Jeff (Jean Herman, 1969)

Après un casse, le chef est soupçonné d’avoir gardé le butin et se retrouve traqué par ses anciens complices sauf un, qui le défend.

Ersatz melvillien aussi creux que Le samouraï ou Un flic mais dénué de la rutilance stylistique de Melville; la musique est particulièrement nulle.

Un nommé La Rocca (Jean Becker, 1961)

Un jeune homme s’impose dans le milieu pour aider un ami injustement accusé de meurtre.

De ponctuelles audaces stylistiques qui préfigurent Sergio Leone (gros plans de visage face caméra, légère dilatation temporelle, Belmondo qui court comme Tuco avec l’arrière-plan-flouté…) et l’intéressante évocation du déminage par les condamnés de droit commun n’empêchent pas l’ennui de s’installer tant le récit est incohérent et les personnages mal caractérisés dans leurs motivations. On imagine bien que les auteurs -José Giovanni a adapté un de ses romans- voulaient raconter une histoire d’amitié déçue. Elle est malheureusement trop mal étayée pour qu’on s’y intéresse une seule seconde.

Par un beau matin d’été (Jacques Deray, 1965)

Une petite frappe de la côte d’Azur qui vivote en montant des arnaques avec sa soeur voit un ancien co-détenu lui proposer le kidnapping de la fille d’un riche Américain pendant ses vacances en Andalousie.

Un relatif manque de concision dans le dessein d’ensemble et quelques lignes de dialogues argotiques qui sonnent faux n’empêchent pas cette adaptation de James Hardley Chase d’être brillamment menée. L’utilisation du Cinémascope est aussi élégante que chez Otto Preminger ou Anthony Mann et la distribution est impeccable avec à sa tête un Jean-Paul Belmondo stupéfiant de vitalité, mélange surprenant mais cohérent de sympathie et d’antipathie. Sans le diaboliser, le film n’excuse ni ne rachète son personnage qui « a un mauvais fond » comme le lui dit son comparse. Pour transformer le bon film en grand film, sans doute aurait-il fallu un réalisateur qui soit aussi un auteur car alors, certaines axes originaux du script -notamment les relents incestueux entre les deux personnages principaux- auraient peut-être été exploités avec plus de suite dans les idées. Ici, plus que jamais, Jacques Deray mérite sa réputation de « bon artisan ».

Tendre voyou (Jean Becker, 1966)

Les aventures d’une grande gueule qui séduit les femmes.

L’incorrigible sans sa nécessaire deuxième partie. Un film réduit aux gesticulations et aux cris de Belmondo. Parce que les auteurs ne se donnent pas la peine d’y faire croire, notamment parce qu’ils conduisent leurs scènes sur un rythme uniformément hystérique, le spectateur ne croit pas une seule seconde à toutes ces femmes folles de ce personnage pas très beau, braillard et loser (les tentatives de burlesque, piteuses, ruinent toute cohérence narrative). C’est tellement invertébré qu’on se demande si ce n’est pas un coup de producteurs opportunistes ayant voulu régurgiter ce qu’ils croyaient avoir compris de la Nouvelle Vague: faire des films sans se fouler. Mais, à l’opposé de la liberté et de la fraîcheur des meilleurs films de Godard et Truffaut, Tendre voyou est un film aussi mal écrit que rance: tout à fait dénué de surprise ou d’invention, il se contente d’ânonner de vieilles recettes boulevardières avec un extraordinaire cynisme. Cela dure 1h30, ça semble en durer 3 tant ça n’a rigoureusement aucun intérêt dramatique, comique ou plastique.

Le Narcisse jaune intrigue Scotland Yard (Ákos Ráthonyi, 1961)

Un policier hong-kongais aide Scotland Yard à enquêter sur des meurtres de prostituées.

Une habileté de faiseur, un certain sens de la narration visuelle, se trouve employé au service d’une intrigue qui paraît vaine tant elle est gratuitement emberlificotée et tant les personnages sont inexistants.

L’invasion secrète (Roger Corman, 1964)

En 1943, un commando formé par des criminels est chargé de délivrer un général enfermé dans une imprenable forteresse yougoslave….

Cela préfigure Les douze salopards, sorti trois ans plus tard. Moins nihiliste que le film d’Aldrich, L’invasion secrète ne s’appuie guère sur la crapulerie de ses personnages mais préfère développer un classique film de commando avec brio et efficacité: un insert mélo inattendu mais assez cohérent, une belle appréhension des décors naturels de Dubrovnik, des situations de l’action variées entre montagnes, souterrains, cimetières et prison ainsi qu’une fin dont l’ingéniosité sous-tend un vrai propos politique en sont les principales qualités.

A l’aube du 5ème jour (Giuliano Montaldo, 1969)

Début mai 1945 en Hollande, deux déserteurs de l’armée allemande sont capturés par les Canadiens…

Les sabots de plomb nuisent à cette retranscription d’un aspect méconnu de la deuxième guerre mondiale: les déserteurs fusillés par leurs compatriotes prisonniers. Le jeu de Franco Nero, caricatural et plein de hurlements injustifiés, est à l’image d’un film où la dramaturgie est beaucoup plus spasmodique que dialectique. Comme souvent, la musique de Morricone est supérieure à l’oeuvre pour laquelle elle fut commandée.

L’île des braves (None but the brave, Frank Sinatra, 1965)

Un avion plein de Marines s’échoue sur une île sans intérêt stratégique avec une garnison de Japonais sur le point de s’en aller. Entre escarmouches et trêves, entre devoir militaire et bon sens, les deux troupes vont cohabiter.

La seule réalisation de Frank Sinatra est un film de guerre très original dans la mesure où, avant Le sable était rouge et le diptyque de Clint Eastwood, Japonais et Américains sont filmés à égalité, les premiers parlant leur langue. De plus, il est étonnant de voir que Sinatra, alors qu’il réalise et produit, ne se met pas en avant par rapport au reste de la distribution. Ceci étant, si les ambitions sont belles, leur concrétisation n’est pas tout à fait effective: la mise en scène est correcte mais loin du génie de Walsh ou Fuller et les situations ne sont pas exemptes d’un didactisme un peu artificiel, facilité par l’isolement des personnages, destiné à démontrer l’absurdité de la guerre. Il y a quand même quelques jolies idées qui font mouche, telle celle du choix du narrateur de la voix-off. Bref, L’île des braves est l’exemple typique du film « intéressant ».

The Virginian: It tolls for thee (Samuel Fuller, 1962)

Le Virginien tente de délivrer son patron enlevé par un bandit.

Difficile de retrouver la patte de Samuel Fuller dans ce western télévisuel pas même correctement construit: avec les deuxième gang qui veut se venger, Fuller a ajouté une intrigue secondaire qui parasite inutilement l’intrigue principale. Quelques dialogues sur-signifiants et artificiels sur la violence entre le gentil et le méchant, joué par Lee Marvin, semblent ce que la commande contient de plus personnel. Reste le charme du genre dans sa simplicité élémentaire.

Fearless Frank (Philip Kaufman, 1967)

Après avoir été tué par des gangsters, un jeune homme de la campagne parti à la ville est ressuscité par un savant pour combattre le Mal.

La parodie, faible en inventions et reposant essentiellement sur les outrances caricaturales du découpage et les costumes ridicules, fait très vite long feu. Le moule hollywoodien a fait du bien à Philip Kaufman dont l’iconoclasme, très influencé par les nouvelles vagues européennes, s’avère vain et stérile s’il n’est soumis à aucune contrainte.

Le monte-charge (Marcel Bluwal, 1961)

Le soir de Noël à Courbevoie, un homme rencontre une mère seule avec sa fille dans un restaurant et la raccompagne chez elle mais voit son entreprise de séduction contrariée par le cadavre du mari suicidé dans le salon.

Il est étonnant d’apprendre que le film est adapté d’un roman de Frédéric Dard tant les dialogues sont sobres et tant le noeud de l’intrigue, s’appuyant sur la mémoire visuelle et la sensation spatiale du spectateur, semble purement cinématographique. Le monte-charge est un exercice de style peut-être limité en terme de signification mais véritablement brillant et prenant. A une époque où émergeait une bande de réalisateurs qui clamaient bruyamment leur admiration pour Alfred Hitchcock, le modeste Marcel Bluwal s’avère sans doute le plus convaincant de ses héritiers français avec sa maîtrise de la mise en scène acquise à la dure école de la RTF. La sécheresse coupante de son découpage, intelligemment inventif, n’a d’égale que la présence inquiétante qu’il sait insuffler à ses décors: l’imprimerie de Courbevoie, le pont d’Asnière, les cafés de la banlieue, le monte-charge éponyme. La truculente présence de Maurice Biraud équilibre la gravité un brin pesante du couple Robert Hossein/Léa Massari.

Qui était donc cette dame? (George Sidney, 1960)

Surpris entrain d’embrasser une étudiante, un professeur de chimie, conseillé par un ami noceur, fait croire à son épouse en colère qu’il est un agent du FBI sous couverture.

L’idée de départ est amusante et le duo formé par Tony Curtis et Dean Martin sympathique mais la comédie, restée très théâtrale dans son écriture, patine à partir du moment où le véritable agent du FBI entre en scène, c’est-à-dire assez rapidement.

Rififi à Tokyo (Jacques Deray, 1963)

A Tokyo, un vieux gangster français réunit une bande pour dérober un énorme diamant.

Le flou délibéré de la narration, entretenu aussi bien par l’écriture que par le montage, agace mais Tokyo, miteuse et moderne, est bien restituée et l’intrigue de convention s’en trouve ancrée dans une réalité certaine.

 

Symphonie pour un massacre (Jacques Deray, 1963)

Après avoir doublé ses quatre complices, un trafiquant de drogue se retrouve obligé de les tuer.

Quelques facilités pour boucler l’intrigue mais une réalisation alerte et une distribution impeccable en tête de laquelle un Jean Rochefort étonnant de froide dureté. Pas mal.

 

Youngblood Hawke (Delmer Daves, 1964)

Un jeune aspirant écrivain du Kentucky voit son manuscrit accepté par un éditeur new-yorkais et est intégré à la société mondaine par deux femmes…

Le versant satirique manque de mordant et les inflexions mélodramatiques de la fin paraissent forcées. Malgré un découpage qui a gardé une appréciable ampleur, c’est très inférieur aux mélos précédénts de Delmer Daves.

Au bout de la nuit (Something wild, Jack Garfein, 1961)

A New-York, une étudiante traumatisée par un viol quitte le domicile familial et trouve un emploi de vendeuse…

Ce film indépendant new-yorkais réalisé par un disciple de Elia Kazan s’avère une bonne surprise. Plus qu’à l’oeuvre de l’auteur de Un tramway nommé désir, il semble apparenté aux films du Kammerspiel. En effet, comme Murnau dans Le dernier des hommes ou Lupu Pick dans La nuit de la Saint-Sylvestre, le metteur en scène parvient à évoquer la décadence de toute une civilisation urbaine à travers un nombre réduit de personnages et des décors restreints. Si ces décors sont réalistes, le noir et blanc buriné de Shüfftan ajoute une touche de poésie. De plus, le film s’avère très souvent muet puisqu’il se focalise sur une jeune fille traumatisée et perçue comme sauvage par ses semblables. Pour autant, Something wild ne souffre ni du schématisme ni de la creuse abstraction des films du Kammerspiel ayant le plus mal vieilli. En effet, la parole n’y semble jamais manquante et l’attention aux détails concrets accentuée par la netteté de la photographie panchromatique insuffle un effet de réel qui faisait défaut à, disons, La nuit de la Saint-Sylvestre. La complexe relation entre le garagiste et la jeune fille raconte finalement un retour à l’espoir, un retour à la vie. En fait, le principal défaut de Something wild est son rythme, excessivement lent dans sa deuxième partie, chez le garagiste.

Le cocu magnifique (Antonio Pietrangeli, 1964)

Trompant son épouse, un bourgeois italien s’imagine que celle-ci le trompe également.

Un récit qui s’enlise dans des situations répétitives, l’abus de séquences fantasmatiques et une voix-off qui peine à donner le change font de Un cocu magnifique une comédie italienne des plus ennuyeuses. Pas grand-chose à se mettre sous la dent à part un pseudo strip-tease de Claudia Cardinale.

The intruder (Roger Corman, 1962)

Au moment de l’abolition des lois Jim Crow, un membre du Ku Klux Klan vient faire de l’agitation dans une ville du sud des Etats-Unis.

L’efficacité de la narration sert un propos politique d’une étonnante acuité: plus qu’une dénonciation de la bêtise sudiste, c’est tout le mécanisme de la haine raciale et de son exploitation politique qui est démonté en moins d’une heure et demi. A lui seul, le montage de la séquence où les Noirs rentrent au lycée rend sensible la transformation d’affects négatifs en programme fasciste. Avec son beau costume blanc et ses manières fébriles, William Shatner incarne bien les prestiges frelatés du démagogue. A en lire la biographie de Ian Kershaw, Hitler n’était que ça: un raté qui savait parler. A la façon des meilleures séries B, la rudesse de certaines articulations de scénario est compensée par la rapidité du rythme et la force dramatique du découpage. Grand film.

La belle vie (Robert Enrico, 1963)

De retour de son service militaire en Algérie, un jeune Parisien se marie…

Existe t-il un cinéaste ayant mieux concrétisé le mantra de François Truffaut qui prétendait « faire son nouveau film contre son film précédent » que Robert Enrico lorsqu’il enchaîna son premier et son deuxième long-métrage, à savoir La belle vie et Les grandes gueules? La belle vie est en effet aux antipodes du cinéma populaire et viril auquel on associe habituellement Enrico. Avec son absence d’intrigue forte, ses acteurs jeunes et inconnus, son filmage dans les rues de Paris, son goût puéril pour les artifices visuels (particulièrement d’agaçants accélérés) et son ton confidentiel, c’est clairement un film de la Nouvelle Vague.

La principale différence avec les premiers films de Truffaut, Godard, Rivette, Rohmer et Chabrol, c’est qu’il est engagé politiquement. Ainsi, régulièrement, des images d’actualité violente, notamment de la guerre d’Algérie, viennent trouer la chronique conjugale. Procédé justifié par le sujet profond de l’oeuvre qui est le rattrapage d’un jeune couple par la marche du monde. Quelques notations amères sur le quotidien du ménage confronté à la dureté économique préfigurent les films d’un Bernard Paul. Toutefois, l’oeuvre m’aurait semblé plus forte et plus courageuse si le jeune homme, au plus fort de son désoeuvrement, s’était rengagé lui-même plutôt que de se disputer conventionnellement avec les paras-recruteurs. En l’état, La belle vie a de louables ambitions mais ne rentre pas suffisamment dans le vif de son sujet.

A la Française (Robert Parrish, 1964)

A Paris, une peintre américaine rencontre un étudiant…Quelques années plus tard, elle s’est faite à la vie mondaine.

La construction inhabituelle du récit en deux segments indépendants accroît la nostalgie de cette belle histoire d’une pureté perdue (et un peu facilement retrouvée). Robert Parrish, grand auteur de westerns, se montre aussi à l’aise dans le quartier latin que sur les rives du Rio Grande. On retrouve ici sa finesse psychologique, matérialisée par des détails concrets, tel l’étreinte avortée dans la chambre d’hôtel glaciale, et par des dialogues parfois surexplicatifs mais d’une telle justesse qu’il est difficile de faire la fine bouche. Tous les acteurs sont très bons mais Jean Seberg est au-delà des superlatifs. Comme Madame de… à Danielle Darrieux, A la Française lui doit énormément de sa vérité émotionnelle.