Le commissaire est bon enfant (Pierre Prévert et Jacques Becker, 1935)

Un commissaire irascible reçoit différents plaignants et interpellés dans son bureau.

Mise en boîte de la pièce de Courteline. Quelques plans où les acteurs déclament face caméra montrent l’habileté du jeune réalisateur, apte à mettre en valeur ses comédiens au bon moment. L’interminable dernière scène pousse ce moyen-métrage, jusqu’ici regardable quoique poussif, aux limites du supportable.

Un héros de Tokyo (Hiroshi Shimizu, 1935)

Suite à la disparition de son récent époux, une femme devient hôtesse de bar pour subvenir aux besoins de ses enfants et du fils de son mari.

L’étonnante dernière partie et l’épure du découpage rehaussent l’intérêt d’un mélo pas si conventionnel qu’il n’y paraît au premier abord.
 

Avodah (Helmar Lerski, 1935)

Documentaire de propagande sur l’urbanisation et l’irrigation du désert palestinien par les Juifs.

Une rareté plus curieuse que véritablement passionnante. Pour servir la cause sioniste, Helmar Lerski applique les recettes de Eisenstein dans La ligne générale et de Vidor dans Notre pain quotidien avec un certain brio mais sans le génie lyrique des deux cinéastes suscités.

Ville sans loi (Barbary coast, Howard Hawks, 1935)

Pendant la ruée vers l’or à San Francisco, la fiancée d’un homme qui s’est fait tuer avant qu’elle n’arrive s’établit avec le tout-puissant patron du tripot.

L’atmosphère brutale et pittoresque des villes sauvages de l’Ouest lointain est bien restituée grâce à une belle galerie de seconds rôles ainsi qu’à la photo nocturne et évocatrice de Ray June. La première partie du récit donne l’impression que le film a vingt ans d’avance tant elle compile d’archétypes du western: l’aventurière, le journaliste menacé par un Liberty Valance, la corruption du juge, la difficulté d’instaurer le law and order…avec une maturité et un refus du sentimentalisme typiques de Hecht et Hawks.

Malheureusement, à partir du moment où arrive le personnage du poète joué par Joel McCrea, Barbary Coast dévie vers un triangle amoureux de l’espèce la plus vulgaire. Les conflits moraux qui agitaient l’héroïne sont réduits de la façon la plus conventionnelle qui soit: elle doit choisir entre un amoureux gentil et un amoureux méchant (et riche). La caricature de chaque protagoniste, la mièvrerie de l’écriture et le jeu excessif de Miriam Hopkins (peu hawksien) desservent alors le film malgré quelques éclats de la mise en scène (l’exécution de l’homme de main) et une fin qui rehausse un peu le ton (Edward G.Robinson est toujours impeccable).

 

Le contrôleur des wagons-lits (Richard Eichberg, 1935)

En 1900 chez un patron de firme automobile, un inventeur amateur rencontre une jeune fille se faisant passer pour une comtesse…

Une succession de quiproquos qui manque malheureusement d’étoffe. Dialogues, montage et mise en scène n’ont pas le piquant, le rythme et l’imagination du formidable Dédé de Guissart. On retiendra quand même le charme infini de la jeune Darrieux en bas résille et l’amusant cabotinage de Alice Tissot.

Toute la ville en parle (John Ford, 1935)

Un timide employé de bureau est confondu avec l’ennemi public n°1 dont il est le sosie…

Le moins fordien -et le plus oublié- des classiques réalisés par John Ford est un chef d’oeuvre. Un chef d’oeuvre de la comédie américaine au même titre que New-York Miami, L’amour en première page ou L’impossible M. Bébé. Tourné pour Columbia et écrit par Robert Riskin, Toute la ville en parle aurait pu être signé Frank Capra. Sauf que les comédies de Capra n’ont pas la densité et le réalisme du film de Ford. Ce dernier est d’abord un sommet de narration où, à partir d’un postulat incongru, et sans jamais que le parcours individuel des personnages ne soit oblitéré par un quelconque « message », l’ensemble de la société américaine est satirisé avec une fantaisie naturelle;  les policiers agissant comme des cow-boys, le matriarcat, l’oppression capitaliste, la toute-puissance des journalistes…sont tour à tour moqués dans la joie et la bonne humeur. Evidemment, cela n’empêchera pas le film de se conclure par une fin typiquement américaine où l’homme de la rue défait les méchants. Pour le plus grand bonheur du spectateur.

De l’inénarrable Donald Meek qui a le don de faire rire en deux secondes d’apparition à la grande Jean Arthur, l’interprétation, colorée mais jamais caricaturale, est de la plus haute qualité. Une mise en scène extrêmement précise et jamais décorative confère à Toute la ville en parle un rythme parmi les plus parfaits de la comédie américaine des années 30; ce qui n’est pas peu dire. En tous points, la profusion d’inventions comiques est canalisée par le dynamique récit. A noter que, soixante ans avant Christian Clavier dans Les visiteurs, Edward G.Robinson apparaît parfois deux fois dans le même plan. Remarquable exemple de trucages sophistiqués mis au service de la narration, sans la moindre ostentation. Tout, ici, respire le juste dosage des ingrédients, la maîtrise totale de chacun des savoir-faire du cinéma, la soumission du talent de tous les artistes au résultat final. En un mot: la perfection classique.