Valse d’amour (Dino Risi, 1990)

Libéré de l’asile suite à la loi du 13 mai 1978, un ancien directeur de banque retourne dans sa famille…

Cette dernière collaboration entre Dino Risi et Vittorio Gassman s’inscrit tout à fait dans la lignée des oeuvres les plus tardives de l’auteur du Fanfaron: c’est une comédie assez peu comique et très amère. Le plan où l’on découvre Gassman, désormais vieux, prostré sur un lit d’hôpital, à moitié dans le noir, est d’une poignante grandeur pathétique.

L’argument de départ est bien sûr l’occasion de pointer du doigt les dérèglements de la société moderne et de montrer que le fou n’est peut-être pas celui que l’on croit. Même si plusieurs piques font mouche, cette confrontation attendue entre le grand-père et sa nouvelle famille n’est pas la meilleure partie du film tant les personnages de la bru et de son fiancé sont superficiellement caractérisés. La séquence avec l’ancienne secrétaire est même embarrassante mais c’est la seule du film qui verse aussi stupidement dans la caricature.

C’est lorsqu’il sort des rails de la satire pour se focaliser sur la relation entre un grand-père et sa petite fille, tous deux en rupture avec leur famille, que Valse d’amour prend toute sa dimension: parfaitement crépusculaire, irrémédiablement triste et fondamentalement ambigu. C’est avec un tact magistral que Risi filme ce qu’il faut bien appeler l’amour entre un vieil homme et une fillette; un amour débarrassé aussi bien de la raison familiale que de la tentation charnelle. Dans la scène où la gamine coupe les cheveux de son grand-père se révèle une douceur que Risi, aussi aigri puisse t-il se montrer, n’occulte jamais complètement.

Très sobre, Gassman est immense; il réussit à rendre la folie de son personnage « naturelle » à part peut-être dans les scènes où il entend la valse du titre, scènes que l’emploi de la bande-son rend conventionnelles. Face à lui, le cabotinage d’un Elliott Gould méconnaissable apporte ce qu’il faut de vitalité comique à cette comédie terriblement mélancolique.

Venise, la lune et toi (Dino Risi, 1958)

A Venise, un gondolier sur le point de se marier ne peut s’empêcher de séduire deux touristes américaines…

Une comédie mineure mais rendue tout à fait plaisante par l’abattage de Sordi qui joue un héros d’une veulerie étonnante, l’utilisation habile des ficelles éprouvées de la comedia dell arte (le baiser dans le noir!) et le charme de Venise mise en valeur par un Eastmancolor à la somptuosité inattendue (la luxuriance de certains plans est digne de Minnelli).

Cher papa (Dino Risi, 1979)

Un puissant industriel italien tente de renouer le dialogue avec son fils engagé dans le terrorisme gauchiste…

Pas si artificielle qu’il n’y paraît au premier abord, cette fable malaisante s’avère un des meilleurs films de Dino Risi car un des plus fins et un des plus profondément amers. L’expression de la noirceur ne passe plus par les vibrionnantes caricatures typiques du soi-disant âge d’or de la comédie italienne mais se retrouve tapie dans une larme venant ébranler l’absolue froideur d’un parricide. Par contrepoint, la chaleureuse interprétation de Vittorio Gassman rend d’autant plus patent le fossé irrémédiable entre les pères et les fils. Troublant.

Pauvres millionnaires (Dino Risi, 1959)

Après s’être disputé avec son épouse, un récent marié est renversé par une riche héritière qui s’entiche de lui tandis qu’il est devenu amnésique.

La facilité de l’argument du héros qui perd la mémoire et la retrouve selon la convenance de narrateurs se souciant peu de crédibilité dénie à Pauvres millionnaires les qualités de vérité humaine et sociale de Pauvres mais beaux. Le trait est plus conventionnel et moins précis bien que certaines scènes, tel celles avec les parents, fassent exception. Toutefois, l’écriture comique est peut-être plus brillante encore que dans le premier volet. Dès le début avec le train qui sépare sans cesse les époux, les auteurs montrent leur talent pour exploiter une situation comique jusqu’au bout et en tirer un maximum de rebondissements. Par ailleurs, plus court, Pauvres millionnaires n’a pas les -légers- problèmes de rythme de son prédécesseur. Bref, Pauvres millionnaires est un film plaisant mais mineur.

Il successo (Mauro Morassi et Dino Risi, 1963)

Pour réunir le capital nécessaire à ce qu’il pense être une affaire en or, un employé de bureau demande de l’argent à plusieurs de ses connaissances…

La suite officieuse du Fanfaron n’est pas un si mauvais film qu’on n’aurait pu le craindre. Ecrite par Maccari et Scola, elle est certes plus sérieuse et plus pesante de par son côté démonstratif et la redondance de sa narration (nombreuses scènes de quémandage tandis que le lien avec le copain joué par Trintignant n’est pas assez approfondi). Moins drôle et plus sinistre, Il successo ne retrouve pas la grâce dans le mélange des tons qui caractérisait son prédécesseur. Toutefois, le charge satirique plus circonscrite -les auteurs s’en prennent essentiellement à l’avilissement moral provoqué par la société de consommation en Italie- fait mouche à plusieurs endroits.

L’homme à la Ferrari (Dino Risi, 1967)

Récemment devenu grand-père, un riche industriel italien vit une crise existentielle et s’entiche d’une camarade de son fils…

Qui mieux que Dino Risi et Vittorio Gassman pour faire un film sur le démon de midi chez le mâle italien ? De fait, ils jouent sur du velours, appréhendant avec une justesse des plus incisives les tourments de leur personnage archétypal. En particulier, l’impossibilité dans cette situation de prendre une décision donne lieu à de belles scènes tragicomiques. Toutefois, Il tigre ne se hisse pas à la hauteur des chefs d’oeuvre de Risi car le style manque de la souplesse propre aux chefs d’oeuvre du cinéaste: les seconds rôles se réduisent à des prétextes pour étayer le propos, des accents grotesques sont bizarrement intégrés (les chats qui commentent l’action) et la photo est d’une rare laideur. De plus, dans le rôle de la jeune fille, Ann-Margret est un choix de distribution des plus discutables: même si elle devient de plus en plus jolie au fur et à mesure du film (et donc au fur et à mesure que Gassman tombe amoureux), il est difficile de croire qu’un homme, qui plus est un homme marié à la somptueuse Eleanor Parker, devienne fou d’elle. Ces quelques réserves n’empêchent pas Il tigre d’être une bonne comédie dont j’ai apprécié le fait qu’elle ne résout pas artificiellement le dilemme qu’elle a exposé.