Gibier de potence (Roger Richebé, 1951)

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A sa sortie de l’orphelinat, un beau jeune homme tombe sous la coupe d’une maquerelle.

Les thèmes -prostitution masculine et pornographie- ont beau paraître « audacieux », leur traitement, lui, ne souffre aucune originalité. Cette adaptation de Jean-Louis Curtis se réduit à un conventionnel et racoleur mélo à base de pureté, de déchéance et de rédemption où un héros remplace l’habituelle héroïne. Seul le personnage de Arletty apporte un peu de mystère grâce au flou de ses motivations. La mise en scène de Richebé est anémique et le scénario est franchement lourd et redondant.

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Le plus vieux métier du monde (Claude Autant-Lara, Mauro Bolognini, Philippe de Broca, Franco Indovina, Michael Pfleghar et Jean-Luc Godard, 1967)

A la Préhistoire, dans l’Antiquité romaine, pendant la Révolution française, à la Belle époque, de nos jours et dans le futur, l’histoire de la prostitution vue à travers six sketches.

Ça va du très nul (la Préhistoire selon Franco Indovina) jusqu’au pas mal (la Révolution française par de Broca ou la Belle-époque par Michael Pfleghar) en passant par le bellement improbable (l’anticipation de Jean-Luc Godard dans la droite lignée de Alphaville).

La mélodie du coeur (Hanns Schwarz, 1929)

Montée à Budapest de sa campagne natale, une petite bonne tombe amoureuse d’un soldat…

Ce premier film parlant allemand (que j’ai vu dans sa version insonorisée qui est vraisemblablement meilleure car moins statique) préfigure clairement le cinéma de Max Ophuls. L’étourdissante virtuosité formelle, typique des dernières années du muet, est à même de restituer les effervescences urbaines, dansantes ou populaires dans lesquelles les protagonistes aiment à s’enivrer. Hanns Schwarz filme avec un égal bonheur la capitale et la campagne, sachant grâce à ses plans longs, souples et mobiles corréler l’action dramatique à un cadre, un décor, un lieu.

Ce sens du mouvement va de pair avec une finesse de l’appréhension des rapports entre amour et argent digne de l’auteur du Plaisir. Derrière son titre sentimental, La mélodie du coeur peut ainsi être considéré comme un petit traité sur les différentes formes de prostitution, acceptée et réprouvée, féminine et masculine. Une véritable attention de l’auteur à ses personnages abstrait ceux-ci de leurs rôles de convention et transfigure le canevas mélodramatique. Voir la caractérisation du soldat qui est à l’opposé de tout schématisme réducteur mais qui est nourrie par les circonstances de l’action; moderne en un mot.

Dans ce grand film nuancé et dialectique, seule l’interprétation de Dita Parlo dépare. Toutefois, les fausses notes apportées par son visage uniformément résigné n’empêchent pas La mélodie du coeur de se conclure sur une fin sublime où la retenue de l’expression hisse le mélo à la hauteur de la tragédie. C’est alors à Mizoguchi que l’on songe (impression renforcée par des images magnifiques de lacs).

Une nuit très morale (Károly Makk, 1977)

A la fin du XIXème siècle en Hongrie, un bordel où un étudiant a élu pension est confronté à la visite de la mère de ce dernier, ignorant tout de la nature du logement de son fils.

Le rythme atone, la mise en scène figée, l’esthétisme outrancier et les artifices théâtraux de l’écriture neutralisent partiellement l’intérêt de la prometteuse confrontation. Reste quelques scènes touchantes grâce notamment à la présence de l’attachante Margit Makay. Peut-être aussi que l’humour magyar échappe à mon entendement.

Le contour de la nuit (Noboru Nakamura, 1966)

Une prostituée raconte à un client amoureux comment elle en est arrivée là, suite à sa rencontre avec un yakuza.

Plus que l’esthétisation outrancière (grosse utilisation des néons), c’est la complexité de la relation entre la pute et son mac qui revivifie ce schéma déjà mille fois traité, jusqu’à faire apparaître un puissant dilemme tragique. Pas mal.