est une comédie plus sinistre que drôle.

 

Il boom (Vittorio de Sica, 1963)

Criblé de dettes, un père de famille vivant au-dessus de ses moyens se voit proposé de vendre son oeil par l’épouse d’un architecte borgne.

A partir d’une anecdote extrêmement cruelle dont, quinze ans plus tôt, ils auraient tiré un mélo misérabiliste, Cesare Zavattini et Vittorio De Sica ont réalisé une comédie qui compte parmi les plus malaisantes du genre. Tout en brocardant l’avidité de leurs concitoyens avec une acuité comique digne de Zampa, ils motivent la veulerie matérialiste de leur antihéros par une vertu: l’amour conjugal. Cette salvatrice complexité a pour double effet de nuancer la noirceur du constat et de redoubler le sentiment de tragique qui émane de la farce. Alberto Sordi, qui alignait alors les chefs d’œuvre, est l’interprète idéal du personnage, suscitant l’empathie tout en se livrant aux pires turpitudes. Un bémol: le découpage inégal, parfois chargé de zooms et de plans inutiles, accentue artificiellement le grotesque de plusieurs scènes (tel le dîner au début).

Pauvres millionnaires (Dino Risi, 1959)

Après s’être disputé avec son épouse, un récent marié est renversé par une riche héritière qui s’entiche de lui tandis qu’il est devenu amnésique.

La facilité de l’argument du héros qui perd la mémoire et la retrouve selon la convenance de narrateurs se souciant peu de crédibilité dénie à Pauvres millionnaires les qualités de vérité humaine et sociale de Pauvres mais beaux. Le trait est plus conventionnel et moins précis bien que certaines scènes, tel celles avec les parents, fassent exception. Toutefois, l’écriture comique est peut-être plus brillante encore que dans le premier volet. Dès le début avec le train qui sépare sans cesse les époux, les auteurs montrent leur talent pour exploiter une situation comique jusqu’au bout et en tirer un maximum de rebondissements. Par ailleurs, plus court, Pauvres millionnaires n’a pas les -légers- problèmes de rythme de son prédécesseur. Bref, Pauvres millionnaires est un film plaisant mais mineur.

Il successo (Mauro Morassi et Dino Risi, 1963)

Pour réunir le capital nécessaire à ce qu’il pense être une affaire en or, un employé de bureau demande de l’argent à plusieurs de ses connaissances…

La suite officieuse du Fanfaron n’est pas un si mauvais film qu’on n’aurait pu le craindre. Ecrite par Maccari et Scola, elle est certes plus sérieuse et plus pesante de par son côté démonstratif et la redondance de sa narration (nombreuses scènes de quémandage tandis que le lien avec le copain joué par Trintignant n’est pas assez approfondi). Moins drôle et plus sinistre, Il successo ne retrouve pas la grâce dans le mélange des tons qui caractérisait son prédécesseur. Toutefois, le charge satirique plus circonscrite -les auteurs s’en prennent essentiellement à l’avilissement moral provoqué par la société de consommation en Italie- fait mouche à plusieurs endroits.