Train, amour et crustacés (It happened to Jane, 1959)

Dans une petite ville du Maine, une vendeuse de homards attaque une puissante compagnie ferroviaire après un retard de train qui a entraîné l’échec d’une livraison.

Plus que jamais, Richard Quine imite Frank Capra. La mise en scène n’a plus le dynamisme saillant de Une Cadillac en or massif. Le beau Technicolor met bien en valeur la campagne verdoyante mais la caméra a perdu en vivacité. Mêlant comédie romantique, démagogie américaine (la fin consensuelle ôte toute illusion sur la profondeur de la satire) et légère mélancolie (le titre français est parfait), le récit n’est pas toujours articulé avec vraisemblance. L’inévitable moment d’euphorie collective, de même que le discours façon Mr Smith au sénat, paraissent forcés. De plus, Doris Day n’a pas l’entrain comique de Judy Holliday mais heureusement, il y a Jack Lemmon et Ernie Kovacs. Bref, ça reste plaisant pour peu qu’on soit client du genre (et qui n’est pas client de la comédie américaine?) mais c’est loin d’être un chef d’oeuvre.

Le destin est au tournant (Drive a crooked road, Richard Quine, 1954)

Un pilote-mécanicien esseulé se fait manipuler par un couple qui veut utiliser ses talents pour un casse.

Ce petit film noir de la Columbia écrit par Blake Edwards se distingue par la personnalité de son personnage principal. Sa soif affective, excellemment retranscrite par Mickey Rooney, insuffle une certaine émotion à un récit dont le déroulement reste schématique. Le regard porté sur le mécanicien n’est jamais dénué de tendresse, y compris lorsque celui-ci passe de l’autre côté de la barrière. Ainsi, la fin, subtilement mélodramatique, est vraiment touchante.

A lire, cette très belle déclaration d’amour (plus belle que le film, sans doute).

Sunny side of the street (Richard Quine, 1951)

Comme il voit et entend plein de vedettes dans ses émissions, un type qui travaille à la télévision veut devenir chanteur.

Western, polar ou fantastique sont les premiers genres qui viennent à l’esprit lorsqu’on évoque la série B américaine. Pourtant, celle-ci ne concernait pas que les films d’action. Une partie de la production des comédies musicales de l’âge d’or était également consacrée à des budgets réduits. Ainsi de ce produit de la Columbia qui est également une des premières réalisations de Richard Quine. C’est en couleurs mais l’intrigue et la mise en scène sont franchement indigentes. Sunny side of the street est du niveau des films de rock&roll qui sortiront d’Hollywood quelques années plus tard. Reste quelques standards interprétés par Frankie Laine qui est la vedette du film. A réserver aux fans du bonhomme.

L’adorable voisine (Bell, Book and Candle, Richard Quine, 1958)

A Manhattan, une jolie sorcière séduit son voisin du dessous. Elle doit se méfier car une sorcière qui tombe amoureuse perd ses pouvoirs…

L’adorable voisine est une charmante comédie romantique. Sans plus. Le style est particulièrement élégant -le Technicolor feutré de James Wong Howe vaut le détour à lui tout seul- mais force est de constater que le registre limité de Kim Novak n’est pas adéquat pour une comédie. Son jeu manque de fantaisie, de vivacité. En revanche, les séquences où elle envoute James Stewart sont extraordinaires puisque cette dame est la fascination incarnée. Il faut la voir, lascive, féline, aguicheuse, sur son canapé…Elle est à la fois la limite et le principal atout du film. Du coup, l’analogie entre la sorcellerie et l’amour qui est en gros le propos du film est bien rendue.

Le bal des cinglés (Operation Mad ball, Richard Quine, 1957)


Des soldats d’une garnison américaine en France tentent d’organiser une fête chez l’habitant…
Avec son brio habituel, Richard Quine nous montre que lorsqu’il est américain, le comique troupier n’est pas vulgaire. Sa mise en scène est élégante, les beaux cadrages en noir et blanc respirent l’assurance d’un réalisateur émérite. Jack Lemmon est égal à lui-même, c’est à dire irrésistible. La lutte des classes vue sous l’angle de l’affrontement entre officiers et bidasses pour monopoliser les infirmières à leurs soirées respectives ne manque pas de piquant. Au final, une inconséquente mais très sympathique comédie.

L’inquiétante dame en noir (The notorious landlady, Richard Quine, 1960)

Comédie policière écrite par Blake Edwards et réalisée par Richard Quine. C’est évidemment ficelé avec brio, Kim Novak est évidemment magnifique, les deux acteurs qui l’entourent sont évidemment épatants, le film se met dans la poche le spectateur dès les premières scènes et n’aura de cesse de jouer avec sa complicité. Le talent comique dont font preuve les deux auteurs est d’une belle variété, L’inquiétante dame en noir alternant les répliques piquantes façon screwball,  l’humour non-sensique un peu macabre typiquement british (l’action se passe à Londres) et le burlesque muet. Toute cette verve borcarde gentiment l’aveuglement lié au désir. Le seul point faible du film, c’est ce qui est lié directement et uniquement à l’intrigue policière. En effet, le film repose sur la connivence, le second degré. Au fond, le spectateur se fout de savoir qui a tué qui. On peut considérer cela comme une limite de la narration mais l’ensemble reste un délice.

Du plomb pour l’inspecteur (Pushover, Richard Quine, 1954)

D’abord, ne pas se fier au titre français. Ceci n’est pas une suite de La panthère rose mais un vrai film noir.
Un flic en planque s’amourache de la maîtresse du gangster qu’il recherche…S’ensuit une descente aux enfers façon Assurance sur la mort. D’ailleurs, ce n’est certainement pas un hasard si c’est Fred MacMurray, l’anti-héros du classique de Billy Wilder, qui tient le rôle principal. Il faut dire qu’il est l’acteur idéal pour ces rôles d’homme médiocre embarqué dans des histoires sordides à cause d’une femme. Le film utilise donc consciemment des clichés préexistants et en cela, il tend vers le maniérisme. La mise en scène ultra-stylisée, avec ses rues de studio vides, sa photo noir&blanc léchée, tend vers une abstraction toute melvillienne, elle fascine le spectateur plutôt qu’elle ne donne une consistance (pyschologique, sociale…) à ses personnages. Mais ici, c’est peu dire que la forme est à l’image du fond, la forme est même l’image du fond, le personnage de MacMurray n’agissant que par fascination pour la femme du gangster. Femme incarnée par Kim Novak, Kim Novak la star parfaite…c’est à dire la fascination incarnée en femme. La façon dont son visage est sublimé dans Pushover me fait dire que rarement actrice aura été aussi bien filmée. D’ailleurs, il faut rappeler que c’est Richard Quine qui a « créé » Kim Novak, de la même façon que Von Sternberg a créé Marlene (sans aller cependant jusqu’à lui arracher des dents pour améliorer son profil).

Une vierge sur canapé (Sex and the single girl, Richard Quine, 1965)



Tony Curtis travaille dans un magazine à scandales et décide de prouver que la ravissante Natalie Wood, brillante psychanalyste, est vierge en se faisant passer pour un patient…s’ensuit une série de quiproquos savamment agencés par Richard Quine, pygmalion de Kim Novak, partenaire de Blake Edwards et réalisateur aussi brillant que méconnu.
Les seconds rôles sont excellents, surtout le couple Fonda/Bacall. Parmi tous les plaisirs distillés par cette comédie, celui de voir Henry Fonda, l’incarnation hollywoodienne de la droiture puritaine, jouer un vendeur de bas rejeté par une épouse jalouse n’est sans doute pas le plus négligeable. Le reste, c’est à dire la musique jazzy, les yeux de Natalie Wood, le générique très pop, les jambes de Natalie Wood, la photo pastel, les robes de Natalie Wood, n’est que pur délice.

Comment tuer votre femme ? (Richard Quine, 1964)

Encore une comédie éminemment sympathique de Richard Quine. Encore une fois, le film est coloré, ludique (je songe notamment à une ouverture géniale que n’aurait pas reniée Guitry), délirant et très drôle. Jack Lemmon est encore une fois excellent dans ce rôle de dessinateur de BD qui tient absolument à vivre les aventures de ses héros pour que ses lecteurs lisent quelque chose de « réaliste ». Virna Lisi fait un peu potiche mais elle est sublime et c’est l’essentiel. Et encore une fois, une galerie de personnages secondaires très bien croqués même si très typés enrichit le film. Ici, l’humour est particulièrement noir, le film prenant l’allure d’un jubilatoire pamphlet misogyne d’une férocité assez inouïe avant de se terminer en happy end conventionnel qui sauve la morale au détriment d’une certaine cohérence de l’intrigue. En effet, s’il est évident que les auteurs se moquent autant des célibataires endurcis que du matriarcat, on peut légitimement se demander pourquoi l’épouse ne réapparaît pas plus tôt alors que la vie de son mari est quand même en danger. Je n’en dis pas dis plus pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte des futurs spectateurs mais cette fin est la seule ombre au tableau d’un film par ailleurs délicieux.

Ma soeur est du tonnerre (My sister Eileen, Richard Quine, 1955)

Quel plus grand plaisir pour le cinéphile pendant les fêtes que celui d’aller se régaler d’un classique de la comédie américaine dans un cinéma du quartier latin ?

bon, dit comme ça ça fait un peu élitiste comme vision du cinéma pourtant je vous assure que la salle était pleine et que le public -varié pour une fois- riait de bon coeur. Et c’est vrai qu’avec un tel film, il y a de quoi ! Ma soeur est du tonnerre est pensé du début à la fin comme un pur spectacle, la mise en scène assume pleinement ses artifices théâtraux (le charmant kitsch des décors notamment) ou musicaux et joue perpétuellement sur la complicité du spectateur. Alors oui, le film traite son histoire de façon un peu superficielle -peut-être qu’un Billy Wilder en aurait tiré quelque chose de plus profond- mais les gags basés sur de classiques quiproquos sont si bien agencés, la galerie de personnages secondaires si cocasse, les dialogues si piquants, les acteurs si à l’aise, et surtout Janet Leigh dont l’incroyable sex-appeal est le moteur de l’intrigue est si ravissante (surtout en mini-short) que Ma soeur est du tonnerre est un délice de chaque instant. Peut-être pourra t-on juste regretter certains numéros musicaux qui font pâle figure face à ceux des classiques de la comédie musicale et qui ralentissent l’histoire plutôt qu’ils ne la font avancer. Mais la franche loufoquerie qui gagne le film à la fin (comme dans Une vierge sur canapé du même Quine, la fin est un grand moment de n’importe quoi) finit par conquérir l’ensemble des spectateurs.