Le soldat Laforêt (Guy Cavagnac, 1972)

Pendant l’exode de 1940, un déserteur vagabonde dans l’Aveyron…

Plaquage des idéaux soixante-huitards sur la réalité de l’Exode. C’est incongru, bourré d’anachronismes (comme la rencontre finale avec le maquis) et d’un ridicule qui confine à l’obscénité. La grande faiblesse de l’écriture -à la fois étique et confuse- empêche la prise au sérieux des situations dramatiques. Toutefois, le naturel du filmage de Guy Cavagnac -hanté par son maître Jean Renoir- tempère, au niveau du détail de plusieurs scènes, la fausseté de la conception. Le charme capiteux de la trop rare Catherine Rouvel est un atout.

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Drôle de jeu (Pierre Kast, 1968)

Pendant l’Occupation, un mouvement de résistance communiste est confronté à la capture d’un des siens.

Le seul intérêt du bouquin atrocement didactique de Roger Vailland résidait dans le noeud de l’intrigue qui apparentait son tract communiste aux grands mélodrames romanesques. Malheureusement, pour son adaptation, Pierre Kast a préféré retenir les tirades abondantes et ronflantes du héros que de jouer sur le potentiel tragique du récit. Probablement ce piètre metteur en scène en aurait-il été incapable, tel qu’en témoigne la platitude de son filmage, la grisaille de son image, la neutralité forcenée de ses acteurs (désastreuse influence de Bresson), l’absence totale de souffle dramatique. Pour parachever, précisons que Maurice Garrel n’est pas crédible du tout en libertin.

None shall escape (André de Toth, 1944)

De 1919 à l’après-guerre, l’itinéraire d’un chef nazi en Pologne retracé par les témoins à son procès.

Une oeuvre unique à plusieurs titres. D’abord, lorsqu’il projette son récit dans le futur, ce film tourné en 1943 préfigure les procès de Nuremberg avec une stupéfiante acuité. Ensuite, les ressorts du nazisme sont exposés sans fard. La narration a beau être allégorique, elle n’en demeure pas moins juste de par son appréhension du lien entre d’une part l’humiliation et l’aigreur et d’autre part l’adhésion au national-socialisme. L’aspect intimiste du drame que constitue la relation du nazi avec l’institutrice polonaise est fort et juste, peu manichéen. Alexander Knox nous gratifie d’une composition prodigieuse en insufflant une densité humaine et tragique à son personnage de damné (idée parfaitement exploitée de la suspicion de viol). Il y a une séquence d’embarquement des Juifs polonais dans un train qui me semble être, et de loin, l’évocation la plus claire de la Shoah par Hollywood pendant la guerre. De plus, cette séquence ne se limite pas à documenter l’ineffable mais est écrite avec un retournement qui maximise son impact dramatique tout en demeurant profondément cohérent. Grâce notamment à des mouvements d’appareil amples et vifs, André de Toth dirige le tout avec efficacité et concision. La photographie très sombre est au diapason de la tragédie. Bref, None shall escape est un joyau trop méconnu du cinéma américain.

Dogface (Samuel Fuller, 1959)

En 1943 en Tunisie, des G.I sont canardés à cause d’un chien allemand qui repère leur trace.

Ce pilote d’une éventuelle série commandé par CBS mais jamais diffusé est une oeuvre poignante et personnelle qui pourrait faire office de segment supplémentaire au chef d’oeuvre de son auteur: The big red one. A travers 30 minutes d’action quasi-continue, Fuller déploie, en ne s’interdisant pas certains raccourcis scénaristiques mais en faisant preuve d’efficacité visuelle, un drame complexe sur les relations entre l’homme et le chien dans un contexte guerrier. Ainsi, Dogface préfigure aussi White dog.

Katyn (Andrzej Wajda, 2007)

De l’invasion conjointe de 1939 par les Allemands et les Russes jusqu’au début du joug communiste, la seconde guerre mondiale vue par des officiers polonais massacrés à Katyn et leurs familles.

A grand sujet, forme épique. La caractérisation des personnages est simple, le récit entraîné par leur évolution reste schématique et les attentes narratives du spectateur peuvent être déjouées par la fin; fin qui, réflexion faite, s’avère parfaitement logique. Le terrassant dernier plan, une pelletée de terre qui recouvre la caméra, est typique de l’inspiration symboliste de l’oeuvre. Quarante ans après Cendres et diamants, les films d’Andrzej Wajda n’ont rien perdu du souffle visuel qui les fit connaître en Occident au milieu des années 50. Son sens de l’allégorie n’a d’égal que l’envergure de ses mouvements d’appareil (une envergure qui se révèle toutefois inutile et ostentatoire dans la séquence du chant des prisonniers). Ce talent puissant et abstracteur fait de lui le cinéaste idéal pour filmer l’Histoire. L’ouverture, qui montre deux foules de Polonais se croisant sur un pont, pourchassés d’un côté par les Russes et de l’autre par les Allemands, a la fulgurante puissance d’évocation d’un grand film muet. En quelques secondes, petite et grande histoire sont présentées. Cependant, il est dommage que la musique de Penderecki fasse souvent redondance avec les images.

Cette virtuosité glacée, aux confins de l’académisme, s’avère finalement un bon antidote aux divers poisons sécrétés par le sujet: dérive mélodramatique et dérapage politique. Le sujet est tellement fort qu’un traitement impeccable sur les plans didactiques et visuels suffit à faire de Katyn un film émouvant et important; un film d’autant plus important en France que beaucoup de Français, notamment parmi les soi-disant intellectuels, ont toujours du mal à accepter la vérité sur ce massacre, le mensonge communiste subséquent et, plus généralement, le terrible sort des Polonais qui furent abandonnés aux nazis puis aux Soviétiques par leurs alliés occidentaux. L’infamie sournoise et ignare de la critique du Monde (le « journal de référence ») témoignait encore de ce problème de mémoire en 2009.

 

Tarass l’indompté/Les insoumis/Les indomptés (Marc Donskoï, 1943)

Pendant la Grande guerre patriotique, une famille russe fait face à l’occupation allemande.

J’aurais bien aimé voir les puritains de la critique affectant l’indignation devant La liste de Schindler démontrer en quoi le film de Spielberg est moins tolérable que la scène de « Shoah par balles » que Marc Donskoï a tenu, contre la censure communiste refusant un focus sur les Juifs, à faire figurer dans Tarass l’indompté. Sans état d’âme, le réalisateur reconstitue le très récent massacre de Babi Yar en employant, parallèlement à des plans symbolistes sur le ciel noir, les procédés dramatisants du tout-venant hollywoodien.

Cette séquence à ma connaissance unique dans le cinéma mondial des années 40 est assez décorrélée du reste d’un film qui suit une famille russe face aux Allemands. Une pointe de grandiloquence soviétique altère la force simple de belles séquences à hauteur d’hommes (tel les rencontres entre le père et le médecin juif). Le trait est souvent épais mais le lyrisme visuel de Donskoi élève régulièrement la tonalité de l’oeuvre. Notamment, ses horizons sont dignes de John Ford.

Le fou de guerre (Dino Risi, 1985)

Dans le désert de Libye pendant la guerre, une unité de médecins italiens se retrouve commandée par un fou.

Dans une séquence capitale, le personnage du fou interprété par Coluche se fait examiner par des psychiatres. Après avoir facilement déjoué les pièges tendus par les premiers tests, il révèle sa psychose en parlant à une photo de petit garçon. La folie, dont les effets dévastent ses subordonnés, est alors montrée comme le dérèglement d’affects filiaux et c’est émouvant car assez fin. Malheureusement, le fragile équilibre de la séquence est rompu lorsque sa crise mène le personnage à crier, à s’accrocher à une table et à dire des textes peu crédibles. Ce fragment reflète bien l’ensemble d’une oeuvre qui, en basculant parfois dans l’outrance et le vouloir-dire, gâche sa singulière poésie. C’est d’autant plus dommage que Risi a un vrai génie pour rendre naturel le saugrenu, tel qu’en témoigne le bel enterrement du chacal.