Face of a fugitive (Paul Wendkos, 1959)

Un évadé arrive dans une petite ville et, le temps que les avis de recherche n’y soient publiés, sympathise avec le jeune shérif et sa soeur.

Un bon petit western: le scénario est conventionnel mais ses enchaînements sont globalement rigoureux et l’inventivité formelle de Paul Wendkos magnifie plusieurs séquences; le point d’orgue étant la fusillade finale dans la ville fantôme, peut-être inspirée de celle de L’homme de l’Ouest mais non moins géniale dans son exploitation du décor, sa dramatisation de l’éclairage, son utilisation du son et sa dilatation du temps. Cet esprit d’invention qui pousse la mise en scène à aller au-delà de la simple illustration ne se limite pas aux séquences d’action et fait de Paul Wendkos un réalisateur supérieur à, disons, John Sturges.

Les deux orphelines (Riccardo Freda, 1965)

Quelques années avant la Révolution française, les tristes aventures de deux orphelines, dont une aveugle, à Paris.

L’épouvantable mélodrame de Adolphe d’Ennery est rendu encore plus consternant par la nullité des acteurs et du doublage (constante malheureuse chez Freda) ainsi que par un découpage pléonastique qui accentue le ridicule des rebondissements. Exemple: gros plan sur la tronche d’ahuri de Jean Carmet au moment d’un retournement de situation censé surprendre le spectateur. Même si Valeria Ciangottini et Sophie Darès sont très jolies et que le plan où les deux duellistes sortent du château est beau, cet opus tardif de Freda est indéfendable à moins d’être amateur de « nanar ».

La cité foudroyée (Luitz-Morat, 1924)

Un scientifique amoureux d’une cousine ruinée et boudé par l’Académie menace de détruire Paris grâce à son invention.

Le drame mondain qui entame le récit est sans intérêt et typique du cinéma français de l’époque mais la partie « catastrophe » est suffisamment inventive pour rester impressionnante à l’heure des films de Roland Emmerich. De plus, Luitz-Morat est doué d’une véritable sensibilité plastique. Sa  façon de filmer les arbres, les clairières et la lumière du jour préfigure Mizoguchi. Enfin, la jolie pirouette finale dote le film d’un niveau de lecture supplémentaire. Bref, c’est bien.

Quai de Grenelle (Emile Edwin Reinert, 1950)

Pour n’avoir pas traversé sur le passage clouté, un chasseur de vipères est injustement accusé d’un braquage de banques.

La totale débilité de la construction dramatique censée agencer les divers clichés du récit ainsi qu’une lourde tendance à la salacité gratuite sont révélateurs du mépris que pouvait alors avoir Jacques Laurent pour le cinéma et les cinéphiles.

Yamilé sous les cèdres (Charles d’Espinay, 1939)

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Au Liban, une chrétienne tombe amoureuse d’un musulman et ça déplaît fortement à sa famille.

Evidemment, les acteurs français (Charles Vanel, Jacques Dumesnil…) qui interprètent des Orientaux sont un lourd handicap. Au début du film, lorsqu’il s’agit d’exposer la situation, les dialogues de Henry Bordeaux pèchent par excès de généralisation. Pourtant, le fait que le drame s’incarne dans de multiples chevauchées à travers les décors naturels du Liban insuffle une vérité élémentaire qui par ailleurs fait défaut. Le découpage, assuré selon certaines sources par l’opérateur Jacques Vandal, est assez dynamique et la très bonne musique de Marius-François Gaillard apporte le lyrisme sombre nécessaire à la tragédie. Sans qu’il n’y ait de visée documentaire à la Léon Poirier, l’exotisme va ici de pair avec le respect des cultures étrangères. Bref, c’est (un peu) mieux que ce qu’on aurait pu croire.

Les insoumis (Lino Brocka, 1989)

Aux Philippines, après la fin de la dictature de Marcos, un militant des droits de l’homme récemment marié constate que les exactions continuent.

Après avoir combattu Ferdinand Marcos, Lino Brocka s’est rendu compte que Cory Aquino et son entourage corrompu ne valaient guère mieux que le dictateur renversé. Plus ou moins clandestinement, il a donc réalisé Les insoumis, brûlant témoignage de la violence contre les populations qui continuait à être exercée par des milices paramilitaires plus que tolérées par le gouvernement. Dans la situation chaotique représentée, Brocka ne tire aucune solution partisane mais préfère retracer l’évolution d’un jeune père de famille vers le retour à la lutte armée. Cette évolution, reflet du pessimisme endémique de l’auteur, est provoquée par des affects bouleversés et non par une froide analyse. Ainsi qu’une brutalité à faire passer Samuel Fuller pour Mervyn LeRoy, c’est cette individualisation passionnelle du constat politique qui le rend aussi émouvant et aussi imparable.

Conflit (Léonide Moguy, 1938)

Une jeune fille mise enceinte par un séducteur « donne » son bébé à sa soeur, stérile.

Le rebondissement assez artificiel de la transformation du séducteur en maître-chanteur et l’épaisseur du trait de Léonide Moguy (patente dans la musique ou la boursouflure de la séquence pivot) n’empêchent pas le postulat dramatique, exceptionnellement fort, d’être traité avec une certaine honnêteté. En dehors d’un Dalio ignoblement caricatural, les acteurs sont d’une remarquable justesse. La distance naturelle de Corinne Luchaire allège régulièrement la charge pathétique. La structure en flash-back de la narration renforce l’efficacité des effets dramatiques sans paraître trop alambiquée. Bref, c’est loin d’avoir la classe et l’ampleur de Susan Slade mais c’est pas si mal que ça.