Naissance du cinéma (Roger Leenhardt, 1946)

Depuis la lanterne magique inventée au XVIIème siècle jusqu’au 28 décembre 1895, Roger Leenhardt retrace l’histoire de l’invention du cinéma.

Naissance du cinéma est d’abord un chef d’oeuvre de cinéma didactique car, au-delà de la présentation anecdotique des différents appareils ayant précédé le cinématographe, Roger Leenhardt rend sensible la progression intellectuelle et technique qui a présidé à l’invention des frères Lumière. Mélangeant avec brio images de « pré-films », animations pédagogiques et séquences reconstituées qu’il accompagne avec une voix-off parfaitement écrite, il émeut en quelques minutes lorsqu’il évoque le destin de Emile Reynaud et il donne à la naissance du cinéma des allures de grande conquête humaniste. En cela, il fait de cette commande du CNC un film d’auteur.

La victoire des femmes (Kenji Mizoguchi, 1946)

Dans le Japon de l’après-guerre, une jeune avocate défend une infanticide.

La thèse féministe du scénariste et communiste Kaneto Shindo se fait plus lourdement sentir dans les revirements de la fin qui font peu de cas de la logique individuelle que dans la première partie qui présente la ruine morale et économique du Japon d’après-guerre avec une nudité implacable et empathique bien digne de Mizoguchi. Le plan où la profondeur de champ révèle trois niveaux différents d’action témoigne élégamment de la stupéfiante richesse d’une mise en scène dont les maîtres mots sont condensation, pudeur et vivacité.

Amours, délices et orgues (André Berthomieu, 1946)

Amoureux d’une jeune fille aperçue à une fête de village, des pensionnaires d’internat provoquent des quiproquos.

La musique est en fait peu présente. Le jeu caricatural des acteurs est tout ce qu’il y a pour compenser la fade ineptie du script (de Julien Duvivier…). C’est raté.

Un ami viendra ce soir (Raymond Bernard, 1946)

Dans les Alpes sous l’Occupation, un chef de la Résistance se cache dans un asile…

Le manichéisme du discours, l’extrême caricature des personnages allemands, certes excusables compte tenu de l’époque du tournage, mais aussi et surtout la poussiéreuse dramaturgie reposant sur un mystère sans intérêt (« qui est le commandant parmi les fous? ») et la vaine hystérie de la mise en scène (acteurs en roue libre, contrastes saugrenus et cadrages de traviole) rendent ce film irregardable aujourd’hui.

Les assassins sont parmi nous (Wolfgang Staudte, 1946)

A Berlin après la guerre, une jeune femme de retour d’un camp récupère son appartement où s’est installé un ancien soldat du front de l’Est…

Pour filmer l’Allemagne de l’après-guerre, Wolfgang Staudte a adopté une esthétique d’avant-guerre: cadrages penchés, contrastes marqués, gros plans à gogos, musique assourdissante. Bref, un expressionnisme surdramatisant qui, allié à la convention du récit, fait que le film sonne terriblement artificiel en dépit du décor naturel et impressionnant de Berlin en ruines. De là que Les assassins sont parmi nous, premier film allemand sorti en France après la Libération, n’est pas resté dans l’Histoire du cinéma au contraire des chefs d’oeuvre contemporains de Rossellini dont la nudité s’accordait à ce qui était filmé.

Au petit bonheur (Marcel L’Herbier, 1946)

L’épouse d’un éditeur pourchasse son mari qu’elle soupçonne de le tromper…

Théâtre filmé poussif où l’hystérie des acteurs (épouvantable François Périer) est censée suppléer à la redondante nullité du scénario. Les préciosités visuelles de Marcel L’Herbier ne font qu’accentuer le sentiment de vacuité qui émane de ce navet.

Un Américain en vacances (Luigi Zampa, 1946)

Deux soldats américains en permission s’entichent d’une institutrice partie au Vatican demander de l’aide pour les réfugiés de son village.

Ce qui aurait pu n’être qu’une bluette inconsistante se dote, une fois le récit débarrassé du comparse de convention et du comique lourdaud qu’il amène, d’une profondeur inattendue. En effet, si le plaquage d’un vernis néo-réaliste sur le canevas à la On the town ne saurait suffire à rendre compte des catastrophes entraînées par les bombardements, l’intransigeance surprenante de l’héroïne et la pudeur de la mise en scène finissent par insuffler une poignante densité aux amours platoniques et éphémères du temps de guerre. Si vous avez l’occasion de voir Un Américain en vacances, restez jusqu’au bout, vous serez récompensés de votre persévérance.