Une fille à papa (René Guissart, 1935)

Une orpheline demande à un employé d’un hôtel de l’accompagner aux sports d’hiver en prétendant être son père.

Trop pauvre en gags et en répliques piquantes pour être une bonne comédie, trop dérisoire dans son traitement (voir le cabotinage de Lucien Baroux) pour que l’histoire soit prise au sérieux pendant plus d’un quart d’heure, Une fille à papa est à peu près un navet. J’en viens à me dire que René Guissart n’est peut-être pas un génie du cinéma.

Le chemineau (Fernand Rivers, 1935)

Un journalier itinérant met une fille de ferme enceinte avant de repartir…

Après le beau film muet de Henry Krauss, voici une nouvelle adaptation de la pièce de Jean Richepin. Plus encore que le sobre Krauss, Fernand Rivers a magnifié la campagne française. La liberté du ton (ménage à trois en toute tranquillité), le lyrisme de la musique et, surtout, l’intégration des personnages aux paysages ensoleillés, renforcée par les travellings, confèrent à la première partie une sensualité lumineuse et panthéiste qui préfigure Une partie de campagne. La photographie de Jean-Pierre Mundviller ne se borne pas enregistrer la spendeur de la Nature mais dramatise plusieurs plans grâce à de superbes contrastes. Chantant, dansant ou doutant, Victor Francen interprète un personnage aux multiples facettes. Cette inspiration variée de la mise en scène permet de faire passer les artifices d’une dramaturgie qui reste fondamentalement théâtrale. Cette fois, même si je ne le partage pas à 100%, l’engouement de Paul Vecchiali (« une des oeuvres les plus fortes réalisées en France dans les années 30 ») est compréhensible.

Un oiseau rare (Richard Pottier, 1935)

Suite à un concours de publicité, le fils d’une oiseleuse et un riche héritier se retrouvent dans un hôtel des Alpes où leurs identités sont confondues.

En tant que scénariste, Jacques Prévert est surestimé car son manque de rigueur l’empêchait de construire correctement les récits. Les branlantes fondations d’oeuvres aussi diverses que Lumière d’été, Les visiteurs du soir et Sortilèges en témoignent. Face à Un oiseau rare, il y avait lieu d’avoir d’autant plus d’appréhension que la comédie, selon le lieu commun, « demande plus de travail que le drame ». Et il est vrai que Un oiseau rare ne brille pas par son ossature. Des coïncidences plus ou moins abusives font office de narration.

Pourtant, le visionnage s’avère franchement plaisant. Pour l’occasion, la « poésie » de Prévert se fait loufoquerie et, si elle eût gagné à plus de développements, l’intuition comique pallie le manque de fermeté narrative. La fantaisie n’est pas gratuite car elle nourrit une satire contre la veulerie face aux puissants, une satire que la désinvolture de l’auteur maintient toutefois bien inoffensive. La multitude de personnages instaure des enjeux dont la variété empêche l’attention du spectateur de complètement s’évaporer.

Enfin, sans étinceler, la distribution fait oublier l’absolue platitude de l’image. Madeleine Guitty ne vaut pas Pauline Carton, Pierre Brasseur bien que moins insupportable que d’habitude reste Pierre Brasseur mais revoir Jean Tissier est toujours un plaisir et Max Dearly s’avère bon comique de cinéma.

Soir de noces (King Vidor, 1935)

Un écrivain new-yorkais en panne d’inspiration retourne dans sa propriété familiale du Connecticut et la vend à des voisins paysans d’origine polonaise.

Après un début un peu anodin, le déroulement de la romance déjoue les attentes: l’épouse, notamment, surprend par sa dignité. Le virage mélodramatique de la fin est traité avec un lyrisme sublime digne de Frank Borzage. Ce basculement de tonalité met en exergue le sujet profond d’un film qui jusqu’ici manquait d’unité: la tragédie de l’écrivain qui vampirise les autres sans s’y mêler jamais vraiment. La grandeur pathétique de Gary Cooper est la même que dans L’adieu aux armes. Ce qui, me concernant, n’est pas peu dire. Bref, même si la confrontation culturelle qu’il orchestre est parfois caricaturale,  The wedding night est un des beaux films méconnus de King Vidor.

Remous (Edmond T.Gréville, 1935)

Suite à un accident de voiture, un ingénieur très récemment marié devient impuissant…

C’est avec une grande élégance que Edmond T.Gréville a traité un sujet potentiellement très scabreux. La rapidité du rythme vivifié par des travellings enlevés et des ellipses percutantes, la sobriété de la direction d’acteurs, le scénario à la rigueur toute classique et le parti pris art-déco qui accentue l’abstraction de l’ensemble sont des qualités qui donnent à ce mélodrame une allure très moderne. Le désir brimé et le réveil de la sensualité sont analysés avec une précision qui n’exclut pas le lyrisme tel qu’en témoigne la fin littéralement grandiose.

Edmond T.Gréville était un passionné de cinéma muet. En tant que tel, il a réduit les dialogues au strict minimum et a parsemé son film de trouvailles visuelles. Ces trouvailles sont d’inégale valeur -certains effets maximisent l’impact dramatique ou poétisent l’action tandis que d’autres relèvent d’un symbolisme primaire- mais assurent à Remous une vitalité formelle réjouissante et rare dans le cinéma français d’alors.