Appel d’urgence (Miracle mile, Steve De Jarnatt, 1988)

A Los Angeles, un trentenaire au début d’une histoire d’amour apprend par hasard que sa ville va bientôt être frappée par des missiles nucléaires…

Le postulat est d’autant plus dur à avaler que la séquence cruciale où le héros fait part de la nouvelle à ses premiers compagnons de fuite manque de crédibilité à cause de coïncidences faciles et de réactions trop rapides des protagonistes. Cependant, les développements qui s’ensuivent révèlent l’inventivité d’une série B inclassable. Steve de Jarnatt a un sens du cadrage qui met bien en valeur son décor nocturne et urbain. L’unité de temps et la retranscription concrète et saugrenue de l’hystérie évoquent une version « film-catastrophe » de After hours mais, à la fin de la projection, c’est le romantisme qui demeure, romantisme constant plus que sous-jacent qui tempère le pessimisme des brutales scènes de panique et affirme joliment une foi solide dans le couple.

Backfire (Gilbert Cates, 1988)

La jeune épouse d’un riche playboy traumatisé par la guerre du Viet-Nam le pousse à se suicider…

Backfire est un thriller essentiellement constitué de conventionnels moments à suspense jouant sur l’immensité de la maison. Ce n’est pas gênant dans la mesure où d’une part, ces séquences angoissantes sont mises en scène avec une efficacité certaine et d’autre part, elles ne sont pas gratuites et expriment le sentiment de culpabilité de l’héroïne. En effet, le scénario n’approfondit guère sa psychologie, esquissée par la mention de ses origines sociales, et c’est finalement ces violentes manifestations de son dérangement de personnalité qui donnent sa cohérence à un récit ahurissant où s’enchaînent les retournements à 180 degrés. Un plaisir supplémentaire distillé par cette série B rondement menée est celui de revoir Karen Allen toute nue (quatre ans après Until September). Incapable de passer pour une salope pure et dure, la ravissante actrice insuffle une fragilité qui rend attachant son personnage de garce.

A gauche en sortant de l’ascenseur (Edouard Molinaro, 1988)

Le rendez-vous d’un peintre avec sa potentielle maîtresse est compromis par les scènes de ménage de ses voisins.

L’idée de Gérard Lauzier, qui a adapté sa propre pièce, est d’accumuler les situations créant des malentendus pour retarder le rencard du personnage de Pierre Richard. Affaire d’écriture autant que de mise en scène puisque c’est des interactions entre les personnages et le décor dans lequel ils évoluent que viennent la plupart des obstacles. Le burlesque vaudeville est brillamment agencé jusqu’à l’apparition du pistolet. Là, on sent l’artifice du narrateur pour relancer sa machine à bout de souffle. Les couleurs sont vives comme celle d’une bande dessinée belge et Edouard Molinaro filme le tout avec des mouvements d’appareil qui accélèrent le rythme. Emmanuelle Béart, alors jeune et mimi, passe l’intégralité du film en petite tenue. Bref, c’est sympa.

L’insoutenable légèreté de l’être (Philip Kaufman, 1988)

A Prague en 1968, un chirurgien coureur de jupons se marie à une serveuse…

Du roman épate-adolescentes de Milan Kundera, Kaufman et Carrière ont simplifié la construction narrative vainement alambiquée mais ont gardé les phrases pseudo-philosophiques; ce qui laisse à leurs dialogues un côté artificiel. Le récit aurait gagné à se focaliser sur le couple principal et à évacuer le personnage de Lena Olin dont les intrigues sentimentales apparaissent comme autant de cheveux sur la soupe (quoique l’actrice soit délicieuse). Les liens de la petite histoire avec la grande Histoire apparaissent plaqués en plus de donner lieu à des séquences spécieuses où l’image de la fiction passe au noir et blanc pour que le spectateur ne puisse plus la distinguer des images d’archives. Douteux procédé. Bref, L’insoutenable légèreté de l’être est un film bancal et superficiel que le puissant magnétisme de ses trois acteurs principaux ne suffit pas à sauver d’un vague inintérêt (c’est que ça dure pas loin de 3 heures).

Fantômes en fête (Scrooged, Richard Donner, 1988)

A Noël, un impitoyable patron de chaîne de télé qui produit une adaptation de Un chant de Noël est visité par les fantômes de ses associés…

La mise en abyme, le cabotinage de Bill Murray et la musique classieuse de Danny Elfman sont les principaux atouts de cette énième adaptation du conte moral de Charles Dickens. Anodin mais pas déplaisant.

Colors (Dennis Hopper, 1988)

Un policier près de la retraite est contraint de prendre un jeune chien fou pour l’accompagner lors de ses patrouilles dans les quartiers chauds de Los Angeles.

Les auteurs ont su insuffler une bonne dose de réalisme à une trame narrative reprise de L’arme fatale. Tourné dans les rues de Los Angeles, Colors juxtapose des séquences où l’on voit les policiers au travail, un peu comme dans le chef d’oeuvre du genre, Les flics ne dorment pas la nuit. La progression dramatique y existe mais, exception faite de la dernière partie, elle est secondaire. Le montage brutal accentue la violence des quelques fusillades. Robert Duvall et Sean Penn sont parfaits dans les deux rôles principaux. Le regard sur les gangs ne manque pas d’honnêteté. Comme dans tous les polars dignes de ce nom, l’ancrage social est présent, quoiqu’assez superficiel. Les concessions à Hollywood ont globalement été bien gérées (la fin) et finalement le constat pessimiste sur l’impuissance de la police face aux gangs ne manque pas de force.