Le déserteur de Fort Alamo (Budd Boetticher, 1953)

Un combattant d’Alamo qui a fui le fort avant le massacre final pour mettre les familles à l’abri est pris pour un déserteur.

Le manque de cohérence du récit reflète la pusillanimité des auteurs: si le personnage principal avait été un vrai lâche, sa conduite mutique aurait été plus logique et le drame aurait été plus intéressant. De plus, les personnages secondaires, tel celui de l’enfant mexicain, en rajoutent dans l’artifice conventionnel. Malgré ces gros problèmes de scénario, Le déserteur de Fort Alamo se laisse regarder grâce à Glenn Ford, à quelques belles images photographiées par Russell Metty, à la relative concision du découpage et à une ou deux cascades sympas. Mais il faut être de bonne humeur.

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L’antre de la folie (Behind locked doors, Budd Boetticher, 1948)

Un détective privé se fait passer pour fou pour intégrer un asile où un caïd en fuite se serait réfugié…

Le travail sur les contrastes de l’image ne suffit pas à relever l’intérêt de cette petite série B tant le scénario est inepte, le rythme mou du genou et l’interprète du héros (Richard Carlson) fadasse.

Les conducteurs du Diable (Red Ball Express, Budd Boetticher, 1952)

La mission des conducteurs du Red Ball Express, chargés de ravitailler les chars de Patton à travers une France encore pleine d’Allemands.

Red Ball Express a d’abord les qualités propres à tous les bons petits films de guerre hollywoodiens:  sécheresse du style, noblesse simple des caractères, sobriété documentaire (les images d’archives sont particulièrement bien montées). Ensuite, si quelques aspects du récit sont traités par dessus la jambe (le trauma à l’origine de la haine entre les deux chefs), plusieurs passages obligés du genre sont au contraires intégrés avec une audace et une intelligence humaniste tout à fait singulières. Ainsi de la rupture de ton au moment où la famille française offre à manger au soldat américain. En un plan sur la petite fille affamée, la scène passe d’un comique un peu épais à l’émouvante évocation de la dureté du rationnement et donc de la générosité des Français. La conventionnelle relation nouée entre la jeune femme de la maison et le militaire s’en trouve ancrée dans une certaine vérité humaine.

Mais ce qui reste le plus étonnant ici, c’est la façon dont sont filmées les différentes communautés à l’intérieur de la U.S Army. Red Ball Express est à ma connaissance le seul film de guerre américain de son temps à donner une telle présence aux soldats noirs. Il le fait sans forfanterie militante, sans même que ce soit son sujet principal. Simplement, montrant une unité américaine au travail, il n’oublie pas de montrer les tensions raciales que pouvait y occasionner la coexistence forcée entre hommes de couleurs différentes. Le problème du racisme est ainsi présenté au détour d’une -excellente- réplique d’un soldat blanc à son compagnon aspirant-écrivain: « je ne veux pas apparaître dans ton livre, j’aurais l’impression d’être figurant dans un minstrel show « . Au cours du film, plusieurs belles séquences verront l’ensemble des soldats charger leurs camions en chantant des negro spirituals transformés en chants militaires. Il y a aussi une scène analogue avec un chant yiddish.

Red Ball Express s’avère ainsi le récit d’une fraternité conquise et finalement un des seuls films, avec ceux de Ford sur la cavalerie, qui donne corps à cette idée, belle et naïve, de l’armée creuset du melting-pot américain. C’est en cela un beau film.

L’expédition du Fort-King (Seminole, Budd Boetticher, 1952)

Un officier dont le meilleur ami est le leader des Séminoles est affecté dans une garnison menée par un commandant qui veut anéantir ces Séminoles.

L’expédition de Fort-King est un western conventionnel reposant sur des dilemmes psychologiques éculés et peu développés. Les enjeux politiques de la pacification de la Floride sont outrageusement simplifiés suivant un procédé chère à la mauvaise dramaturgie hollywoodienne: le personnage du méchant porte tout le poids de la responsabilité du mal. Ce qui rend le film assez niais. Reste le décor inhabituel des marais de Floride mais la mise en scène n’a pas la vigueur de celle de Walsh dans Distant drums.

La chute d’un caïd (The rise and fall of Legs Diamond, Budd Boetticher, 1960)

L’ascension et la chute d’un caïd au temps de la Prohibition.

La trame est donc canonique. C’est comme si elle était revisitée une dernière fois avec tout le style qui lui est dû. The rise and fall of Legs Diamond n’est-il pas en effet le dernier film notable du genre avant Le parrain? Il bénéficie quoiqu’il en soit de la maîtrise plastique d’un des plus grands formalistes hollywoodiens: Budd Boetticher. Mise en scène épurée, narration accélérée par des ellipses fulgurantes, violence sèche…on retrouve dans ce film de gangsters les qualités des westerns que le réalisateur enchaînait à la même époque. Simplement, à l’aridité des images de la Sierra Navada se substitue un superbe noir et blanc de studio digne des plus beaux films noirs. C’est toujours le grand Lucien Ballard qui s’occupe de la photo.

La représentation de la violence parfois à la limite du sadisme renvoie aux oeuvres contemporaines de Phil Karlson ou Don Siegel. En cela, The rise and fall of Legs Diamond s’inscrit pleinement dans une tendance du polar américain à petit budget des années 50 marquée par une remarquable dureté de ton. Au fur et à mesure que l’histoire avance et donc que Legs Diamond devient de plus en plus puissant, celui-ci se déshumanise et perd toute compassion. Sec et brillant, The rise and fall of Legs Diamond est un excellent film de gangsters.

A feu et à sang (The Cimarron Kid, Budd Boetticher, 1951)

Ami des frères Dalton, un jeune homme est accusé à tort d’avoir braqué un train. Il devient du coup un véritable bandit.

Un western convenu mais fort bien mené. Dommage que le scénario (ainsi que la gueule de puceau d’Audie Murphy) nous fasse passer pour un type bien un personnage qui reste quand même un criminel. La mise en scène sécrète de beaux moments qui donnent de l’épaisseur aux personnages même si évidemment le style de Boetticher n’est pas encore aussi affûté que celui de ses films avec Randolph Scott.