Cybèle ou les Dimanches de Ville d’Avray (Serge Bourguignon, 1961)

Un jeune pilote revenu amnésique de la guerre noue une relation avec une petite fille de l’Assistance publique.

Comme vous le voyez, le sujet est délicat. Pourtant, le traitement de Serge Bourguignon est une leçon de pudeur et de dignité. Ce qui en aucun cas ne signifie esquive et pusillanimité. L’auteur montre d’abord ce qu’il faut bien appeler un amour (l’amour n’étant pas nécessairement sexuel) entre deux marginaux, l’union miraculeuse de deux solitudes. Il évite le piège de la niaiserie autiste en montrant également les réactions des autres, notamment l’incompréhension et la peur de certains face à ce qui ne cadre pas avec leurs conventions sociales. Il le fait sans la moindre rancoeur, sans la moindre aigreur, sans la moindre lourdeur de trait. Tous ses personnages ont de bonnes intentions, ce qui ne rend que plus terrible le drame final.

Le canevas narratif étant extrêmement ténu, l’essentiel se joue dans la mise en scène qui brille par son tact et sa finesse. Bien que Les Dimanches de Ville d’Avray ait été réalisé en 1961, son esthétique n’a pas grand-chose à voir avec la Nouvelle Vague. Les cadres sont soignés, le Noir&Blanc d’Henri Decae est beau, la musique de Maurice Jarre allait faire embaucher le compositeur à Hollywood. En revanche, jamais Bourguignon ne verse dans l’académisme. Ainsi, son film est considérablement vivifié par la brusquerie des raccords (il y a un beau travail sur le son).

Les multiples trouvailles poétiques du réalisateur n’ont rien de gratuit mais sont autant de manifestations d’une sensibilité parmi les plus délicates du cinéma français. Rarement l’insupportable insignifiance de l’environnement lorsqu’on est loin de l’être aimé aura été évoquée avec autant de puissance que lors de la séquence du repas de mariage. La mélancolie qui sourd tout au long du film explosera dans un déchirant final.

Un texte intéressant plus développé que le mien

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