The invaders (Thomas Ince & Francis Ford, 1912)

Des géomètres de la Compagnie des chemins de fer pénètrent en territoire sioux…

Un western primitif transfiguré par plusieurs trouvailles formelles, notamment: montage suggestif, hors-champ qui généralise la peur, gros plan qui appuie le suspense. Très bon.

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Le coeur et l’argent (Louis Feuillade, 1912)

La fille des propriétaires d’une auberge, bien qu’amoureuse d’un jeune homme, est mariée à un riche client de ses parents…

Les acteurs sont relativement sobres, le cadre fluvial, élargi par les panoramiques de la caméra, donne un joli naturel à l’idylle de convention et l’utilisation des surimpressions et du split-screen pour figurer les réminiscences des personnages se révèle pertinente. Le coeur et l’argent est un bon mélodrame.

 

Onésime horloger (Jean Durand, 1912)

Pour hériter rapidement de son oncle, Onésime accélère le temps.

Onésime horloger est un parfait témoignage de l’art de Jean Durand et de sa troupe, les Pouittes. Réalisés au sein de la très bourgeoise Gaumont, ses films ont introduit dans le cinéma hexagonal un burlesque littéralement dévastateur et un sens de l’absurde, plus anglais que français, franchement malaisant (Onésime qui se trimbale avec ses poumons à la main dans Onésime et l’étudiante). Le jusqu’au boutisme destructeur de ces mises en scène se situe à l’opposé de la fadeur bon teint des comédies de Louis Feuillade. Sa folie salace fait de lui le plus authentique précurseur des Marx Brothers.

Ici, l’utilisation de l’accéléré pendant les trois quarts du métrage, en plus de subjuguer le spectateur par la rapidité de l’enchaînement des gags, donne une portée métaphysique à la vision du monde anarchisante de Durant.

Erreur tragique (Louis Feuillade, 1912)

Après l’avoir aperçue dans un film d’Onésime avec un autre homme, un mari se met à soupçonner son épouse…

Ce film de 1912 est évidemment intéressant du fait que le drame commence avec un film dans le film. Grâce à cette mise en abyme, les auteurs ont trouvé un moyen visuel et percutant de suggérer, tout en restant mystérieux, une éventuelle infidélité de leur personnage féminin. Cette trouvaille est joliment exploitée dans un « mélodrame bourgeois » bien mené et bien réalisé. Formellement parlant, on note une photographie parfois assombrie qui est alors en accord avec les tourments du mari jaloux (embryon d’expressionnisme) et un petit montage parallèle qui dramatise judicieusement le dénouement.

Bandits en automobile (Victorin Jasset, 1912)

Une bande de bandits en automobile accumule les braquages sanglants…

En mettant en images -et en romançant à peine- les forfaits de la bande à Bonnot (renommé ici « Bruno ») qui défrayait alors la chronique, Victorin Jasset invente pour ainsi dire le film de gangsters. En effet, la narration se focalise sur le gangster plus que sur les policiers à sa poursuite. Lors de la reconstitution du siège de Choisy, l’accent est mis sur l’hubris délirante de Bruno, ce qui annonce la fameuse fin de L’enfer est à lui, l’absolu chef d’oeuvre du genre. D’ailleurs, la primauté donnée à l’action, le rythme soutenu, le vernis documentaire et le sens du tragique font de Jasset une sorte de tonton français de Raoul Walsh (qui n’avait alors même pas commencé à faire des films).

Aussi bien en terme de composition de l’image que de découpage, le cinéaste fait preuve d’un esprit d’invention tout à fait épatant. Ainsi d’une course-poursuite filmée en plan-séquence avec une caméra fixée sur une voiture lancée à toute allure. L’effet produit demeure stupéfiant. Qu’il soit mort en 1913 peut expliquer l’oubli dans lequel Victorin Jasset est tombé mais son apport au septième art semble capital et les programmateurs seraient bien avisés de lui consacrer une rétrospective plutôt que de célébrer le sempiternel et surestimé Feuillade (il y a plus d’intelligence du cinéma dans les trente minutes de Bandits en automobile que dans les six heures des Vampires, pourtant réalisés 3 ans après).

Le jardinier (Victor Sjöström, 1912)

Une jeune bonne est séparée de son amoureux, le fils de la famille qu’elle sert…

Cette première réalisation cinématographique de Victor Sjöström est tout à fait étonnante. Si l’abondance de péripéties mélodramatiques jure avec le format court du film (une trentaine de minutes), on se rend déjà compte des qualités, à un état certes embryonnaire, qui distingueront le réalisateur des Proscrits de ses collègues; à savoir le sens de l’inscription des personnages dans le décor naturel, la mise en valeur du paysage, la hauteur du ton. Voir pour se convaincre des deux premières qualités la séquence idyllique du début. Voir pour se convaincre de la troisième qualité tout le désespoir social qui émane du dénouement. Le jardinier fut d’ailleurs interdit de projection en Suède jusqu’en 1980.