1 homme de trop (Costa-Gavras, 1967)

Dans les Cévennes, des maquisards délivrent douze prisonniers mais un intrus s’est glissé parmi eux.

1 homme de trop n’est pas un film « sur la Résistance » mais est un film où la Résistance sert de cadre à l’exploitation de recettes d’écriture conventionnelles (le suspense autour de la botte allemande…) et de procédés spectaculaires (le film est une succession de coups de mains) qui nuisent à la crédibilité et à la justesse des situations représentées. De plus, les ambitions « westerniennes » de Costa-Gavras ne sont pas vraiment concrétisées faute de rigueur dans le découpage (l’introduction est d’une lamentable confusion). Les mouvements d’appareil abondent et ne sont pas toujours justifiés mais engendrent parfois des effets intéressants: ainsi du rapide éloignement de la caméra lorsque le camion poursuivi sort de la route de montagne qui étonne tout en précisant la topographie. Bref, 1 homme de trop est une superproduction qui se laisse regarder, notamment parce que son rythme est haletant, mais qui ne joue pas dans la même catégorie que L’armée des ombres.

La petite prairie aux bouleaux (Marceline Loridan-Ivens, 2002)

Plus de cinquante ans après, une ancienne déportée revient à Birkenau.

Via Anouk Aimée, Marceline Loridan-Ivens met en scène son retour au camp d’extermination. Elle a eu l’autorisation exceptionnelle de filmer les lieux. Il n’est pas toujours évident pour la réalisatrice de transmettre son expérience à travers l’actrice. Par exemple, les cris en haut de l’entrée principale sonnent un peu faux. Au rayon des réserves, signalons également certaines digressions qui, de par leur tonalité -légèrement- didactique et leur forme apprêtée déparent. Je pense à la scène du chant des visiteurs israéliens. En effet, plus que l’extermination des Juifs elle-même, le sujet de Le petite prairie aux bouleaux est la mémoire des rescapés. C’est lorsqu’il prend les atours d’une confession intime de la part de son auteur que le film touche au plus juste. Ainsi, j’ai lu et vu des quantités d’oeuvres à propos de la Shoah mais c’est la première fois que j’ai été sensibilisé au drame de l’oubli. Le plan où, suite à une discussion avec une autre survivante, le personnage d’Anouk Aimée réalise qu’elle ne se souvient pas que les trous qu’elle creusait servaient à enterrer les Hongroises, est bouleversant. A l’heure où bêtise et malhonnêteté s’associent allègrement pour travestir l’Histoire -voir la récente confusion entre colonisation française et crimes contre l’humanité-, c’est le genre de film qu’il faudrait diffuser le plus largement possible.

Convoi vers la Russie (Action in the North Atlantic, Lloyd Bacon, 1943)

Des marins américains dont le navire a été coulé par un sous-marin allemand se rengagent dans un convoi qui achemine des ressources en Russie.

Grâce à la débauche de moyens employés, le premier naufrage est assez spectaculaire mais ce film de propagande est didactique jusque dans ses moindres détails, exagérément long et donc absolument ennuyeux.

Un ami viendra ce soir (Raymond Bernard, 1946)

Dans les Alpes sous l’Occupation, un chef de la Résistance se cache dans un asile…

Le manichéisme du discours, l’extrême caricature des personnages allemands, certes excusables compte tenu de l’époque du tournage, mais aussi et surtout la poussiéreuse dramaturgie reposant sur un mystère sans intérêt (« qui est le commandant parmi les fous? ») et la vaine hystérie de la mise en scène (acteurs en roue libre, contrastes saugrenus et cadrages de traviole) rendent ce film irregardable aujourd’hui.

Première victoire (In harm’s way, Otto Preminger, 1965)

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Les premiers mois de la guerre du Pacifique vus à travers l’itinéraire professionnel et sentimental d’un capitaine de croiseur…

Après Exodus, Tempête à Washington et Le cardinal, Otto Preminger poursuit sa série des films « à grand sujet ». Plus que jamais, le récit est ample, la dramaturgie est subtile et le découpage est fluide. De plus, le Cinémascope Noir&Blanc allié à l’excellente musique de Jerry Golsmith fait office de somptueux écrin. Quelques conventions -tel le sacrifice de Kirk Douglas- demeurent mais dans l’ensemble, les attentes du spectateur sont habilement déjouées grâce à l’élégante lucidité du traitement (et jamais par volontarisme anti-conformiste). J’ai été particulièrement touché par la justesse -assez inédite- de la relation amoureuse entre les deux personnes mûres magnifiquement interprétées par John Wayne et Patricia Neal.

Cela dure déjà près de trois heures mais cela pourrait durer le double tant la maîtrise du cinéaste est absolue. Toutefois, à l’issue de la projection, le sentiment de fascination est altéré par une question: « à quoi bon? ». C’est que contrairement aux précédents opus de Preminger, aucune unité profonde n’est opérée entre les différentes ramifications de la narration. Exodus racontait la naissance d’une nation, Tempête à Washington démontait les rouages de l’exercice démocratique, Le cardinal montrait ce qu’il en coûte à un homme pour monter dans la hiérarchie de l’Eglise. Première victoire mélange (intelligemment) situations mélodramatiques et enjeux militaires; les forces de dispersion inhérentes à une telle machine hollywoodienne l’emportent sur la synthèse que doit apporter le point de vue d’un auteur. Si l’attention du metteur en scène à chaque geste et à chaque lieu empêche encore de parler d’académisme, on a quand même un peu l’impression que son coeur a déserté son oeuvre et que, après l’apogée artistique que fut pour lui le début des années 60, son génie commence à tourner à vide.

Embrasse-la pour moi (Stanley Donen, Kiss them for me, 1957)

En 1944 à San Francisco, quatre pilotes bien déterminés à faire la fête pendant leurs quatre jours de permission se voient soumis à des obligations de propagande par des magnats de l’industrie…

L’élégance virtuose de Stanley Donen fait merveille dans cette comédie où, régulièrement, des notations amères matérialisent le retour du refoulé guerrier et viennent altérer l’élan vitaliste d’une mise en scène loufoque et colorée qui utilise parfaitement le CinémaScope pour filmer les fêtes en chambre d’hôtel. Derrière le pittoresque joyeux, Kiss them for me s’avère donc un film d’une grande justesse quant à l’état d’esprit du soldat en permission ou l’exploitation des héros par les capitalistes (là-dessus, il est infiniment plus léger mais non moins percutant que Mémoires de nos pères). Le dénouement, fondamentalement militariste, est sans doute une concession à l’US Air Force qui a prêté son concours à la production et jure un peu avec le reste.