Nos maris (Luigi Filippo D’Amico, Luigi Zampa et Dino Risi, 1966)

Trois sketches:

  • L’épouse de Alberto Sordi se refuse à consommer le mariage. C’est le début d’une inversion progressive des rôles dans le foyer.  In fine, le dénouement hallucinant justifie un postulat quelque peu arbitraire. C’est le seul sketch en couleurs.
  • Jean-Claude Brialy, impuissant, ne peut donner d’héritier à la famille de Michèle Mercier. Pas mal, sans plus. Comme souvent chez Zampa, la voix-off dynamise le récit.
  • Ugo Tognazzi, carabinier, est chargé de séduire une femme des bidonvilles pour mettre le grappin sur son homme, voleur en cavale et très jaloux. C’est le meilleur des trois segments car, à partir des scènes entre le carabinier et la femme, les sentiments font joliment dérailler le programme. Pour autant, le dernier plan est d’un mauvais esprit bienvenu.

 

 

 

Question d’honneur (Luigi Zampa, 1965)

En Sardaigne, pour des questions d’honneur, un journalier est forcé d’épouser une détenue récemment libérée…

Se moquer des ploucs du Sud fut une grande spécialité des auteurs de la comédie italienne. C’est ici la matière de plusieurs scènes marrantes (le concours de coups de boules!) mais, fort heureusement, Luigi Zampa ne se contente pas de ricaner d’un peuple aux moeurs archaïques. Son regard est nettement plus subtil que celui de Pietro Germi dans Séduite et abandonnée par exemple. Rapidement, le récit se complexifie et ses enjeux évoluent. Plusieurs virages à 180°, toujours justifiés par la logique profonde des personnages et des évènements, lui donnent une profondeur romanesque et la tragédie contamine peu à peu la comédie avec un naturel qui n’exclut jamais le sens de la bouffonnerie. Génie italien. La beauté de Nicoletta Machiavelli fait qu’on croit sans peine à l’amour qui anime l’attachant personnage de Ugo Tognazzi. C’est en prenant son temps et en soignant les enchaînements de la narration que le cinéaste rend perceptible le glissement de son brave héros, écartelé par des codes sociaux absurdes, dans la folie. Seul le discours final venant expliciter le propos du film -péché mignon de Zampa- altère la force implacable de ce quasi chef d’oeuvre.

Je la connaissais bien (Antonio Pietrangeli, 1965)

Une ouvreuse de cinéma tente de devenir actrice en fréquentant les milieux mondains…

La confusion du découpage, l’absence de progression dramatique et la distance entretenue par l’auteur vis-à-vis de personnages fondamentalement inintéressants expliquent sans doute pourquoi cette pâle vulgarisation de La dolce vita est tombé dans un oubli aussi profond que juste.

Les complexés (Dino Risi, Franco Rossi et Luigi Filippo D’Amico, 1965)

Trois sketches:

  • Un employé timide tente de séduire une collègue durant une journée de patronage
  • Un notable devient fou lorsqu’il apprend que sa femme a tourné dénudée dans un péplum
  •  Un homme extrêmement brillant mais doté d’une dentition chevaline postule pour présenter le JT

Le premier sketch s’étiole après un début prometteur, le deuxième est trop long et le troisième, avec un grand Alberto Sordi, est le plus drôle et le plus délirant.

Elle est terrible (Luciano Salce, 1962)

Suite à une panne automobile, un ingénieur italien passe du temps avec une bande de jeunes…

Le surplace du récit, la convention superficielle des caractères, les limites du talent de Catherine Spaak, la grossièreté d’une écriture qui abuse des flash-backs bêtement explicitant et la nullité à peu près totale de la mise en scène font que cette comédie italienne est très justement tombée dans l’oubli.

Dernier amour (Dino Risi, 1977)

Un comédien en maison de retraite s’y entiche d’une jeune femme de chambre et s’enfuit avec elle…

Imaginez un remake de A star is born par le Duvivier de La fin du jour. L’amertume de l’oeuvre se traduit parfois par une certaine exagération du trait, tel la caricature du directeur de la pension, dont la méchanceté est assez injustifiée. La représentation de cette pension est grotesque jusqu’au fantastique; on n’est pas très loin de Ames perdues tourné la même année. En revanche, dans la deuxième partie, l’amour paradoxal et ambigu entre le vieux comédien et la jeune fille est dépeint avec une froide lucidité qui n’exclut ni le sordide ni les moments de tendresse, aussi rares soient-ils. Ugo Tognazzi est très bon, comme à son habitude, et Ornella Muti est belle à damner un saint (on ne lui en demande pas plus). Aigre, crépusculaire et inégal, Primo amore, renommé à contre-sens par les distributeurs français, n’est clairement pas la plus séduisante des comédies italiennes mais Risi y démonte l’illusion amoureuse avec une force certaine. A cet égard, la fin est un grand moment de mise en scène.

La marche sur Rome (Dino Risi, 1962)

En 1922, deux vétérans de la Première guerre mondiale déclassés sont entraînés par le mouvement fasciste…

Le postulat dramatique est emblématique du meilleur de la comédie italienne mais le déroulement, quoique parsemé de scènes amusantes, est assez attendu. Très vite, trop vite, le fascisme se révèle une arnaque et la dialectique narrative s’en trouve stérilisée. Ugo Tognazzi et Vittorio Gassman donnent vie à des personnages qui auraient mérité un développement plus substantiel. La marche sur Rome est un bon film mais il n’a pas la richesse humaine des chefs d’oeuvre analogues que sont La grande pagaille et La grande guerre.