Nos héros sont morts ce soir (David Perrault, 2013)

Dans les années 60 à Paris, deux amis catcheurs échangent leurs masques à l’insu de leur promoteur…

Avec sa photo noir et blanc (donc anachronique), ses ralentis, son goût immodéré de la pose, sa musique planante et ses douze citations culturelles à la minute, la première partie de Nos héros sont morts ce soir laisse présager un film vaniteux voire chichiteux. La mise en scène semble au service de l’effet clinquant plutôt qu’au service de la narration. On note qu’il n’y a quasiment pas de plan d’ensemble qui situerait les personnages par rapport à leur décor.

Un exemple concret: le malaise du catcheur déguisé en méchant n’est guère compréhensible ni perceptible. Il ne s’incarne pas assez dans l’action ou dans le récit. On ne voit d’ailleurs jamais le catcheur en question combattre avec ce déguisement. Ce malaise est simplement exprimé avec des clichés oniriques et des tirades fumeuses sur le danger du spectacle plus fort que la réalité, tirades qui sonnent, dans la bouche de cet ancien légionnaire, quelque peu artificiel. Le contrechamp de son ami interloqué (auquel le spectateur est amené à s’identifier) ainsi que l’expressivité de Denis Ménochet ne peuvent faire disparaître l’impression que cette crise d’identité ressort essentiellement de l’arbitraire du créateur. Construit sur des fondations aussi oiseuses, le drame n’est pas aussi intense qu’il aurait pu être.

C’est d’autant plus regrettable que lorsqu’il se débarrasse de ses obsessions fétichistes et de ses colifichets oniriques, lorsqu’il bifurque franchement vers le polar, le jeune David Perrault se montre particulièrement à l’aise dans la mise en scène des péripéties (la séquence dans le hangar de mannequins est très réussie) ainsi que dans la peinture de l’amitié virile. Ajoutons enfin pour vous convaincre que ce premier film vaut le coup d’oeil que Nos héros sont morts ce soir contient une galerie de seconds rôles digne du cinéma français des années 30.

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