Romances et confidences (Mario Monicelli, 1974)

Un délégué syndical quinquagénaire épouse une superbe jeune fille mais commence à être rongé par la jalousie lorsque celle-ci rencontre un jeune policier venu se plaindre d’avoir été blessé lors d’une manif.

Sur le thème assez classique dans la comédie italienne de l’homme mûr amoureux d’une jouvencelle, Mario Monicelli a réalisé un de ses meilleurs films. C’est dû à la complexité du comportement de l’homme, tentant de refréner ses instincts jaloux au nom de la haute idée qu’il se fait de la civilisation et du progrès. Il tente de vivre sincèrement ses valeurs, ce qui donne lieu à des scènes particulièrement poignantes par leur noblesse. La relation entre les époux est également d’une belle richesse, déjouant à plusieurs endroits, tel le lit, les schémas attendus. Grâce aux détails qui singularisent leur relation et évidemment à l’immense qualité de leur interprétation , le couple formé par Ugo Tognazzi et Ornella Mutti fonctionne vraiment. Un des autres atouts du film est sa savante construction en flashbacks mâtinés de différentes voix-off. Loin de compliquer inutilement la narration, cela justifie pleinement le second terme du titre français. Le ton de l’oeuvre y gagne en intimisme et en humour puisque les commentaires du personnage principal ne sont pas exempts d’auto-dérision. Bref, malgré une photographie ingrate et un coup de mou aux deux tiers du film suivi par une relance quelque peu artificielle de son intrigue, Romanzo populare est une belle réussite, plus émouvante que drôle et clairement supérieure à Drame de la jalousie.

 

Les conspirateurs (Luigi Magni, 1968)

En 1825 à Rome, deux carbonari sont arrêtés pour avoir tenté d’assassiner un mouchard…

Malgré une distribution exceptionnelle et une musique lyrique, morriconienne en diable, de Armando Trovajoli, cette tragicomédie historique est ratée à cause d’une mise en scène faiblarde: l’inexistence à l’écran du décor romain, les artifices théâtraux de l’écriture qui régulièrement ramènent la comédie historique vers le vaudeville, le rythme mou et l’échec quant à la variation des registres ambitionnée (la perpétuelle gravité de Robert Hossein plombe le comique) désintéressent rapidement le spectateur.

Nos maris (Luigi Filippo D’Amico, Luigi Zampa et Dino Risi, 1966)

Trois sketches:

  • L’épouse de Alberto Sordi se refuse à consommer le mariage. C’est le début d’une inversion progressive des rôles dans le foyer.  In fine, le dénouement hallucinant justifie un postulat quelque peu arbitraire. C’est le seul sketch en couleurs.
  • Jean-Claude Brialy, impuissant, ne peut donner d’héritier à la famille de Michèle Mercier. Pas mal, sans plus. Comme souvent chez Zampa, la voix-off dynamise le récit.
  • Ugo Tognazzi, carabinier, est chargé de séduire une femme des bidonvilles pour mettre le grappin sur son homme, voleur en cavale et très jaloux. C’est le meilleur des trois segments car, à partir des scènes entre le carabinier et la femme, les sentiments font joliment dérailler le programme. Pour autant, le dernier plan est d’un mauvais esprit bienvenu.

 

 

 

Question d’honneur (Luigi Zampa, 1965)

En Sardaigne, pour des questions d’honneur, un journalier est forcé d’épouser une détenue récemment libérée…

Se moquer des ploucs du Sud fut une grande spécialité des auteurs de la comédie italienne. C’est ici la matière de plusieurs scènes marrantes (le concours de coups de boules!) mais, fort heureusement, Luigi Zampa ne se contente pas de ricaner d’un peuple aux moeurs archaïques. Son regard est nettement plus subtil que celui de Pietro Germi dans Séduite et abandonnée par exemple. Rapidement, le récit se complexifie et ses enjeux évoluent. Plusieurs virages à 180°, toujours justifiés par la logique profonde des personnages et des évènements, lui donnent une profondeur romanesque et la tragédie contamine peu à peu la comédie avec un naturel qui n’exclut jamais le sens de la bouffonnerie. Génie italien. La beauté de Nicoletta Machiavelli fait qu’on croit sans peine à l’amour qui anime l’attachant personnage de Ugo Tognazzi. C’est en prenant son temps et en soignant les enchaînements de la narration que le cinéaste rend perceptible le glissement de son brave héros, écartelé par des codes sociaux absurdes, dans la folie. Seul le discours final venant expliciter le propos du film -péché mignon de Zampa- altère la force implacable de ce quasi chef d’oeuvre.

Je la connaissais bien (Antonio Pietrangeli, 1965)

Une ouvreuse de cinéma tente de devenir actrice en fréquentant les milieux mondains…

La confusion du découpage, l’absence de progression dramatique et la distance entretenue par l’auteur vis-à-vis de personnages fondamentalement inintéressants expliquent sans doute pourquoi cette pâle vulgarisation de La dolce vita est tombé dans un oubli aussi profond que juste.

Les complexés (Dino Risi, Franco Rossi et Luigi Filippo D’Amico, 1965)

Trois sketches:

  • Un employé timide tente de séduire une collègue durant une journée de patronage
  • Un notable devient fou lorsqu’il apprend que sa femme a tourné dénudée dans un péplum
  •  Un homme extrêmement brillant mais doté d’une dentition chevaline postule pour présenter le JT

Le premier sketch s’étiole après un début prometteur, le deuxième est trop long et le troisième, avec un grand Alberto Sordi, est le plus drôle et le plus délirant.

Elle est terrible (Luciano Salce, 1962)

Suite à une panne automobile, un ingénieur italien passe du temps avec une bande de jeunes…

Le surplace du récit, la convention superficielle des caractères, les limites du talent de Catherine Spaak, la grossièreté d’une écriture qui abuse des flash-backs bêtement explicitant et la nullité à peu près totale de la mise en scène font que cette comédie italienne est très justement tombée dans l’oubli.

Dernier amour (Dino Risi, 1977)

Un comédien en maison de retraite s’y entiche d’une jeune femme de chambre et s’enfuit avec elle…

Imaginez un remake de A star is born par le Duvivier de La fin du jour. L’amertume de l’oeuvre se traduit parfois par une certaine exagération du trait, tel la caricature du directeur de la pension, dont la méchanceté est assez injustifiée. La représentation de cette pension est grotesque jusqu’au fantastique; on n’est pas très loin de Ames perdues tourné la même année. En revanche, dans la deuxième partie, l’amour paradoxal et ambigu entre le vieux comédien et la jeune fille est dépeint avec une froide lucidité qui n’exclut ni le sordide ni les moments de tendresse, aussi rares soient-ils. Ugo Tognazzi est très bon, comme à son habitude, et Ornella Muti est belle à damner un saint (on ne lui en demande pas plus). Aigre, crépusculaire et inégal, Primo amore, renommé à contre-sens par les distributeurs français, n’est clairement pas la plus séduisante des comédies italiennes mais Risi y démonte l’illusion amoureuse avec une force certaine. A cet égard, la fin est un grand moment de mise en scène.

La marche sur Rome (Dino Risi, 1962)

En 1922, deux vétérans de la Première guerre mondiale déclassés sont entraînés par le mouvement fasciste…

Le postulat dramatique est emblématique du meilleur de la comédie italienne mais le déroulement, quoique parsemé de scènes amusantes, est assez attendu. Très vite, trop vite, le fascisme se révèle une arnaque et la dialectique narrative s’en trouve stérilisée. Ugo Tognazzi et Vittorio Gassman donnent vie à des personnages qui auraient mérité un développement plus substantiel. La marche sur Rome est un bon film mais il n’a pas la richesse humaine des chefs d’oeuvre analogues que sont La grande pagaille et La grande guerre.

Qui a tué le chat ? (Luigi Comencini, 1977)

Un frère et une soeur qui ne peuvent pas se voir cherchent à se débarrasser de tous les locataires de leur immeuble pour pouvoir ensuite le vendre.

Comédie italienne particulièrement outrancière et assez mal fichue en termes de narration, la partie policière arrivant comme un cheveu sur la soupe.

La carrière d’une femme de chambre (Dino Risi, 1976)

Dans l’Italie fasciste, la fulgurante ascension d’une femme de chambre dans le milieu du cinéma.

L’écartèlement de cette femme légère entre son arrivisme et un vague amour pour un fiancé qui essuie tous les plâtres de son ascension est la matière d’une virulente comédie où grotesque du régime fasciste et ridicule de l’industrie cinématographique s’exacerbent mutuellement. Ce qui a le mérite d’être assez conforme à la réalité fondamentale de Cinecittà, usine à distractions débilitantes (les « telefoni bianchi » du titre original) dont la première pierre fut posée par le Duce.

En dépit du mépris qu’il peut avoir pour ses personnages médiocres, il reste étonnant de voir combien Dino Risi sait aller au-delà des jouissances de la satire pour insuffler à son pessimisme une ampleur tragique et universelle. Ainsi de la scène du simulacre d’exécution. C’est en cela qu’il se distingue très nettement de ses confrères de la comédie italienne.

Fais-moi très mal mais couvre-moi de baisers (Dino Risi, 1968)

Croyant à des ragots malveillants, un jeune coiffeur s’en prend à sa fiancée qui s’enfuit alors.

Comédie italienne qui se distingue des autres films du genre par une teinte burlesque et absurde assez prononcée. L’humour est donc diversifié, les acteurs sont bons et pas mal d’idées comiques percutent ici et là mais il manque à ce récit hétérogène, de par sa nature picaresque, et qualitativement inégal (ainsi la partie « amants diaboliques » est moins convaincante, plus convenue, que la satire sociale qui précède) l’esprit de synthèse propre aux chefs d’oeuvre de Dino Risi (tel Une vie difficile). Film tout de même drôle, inventif et varié, Fais-moi très mal mais couvre-moi de baisers est d’autant plus emblématique de la vitalité du genre dans lequel il s’inscrit qu’il n’a pas le caractère exceptionnel d’un classique.

Au nom du peuple italien (Dino Risi, 1971)

Un juge d’instruction idéaliste essaye d’inculper un patron véreux pour la mort d’une prostituée.

Trois qualités essentielles ont permis à Dino Risi, Age et Scarpelli d’approfondir leur tableau au vitriol d’un pays corrompu:

  1. Des personnages secondaires qui chacun à leur manière élargissent la portée satirique de ce qui est d’abord un grandiose face-à-face. Savoureusement caricaturés, ils sont les principaux vecteurs de comique de cette comédie par ailleurs plus glaçante que drôle. Ceci n’est pas un défaut : une trop grande dérision aurait altéré la force du discours.
  2. Le jeu extraordinaire de Vittorio Gassman en ceci qu’il parvient à rendre sympathique une véritable crapule. Jeu tout à fait réaliste puisque dans la vie, les crapules sont généralement sympathiques. Lui donnant la réplique, Ugo Tognazzi excelle également mais sa partition est moins propice aux éclats.
  3. La fin géniale qui répartit subitement et subtilement les torts entre les deux personnages. Le constat social n’en est alors que plus désespéré. De surcroît, c’est une idée de mise en scène particulièrement percutante (possiblement la plus subversive du film) que d’avoir inscrit la touche finale de cet implacable réquisitoire envers la société italienne dans une ambiance de coupe du monde de football.

La chambre de l’évêque (Dino Risi, 1977)

En 1946 sur le lac Majeur, un queutard revenu du front africain embarque le capitaine d’un petit bateau dans ses pérégrinations.

Le chambre de l’évêque est une fable satirique qui s’en prend vivement -mais non sans roublardise compte tenu qu’on y montre beaucoup de filles nues mais pas d’homme nu- au machisme italien. La virulence, de plus en plus grossière, du trait  est compensée par le fait, capital, que le personnage du macho, plus complexe qu’il n’y paraît, a des aspects aimables. Le début, érotique et mystérieux, est plaisant mais l’intrigue se délite au fur et à mesure. Le comportement du personnage du Patrick Dewaere est ainsi particulièrement invraisemblable. Le spectateur à l’esprit vif notera que la différence de calibre entre deux actrices dans un même film s’exprime par le nombre de vêtements qu’elles consentent à retirer. Ainsi, les appas les plus intimes des délicieuses Katia Tchenko et Lia Tanzi sont allègrement dévoilés alors que c’est à peine si on aperçoit les seins de la vedette: Ornella Mutti.

Mes chers amis (Mario Monicelli, 1975)

Cinq amis partent en virée et font des farces.

En dépit de son extraordinaire succès public dans la péninsule, Mes chers amis ne saurait être considéré comme un chef d’oeuvre de la comédie italienne. Regarder des quinquas cyniques se foutre de leur environnement s’avère à la longue assez ennuyeux d’autant que les gags ne volent généralement pas très haut. Le style de Monicelli (comme celui de Germi qui fut l’instigateur du projet avant de le refiler à son pote pour cause de maladie) est nettement plus grossier que celui des véritables maîtres du genre (Risi ou Comencini) chez qui la précision de la satire pouvait aller de pair avec une attention profonde aux personnages et à leurs relations. Les gags avec Bernard Blier, savoureux quoique s’éternisant quelque peu, sont tout de même à retenir.

Les nouveaux monstres (Mario Monicelli, Dino Risi et Ettore Scola, 1977)

14 sketches se moquant de divers aspects de la société italienne.

Bien qu’écrit (par les célèbres Age et Scarpelli) et réalisé par des maîtres reconnus de la comédie, Les nouveaux monstres est, comme beaucoup de films à sketches, inégal. Tous les types de comique sont représentés, de celui de situation à la farce vulgaire à base de baffes et de destructions d’accessoires. C’est parfois ennuyeux, parfois très drôle et très bien senti. C’est très féroce et la satire n’est jamais timorée. Les auteurs ne connaissent aucun tabou, n’hésitant pas à aborder le terrorisme ou la pédophilie. Dans ce dernier cas, c’est fait sans le moindre racolage, sans la moindre provocation de bas étage mais avec une irrésistible mécanique comique. La virulence de l’ensemble n’empêche pas certains segments d’être véritablement émouvants. Je pense au film sur la maison de retraite. Pour une fois, les personnages ne sont pas, malgré les apparences, complètement pourris et les auteurs montrent combien la situation est complexe et inextricable. Enfin, dernier point à l’actif de ces Nouveaux monstres: la présence dans deux sketches de la jeune et superbissime Ornella Mutti.

Rogopag (Roberto Rossellini, Jean-Luc Godard, Pier Paolo Pasolini et Ugo Gregoretti, 1963)

Rogopag est un ensemble de courts-métrages nommé d’après les premières lettres des noms des cinéastes.
Pureté de Rossellini est l’histoire d’un homme d’affaire américain qui tente de séduire une ravissante hôtesse de l’air. Les férus d’analyse sans goût qui vénèrent Brian De Palma auront matière à s’amuser avec le cinéma auto-réflexif parce que le businessman prend plaisir à filmer sa dulcinée. Les autres oublieront rapidement cette oeuvrette de l’auteur de Stromboli. Le nouveau monde est l’histoire d’un jeune couple parisien typique de la Nouvelle Vague française. Comme c’est Jean-Luc Godard qui réalise, c’est saupoudré d’un péril nucléaire. La ricotta est un film-essai de Pasolini avec Orson Welles qui joue le rôle d’un cinéaste qui met en scène la passion du Christ. Pasolini ne cherche même pas à camoufler son autoportrait (« je suis un catholique marxiste qui pense que les bourgeois italiens sont des ignorants »). Il y a des accélérés (soit le procédé le plus hideux qui existe au cinéma) et un parallèle douteux entre le destin d’un comédien affamé et celui du Christ. On est à des années lumières de la splendeur de L’Evangile selon St Matthieu, qui sortira l’année suivante. Le dernier film, Le poulet de grain, est une grossière satire de la société de consommation réalisée par un intellectuel italien, Ugo Gregoretti. A voir ce film, on comprend pourquoi ce monsieur n’a pas fait carrière dans le cinéma.
Bref, Rogopag est un agrégat de films complètement anecdotiques. Ce quel que soit le prestige de leurs auteurs.