De la veine à revendre (Andrzej Munk, 1960)

Avant, pendant et après la guerre, l’histoire d’un Polonais victime des circonstances.

L’extrême veulerie de ce personnage, que l’on suit pendant deux heures non-stop, le rend particulièrement antipathique. Son histoire est d’autant moins intéressante que les rebondissements visant à montrer l’ « absurdité » de la société sont les fruits d’une écriture paresseuse donc visible. Les effets ostentatoires du montage (accélérés, musique sursignifiante…) accentuent l’impression d’arbitraire qui émane de ce film des plus déplaisants.

 

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La passagère (Andrzej Munk, 1963)

Sur un paquebot de luxe, une Allemande reconnaît une juive qu’elle surveillait à Auschwitz. Elle se souvient alors.

L’inachèvement de l’oeuvre et sa complétion par les collègues de Munk avec une voix-off et des images fixes n’empêchent pas La passagère de faire forte impression. Bien sûr, cela tient d’abord à son sujet, que Munk semble traiter sans état d’âme mais avec un tact inné. A Auschwitz même, il filme sans joliesse malvenue ni fallacieux effet de « prise sur le vif ». Ainsi, il met toute sa science d’ancien de l’école de Lodz (composition des cadres, travellings, blancs brûlés…) au service d’une reconstitution claire et sèche de l’horreur. L’exemple le plus frappant de la manière de Munk est celui de la descente vers la chambre à gaz où on voit une petite fille venir jouer avec un berger allemand tenu par un SS au sourire bienveillant. Simple et vertigineux.

Pour autant, l’oeuvre ne se limite pas à documenter le camp d’extermination. Adoptant le point de vue du bourreau, Andrzej Munk a raconté les rapports particuliers entre une surveillante nazie et une détenue pour faire ressortir l’humanité au plus profond de l’inhumanité. Contrairement à ce à quoi un esprit sentimental pourrait s’attendre, cette humanité ne prend pas la forme de la compassion mais d’une pulsion de domination tout à fait ambiguë. D’où le mystère et la richesse dramatique de La passagère. Les béances du métrage dues au décès accidentel du cinéaste renforcent ce mystère et le pouvoir de fascination qui en émane.

Le prophète (Dino Risi, 1968)

Ayant tout plaqué pour vivre en ermite, un ancien employé de bureau est forcé de retourner à Rome où il rencontre une hippie.

Décousue, laide et caricaturale, cette satire de la société de consommation est un échec (et cet échec fut reconnu en tant que tel par son réalisateur, sa vedette et son scénariste Scola, trio à l’origine de tant de réussites).

Alvarez Kelly (Edward Dmytryk, 1966)

En 1864, un convoyeur de boeufs mexicain travaillant avec les nordistes est capturé par des confédérés pour qu’il les aide à faire passer du bétail à travers le blocus de Richmond.

Certaines articulations du récit sont téléphonées, la fusion dramatique entre la rivalité personnelle et les enjeux militaires est grossière. Effleurant une multitude de pistes intéressantes, Alvarez Kelly manque d’un point de vue affirmé sur  son sujet. De plus, Richard Widmark cabotine un peu et William Holden n’est pas un Mexicain très crédible. Toutefois, le film se suit avec un certain plaisir grâce à sa bonne tenue formelle. Notamment, les scènes de batailles, avec leurs multiples cascades équestres, ne manquent pas d’intensité.

Changement au village (Lester James Peries, 1963)

Dans un village sri lankais, la fille d’un aristocrate sur le déclin se voit obligé d’épouser un homme de sa caste plutôt que son ambitieux professeur d’Anglais dont elle est amoureuse.

La fin d’une époque regardée à travers le prisme d’une histoire d’amour étalée sur une bonne décennie. Le récit est à la fois intimiste et romanesque, les personnages sont présentés sans moralisme et la mise en images ne manque pas d’élégance. L’utilisation de la profondeur de champ et le sens du décor naturel révèlent le talent d’un metteur en scène économe de ses plans. Petit bémol: Punya Hiendeniya n’a pas la grâce de Waheeda Rehman, Sharmila Tagore ou Madhabi Mukherjee. Il n’en demeure pas moins que, avec Le trésor, Changement au village est possiblement le meilleur film de Lester James Peries.

Le sable était rouge (Beach red, Cornel Wilde, 1967)

Pendant la seconde guerre mondiale, des troupes américaines entreprennent la conquête d’une île du Pacifique…

Ce qui frappe d’abord, ce sont les vingt premières minutes consacrées à la progression des hommes qui débarquent. Quasiment pas de dialogue, aucune caractérisation individuelle des fantassins, uniquement la guerre et ses détails gores. Avant de tourner Il faut sauver le soldat Ryan, Spielberg a probablement vu ce film dont des réminiscences se retrouvent également dans La ligne rouge (la mélancolie détachée, la voix-off très présente, l’importance de la nature) et dans Lettres d’Iwo Jima (le contrechamp japonais).

Cette modernité d’approche se traduit également en termes stylistiques. Les habituels flashbacks qui permettent de présenter les personnages ont ici la forme d’images fixes. Cette originalité formelle donne à Beach red des allures de film de Fuller revu par Alain Resnais. Loin d’être stérile, le parti-pris s’avère payant sur le plan émotionnel, l’immobilité de l’image accentuant l’éloignement du souvenir.

Même s’il ne convainc pas à 100% à cause de quelques coups de mou au niveau du rythme et d’un découpage qui n’a pas la vivacité d’un Fuller ou d’un Walsh, Beach red est un beau film où la conviction pacifiste de l’auteur se traduit par des idées variées et parfois touchantes (la fin, aussi simple que terrible).

L’homme aux cent visages (Dino Risi, 1960)

Un acteur raté fait fortune en utilisant ses talents pour escroquer.

Quoique ce grand shakespearien ne soit pas très crédible lorsqu’il fait semblant de mal jouer Hamlet, Vittorio Gassman est l’atout maître de cette comédie qui a des allures de film à sketchs. L’inventivité renouvelée des épisodes (l’ampleur graduelle des escroqueries va de pair avec celle des quiproquos), le réalisme du cadre et le maintien d’une certaine logique dans le comportement des personnages -aussi comiques soient-ils- maintiennent croissant l’intérêt du spectateur même si le récit demeure superficiel. Très plaisant.