Soir de noces (King Vidor, 1935)

Un écrivain new-yorkais en panne d’inspiration retourne dans sa propriété familiale du Connecticut et la vend à des voisins paysans d’origine polonaise.

Après un début un peu anodin, le déroulement de la romance déjoue les attentes: l’épouse, notamment, surprend par sa dignité. Le virage mélodramatique de la fin est traité avec un lyrisme sublime digne de Frank Borzage. Ce basculement de tonalité met en exergue le sujet profond d’un film qui jusqu’ici manquait d’unité: la tragédie de l’écrivain qui vampirise les autres sans s’y mêler jamais vraiment. La grandeur pathétique de Gary Cooper est la même que dans L’adieu aux armes. Ce qui, me concernant, n’est pas peu dire. Bref, même si la confrontation culturelle qu’il orchestre est parfois caricaturale,  The wedding night est un des beaux films méconnus de King Vidor.

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Remous (Edmond T.Gréville, 1935)

Suite à un accident de voiture, un ingénieur très récemment marié devient impuissant…

C’est avec une grande élégance que Edmond T.Gréville a traité un sujet potentiellement très scabreux. La rapidité du rythme vivifié par des travellings enlevés et des ellipses percutantes, la sobriété de la direction d’acteurs, le scénario à la rigueur toute classique et le parti pris art-déco qui accentue l’abstraction de l’ensemble sont des qualités qui donnent à ce mélodrame une allure très moderne. Le désir brimé et le réveil de la sensualité sont analysés avec une précision qui n’exclut pas le lyrisme tel qu’en témoigne la fin littéralement grandiose.

Edmond T.Gréville était un passionné de cinéma muet. En tant que tel, il a réduit les dialogues au strict minimum et a parsemé son film de trouvailles visuelles. Ces trouvailles sont d’inégale valeur -certains effets maximisent l’impact dramatique ou poétisent l’action tandis que d’autres relèvent d’un symbolisme primaire- mais assurent à Remous une vitalité formelle réjouissante et rare dans le cinéma français d’alors.

Le commissaire est bon enfant (Pierre Prévert et Jacques Becker, 1935)

Un commissaire irascible reçoit différents plaignants et interpellés dans son bureau.

Mise en boîte de la pièce de Courteline. Quelques plans où les acteurs déclament face caméra montrent l’habileté du jeune réalisateur, apte à mettre en valeur ses comédiens au bon moment. L’interminable dernière scène pousse ce moyen-métrage, jusqu’ici regardable quoique poussif, aux limites du supportable.

Un héros de Tokyo (Hiroshi Shimizu, 1935)

Suite à la disparition de son récent époux, une femme devient hôtesse de bar pour subvenir aux besoins de ses enfants et du fils de son mari.

L’étonnante dernière partie et l’épure du découpage rehaussent l’intérêt d’un mélo pas si conventionnel qu’il n’y paraît au premier abord.
 

Avodah (Helmar Lerski, 1935)

Documentaire de propagande sur l’urbanisation et l’irrigation du désert palestinien par les Juifs.

Une rareté plus curieuse que véritablement passionnante. Pour servir la cause sioniste, Helmar Lerski applique les recettes de Eisenstein dans La ligne générale et de Vidor dans Notre pain quotidien avec un certain brio mais sans le génie lyrique des deux cinéastes suscités.

Ville sans loi (Barbary coast, Howard Hawks, 1935)

Pendant la ruée vers l’or à San Francisco, la fiancée d’un homme qui s’est fait tuer avant qu’elle n’arrive s’établit avec le tout-puissant patron du tripot.

L’atmosphère brutale et pittoresque des villes sauvages de l’Ouest lointain est bien restituée grâce à une belle galerie de seconds rôles ainsi qu’à la photo nocturne et évocatrice de Ray June. La première partie du récit donne l’impression que le film a vingt ans d’avance tant elle compile d’archétypes du western: l’aventurière, le journaliste menacé par un Liberty Valance, la corruption du juge, la difficulté d’instaurer le law and order…avec une maturité et un refus du sentimentalisme typiques de Hecht et Hawks.

Malheureusement, à partir du moment où arrive le personnage du poète joué par Joel McCrea, Barbary Coast dévie vers un triangle amoureux de l’espèce la plus vulgaire. Les conflits moraux qui agitaient l’héroïne sont réduits de la façon la plus conventionnelle qui soit: elle doit choisir entre un amoureux gentil et un amoureux méchant (et riche). La caricature de chaque protagoniste, la mièvrerie de l’écriture et le jeu excessif de Miriam Hopkins (peu hawksien) desservent alors le film malgré quelques éclats de la mise en scène (l’exécution de l’homme de main) et une fin qui rehausse un peu le ton (Edward G.Robinson est toujours impeccable).

 

Le contrôleur des wagons-lits (Richard Eichberg, 1935)

En 1900 chez un patron de firme automobile, un inventeur amateur rencontre une jeune fille se faisant passer pour une comtesse…

Une succession de quiproquos qui manque malheureusement d’étoffe. Dialogues, montage et mise en scène n’ont pas le piquant, le rythme et l’imagination du formidable Dédé de Guissart. On retiendra quand même le charme infini de la jeune Darrieux en bas résille et l’amusant cabotinage de Alice Tissot.