La fiancée des ténèbres (Serge de Poligny, 1945)

A Carcassone, un compositeur tombe amoureux de la fille adoptive du dernier évêque cathare.

Pour évoquer le mystère de la métempsycose, l’onirisme du voyage dans un espace-temps alternatif et l’horreur d’un culte satanique, il eût fallu un Jacques Tourneur mais c’est Serge de Poligny qui fut choisi. L’ambition était louable mais le résultat est confus et mièvre, confirmant l’infériorité du cinéma français par rapport au cinéma américain en matière de fantastique.

Blondine (Henri Mahé, 1945)

Après avoir épousé la fille d’un pêcheur, un prince est enlevé par une jalouse.

Une extraordinaire curiosité du cinéma de l’Occupation. Ancien décorateur de Abel Gance et grand ami de Louis-Ferdinand Céline, Henri Mahé intègre des acteurs à des dessins animés grâce à son « simplifilm ». Entre Méliès et Cocteau, sa féérie, réalisée entre 1943 et 1944, manque toutefois de la splendeur visuelle propre à sublimer un scénario inepte. Ce film de décorateur s’avère essentiellement décoratif et il y a de jolies images variées mais celles-ci manquent de vie, à l’exception de celles où Georges Marchal déploie ses talents acrobatiques.

Les 1001 nuits (Philippe de Broca, 1990)

A Bagdad, une jeune fille condamnée à mort par le sultan invoque un savant qui fut téléporté dans le Londres contemporain pour la sortir des périlleuses situations où elle est entraînée.

Une sympathique fantaisie qui ne se prend pas au sérieux mais dont le rythme et le dynamisme sont, surtout dans la première partie, entraînants. Au bout d’un moment, les péripéties se font répétitives et la ringardise des effets spéciaux lasse…Mais peu importe car, en 1990, Philippe de Broca avait toujours très bon goût en matière de femmes. Catherine Zeta-Jones, 19 ans, est à peu près sublime. Merci à lui de l’avoir lancée au cinéma.

Christine (John Carpenter, 1983)

Un adolescent achète une voiture des années 50 qui tue les gens.

L’allégorie « Faust chez La fureur de vivre » est développée sans grand souci de cohérence et sans la moindre finesse; mention spéciale au personnage du garagiste dont l’abus de gros mots est affreusement caricatural. A partir d’un canevas similaire, Carrie offrait une vision de l’adolescence plus juste, moins stéréotypée. De plus, comme souvent chez John Carpenter, le rythme est un peu mou.

Cependant, les travellings sont élégants et la maîtrise plastique du cinéaste engendre de superbes morceaux de bravoure au premier rang desquels les morphings régénérants et la course de la voiture enflammée. Sa fameuse musique « atmosphérique » est également plus réussie qu’elle ne le fut. C’est donc pas si mal.

Que le diable nous emporte (Jean-Claude Briseau, 2018)

Une femme trouve un téléphone sur lequel se trouve des vidéos d’ébats amoureux et noue une amitié érotique avec sa jeune propriétaire.

Comme La fille de nulle part, Que le diable nous emporte est autoproduit. Le budget semble moins petit que dans le précédent car il y a maintenant deux appartements au lieu d’un pour faire office de décor et deux acteurs et trois actrices participent au film. Cette relative multiplicité des personnages permet à Jean-Claude Brisseau de créer des combinaisons plus variées que dans son film précédent. Un certain ludisme de la narration traduit une vision de l’amour et du sexe plus légère et épanouie, presque radieuse. Malheureusement, l’expression reste très théorique et l’impression qui demeure est celle d’un cinéaste ressassant ses obsessions sans beaucoup d’imagination. Un producteur, en plus de fournir de l’argent, eût permis à l’auteur de devoir face face à des « non » stimulants pour sa créativité. Non à ces dialogues littéraux, non à cette écriture ultra-schématique, non à ce mysticisme fatigué (on est loin de la poésie du sublime Céline même si la musique est la même) et, surtout, non à ces séquences onirico-érotiques au kitsch franchement embarrassant; peut-être qu’en 3D, leur lyrisme est plus convaincant mais malheureusement, Que le diable nous emporte n’est nulle part projeté en 3D. Les scènes saphiques sur fond d’écrans de veille Windows ont remplacé le bricolage inventif des séquences de trouille dans La fille de nulle part. Un perdant: le cinéma.

 

On borrowed time (Harold S. Bucquet, 1939)

Un orphelin et son grand-père immobilisent la Mort dans un arbre de leur jardin.

Des vertiges métaphysiques aussi profonds que dans le Septième sceau sont enfermés dans une sucrerie typique de la MGM. On borrowed times est une oeuvre extraordinaire où le jusqu’au boutisme du récit transfigure toute mièvrerie. Quelques fléchissements du rythme dus à son origine théâtrale n’empêchent pas ce film d’être tout à fait hallucinant.

Un ciel radieux (Nicolas Boukhrief, 2017)

Après un accident de voiture du à la pression professionnelle, un père de famille se réincarne dans la peau du jeune motard qu’il a percuté.

Nicolas Boukhrief s’est très bien tiré de l’adaptation du manga à dormir debout de Taniguchi. Le montage lui permet de juxtaposer les deux vies et de les assimiler à deux niveaux de conscience sans la lourdeur verbale de la bande dessinée (la voix-off est heureusement très peu présente). La souplesse de son découpage fluidifie le récit alambiqué. Peut-être eût-il pu se passer de faire figurer les deux personnages en même temps dans quelques scènes qui, de ce fait, gardent un parfum d’incongru…

Moins redondant dans sa narration, le cinéaste français se montre plus rentre-dedans -mais aussi plus simpliste- que le dessinateur japonais dans son traitement du conflit entre le salarié décédé et son employeur. Les parcs dans leurs couleurs automnales et les plages du nord de la France fournissent un écrin apaisant à la tragédie fantastique. Toutefois, l’épure des cadres et la fréquente distance de la caméra par rapport aux acteurs n’empêchent pas l’émotion d’affluer progressivement jusqu’à un dernier plan de l’ordre du génie pur. Conjuguant grandeur, élégance et tendresse pour évoquer une puissance spirituelle, Boukhrief se montre alors encore plus fort que Jacques Tourneur dans la séquence de résurrection de Stars in my crown.