La marmaille (Bernard-Deschamps, 1935)

Un veuf père d’une petite fille épouse la mère d’un petit garçon…

Cette étrange pépite du cinéma français des années 30 commence comme une évocation naturaliste nourrie de détails très concrets (les enfants qu’on met sur le palier pour pouvoir faire l’amour), continue comme un mélodrame au schématisme un peu expéditif et s’achève en beau conte de Noël. Non seulement les registres varient au fur et à mesure de la projection mais l’intérieur de chaque partie est équilibré par un contrepoint. Chaque plan, chaque phrase, chaque inflexion du récit contient sa propre critique. Ce sens dialectique culmine dans le double sens de la réplique finale. L’interprétation aux mille nuances de Pierre Larquey (fût-il jamais meilleur que chez Bernard-Deschamps?) et la justesse des enfants empêchent l’excès pathétique. La longue errance du personnage principal préfigure l’amertume de la dernière partie de Place aux jeunes;  d’ailleurs, La marmaille est un peu à Place aux jeunes ce que Place aux jeunes est à Voyage à Tokyo.

Le col du grand Bouddha (Hiroshi Inagaki, 1935)

Un samouraï possédé par le mal croise des proches de gens qu’il a assassinés…

Première partie d’une adaptation d’un roman-fleuve. Passant d’un point de vue à un autre sans logique évidente, la narration manque d’unité dramatique mais les samouraïs dans la montagne, la forêt et la neige sont joliment filmés. Il y  a même une ou deux évocations élégiaques.

Le jeune homme capricieux (Mansaku Itami, 1935)

Deux samouraï tentent de s’infiltrer chez un ennemi de leur maître…

Le jeune homme capricieux confirme à mes yeux le talent et la singularité de l’auteur de L’espion Kakita Akanishi. Le ton picaresque et comique, que des inventions de montage poussent jusqu’à la pure fantaisie,  brocarde allègrement les valeurs du bushido mais n’empêche pas les combats d’être filmés avec vivacité et la beauté des décors naturels d’être restituée. L’élégance de Mansaku Itami se traduit également par une célébration de l’intelligence qui préfigure les héros de John McTiernan.

Okoto et Sasuke (Yasujiro Shimazu, 1935)

Son jeune assistant tombe amoureux d’une professeur de shamisen aveugle.

La construction de ce mélodrame est assez bizarre dans la mesure où le drame, puissant, ne se noue qu’après pas mal de digressions qui montrent la professeur de musique, interprétée par l’excellente Kinuyo Tanaka, dans son école de musique et avec ses parents. Un aspect qui étonne, compte tenu de l’époque de l’oeuvre, est que l’héroïne tombe enceinte sans que personne ne sache le nom du père (pas même le spectateur) et que la narration ne s’en préoccupe guère. On acte que l’on va confier le bébé parce que la mère veut rester indépendante et on passe à autre chose. L’unité peine à se faire sentir dans cette oeuvre globalement terne mais les acteurs sont justes et le découpage soigné met en valeur la joliesse nippone (cerisiers en fleurs, façades de demeures traditionnelles…). Bref, c’est pas mal mais je n’en ferais pas un classique du cinéma japonais de l’époque.

Une fille à papa (René Guissart, 1935)

Une orpheline demande à un employé d’un hôtel de l’accompagner aux sports d’hiver en prétendant être son père.

Trop pauvre en gags et en répliques piquantes pour être une bonne comédie, trop dérisoire dans son traitement (voir le cabotinage de Lucien Baroux) pour que l’histoire soit prise au sérieux pendant plus d’un quart d’heure, Une fille à papa est à peu près un navet. J’en viens à me dire que René Guissart n’est peut-être pas un génie du cinéma.