Le vandale (Come and get it, Howard Hawks et William Wyler, 1936)

A la fin du XIXème siècle, l’ascension sociale d’un ambitieux bûcheron.

La première partie est virile, spectaculaire (magnifiques plans de jetées de troncs dans le fleuve dues à l’assistant de Hawks, Richard Rosson) et typiquement hawksienne. Si Frances Farmer, trop grave, ne m’a pas convaincue en entraîneuse de bar, Edward Arnold, dans un de ses rares premiers rôles, est très bien. La suite du récit, malheureusement, ressort du bête mélo. D’ailleurs, face à l’intransigeance de Samuel Goldwyn qui ne voulait rien changer du scénario, Hawks s’est fâché et le tournage fut achevé par William Wyler. Frustrant.

Publicités

Ville sans loi (Barbary coast, Howard Hawks, 1935)

Pendant la ruée vers l’or à San Francisco, la fiancée d’un homme qui s’est fait tuer avant qu’elle n’arrive s’établit avec le tout-puissant patron du tripot.

L’atmosphère brutale et pittoresque des villes sauvages de l’Ouest lointain est bien restituée grâce à une belle galerie de seconds rôles ainsi qu’à la photo nocturne et évocatrice de Ray June. La première partie du récit donne l’impression que le film a vingt ans d’avance tant elle compile d’archétypes du western: l’aventurière, le journaliste menacé par un Liberty Valance, la corruption du juge, la difficulté d’instaurer le law and order…avec une maturité et un refus du sentimentalisme typiques de Hecht et Hawks.

Malheureusement, à partir du moment où arrive le personnage du poète joué par Joel McCrea, Barbary Coast dévie vers un triangle amoureux de l’espèce la plus vulgaire. Les conflits moraux qui agitaient l’héroïne sont réduits de la façon la plus conventionnelle qui soit: elle doit choisir entre un amoureux gentil et un amoureux méchant (et riche). La caricature de chaque protagoniste, la mièvrerie de l’écriture et le jeu excessif de Miriam Hopkins (peu hawksien) desservent alors le film malgré quelques éclats de la mise en scène (l’exécution de l’homme de main) et une fin qui rehausse un peu le ton (Edward G.Robinson est toujours impeccable).

 

L’insoumise (Fazil, Howard Hawks, 1928)

Un prince arabe et une Parisienne frivole s’éprennent l’un de l’autre.

Si le début, drôle et piquant, préfigure les classiques de Hawks où un niais se fait dégourdir par une femme libérée, le virage à la Roméo et Juliette surprend, quoique négocié naturellement par la narration. Les dernières séquences exhalent un romantisme tragique que l’on ne retrouvera plus guère chez l’auteur de L’impossible Monsieur Bébé. Plus qu’à une comédie sur le fossé culturel entre Occident et Islam, l’adaptation de la pièce de Pierre Frondaie donne ainsi lieu à une vision mythologique et fascinante de l’Orient du même ordre que dans Forfaiture. En terme de mise en scène, le cinéaste utilise brillamment les larges possibilités de la Fox de 1928, le studio des grands films de Borzage et Murnau. Je citerais par exemple le capiteux travelling qui suit l’arrivée de Greta Nissen dans le harem. A voir.

 

Le code criminel (Howard Hawks, 1931)

Nommé directeur de prison, un ancien procureur retrouve des détenus qu’il a condamnés…

Adaptation d’une pièce de théâtre « à thèse » dont Hawks aurait allégé le déterminisme de gauche. Le film, bavard et mou, n’en reste pas moins plombé par ses origines scéniques. Au sein d’un film plutôt académique, il y a toutefois quelques instants brillants (le meurtre hors-champ, très malaisant) ou personnels (la sécheresse forcée de la scène où le jeune détenu apprend la mort de sa mère).

La patrouille de l’aube (Howard Hawks, 1930)

Pendant la première guerre mondiale, la dure et noble vie d’une escadrille aérienne chargée des missions les plus dangereuses.

La patrouille de l’aube est la matrice des chefs d’œuvre de Howard Hawks montrant des professionnels stoïques face à l’adversité. C’est un bien beau film, sobre dans ses effets dramatiques à l’exception certes de quelques gestes de la star du muet Richard Barthelmess qui appuient l’état d’esprit de son personnage. Un manque de souplesse typique des débuts du parlant n’empêche pas l’émotion d’advenir. Même : cette raideur accentue la noblesse de ces héros forcés de ne jamais s’appesantir sur le sort de leurs camarades tombés au combat. La patrouille de l’aube touche juste avec sa représentation pudique de l’amitié virile et sa valse infinie des chefs en tant de guerre: ce n’est pas une psychologie de convention mais le rôle assigné par l’armée qui détermine le comportement d’un personnage. D’où l’universalité d’un propos antimilitariste allant de pair avec la digne célébration de chaque soldat.

Train de luxe (Twentieth century, Howard Hawks, 1934)

Un célèbre dramaturge tente de reconquérir une actrice qu’il a lancée et qui l’a quitté…

Avec New-York Miami sorti environ trois mois avant par le même studio (la Columbia), Train de luxe peut être considéré comme l’embryon de la « screwball comedy ». On y perçoit comment les auteurs hollywoodiens se sont peu à peu extraits de la gangue du théâtre filmé pour inventer le genre le plus florissant des années 30. Ici, des seconds rôles farfelus, un rythme impeccable et des vannes cyniques vivifient un vaudeville franchement banal.

En revanche, il n’y a pas encore la richesse d’invention dans le détail qui fera le sel des chefs d’oeuvre du genre tel Cette sacrée vérité ou L’amour en première page. Par ailleurs, John Barrymore et Carole Lombard cabotinent à qui mieux mieux. Larges mouvements de bras, grimaces, diction excessive…leur interprétation reste très théâtrale. Le fanatique de Hawks aura beau jeu de rétorquer qu’ils jouent des personnages de comédiens en perpétuelle représentation. Ils n’en sont pas moins fatigants à la longue.

Bref, Train de luxe est une bonne comédie qui a un peu vieilli mais qui a contribué à ouvrir la voie aux classiques ultérieurs. De plus, Howard Hawks y a révélé Carole Lombard.