Le prophète (Dino Risi, 1968)

Ayant tout plaqué pour vivre en ermite, un ancien employé de bureau est forcé de retourner à Rome où il rencontre une hippie.

Décousue, laide et caricaturale, cette satire de la société de consommation est un échec (et cet échec fut reconnu en tant que tel par son réalisateur, sa vedette et son scénariste Scola, trio à l’origine de tant de réussites).

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Alvarez Kelly (Edward Dmytryk, 1966)

En 1864, un convoyeur de boeufs mexicain travaillant avec les nordistes est capturé par des confédérés pour qu’il les aide à faire passer du bétail à travers le blocus de Richmond.

Certaines articulations du récit sont téléphonées, la fusion dramatique entre la rivalité personnelle et les enjeux militaires est grossière. Effleurant une multitude de pistes intéressantes, Alvarez Kelly manque d’un point de vue affirmé sur  son sujet. De plus, Richard Widmark cabotine un peu et William Holden n’est pas un Mexicain très crédible. Toutefois, le film se suit avec un certain plaisir grâce à sa bonne tenue formelle. Notamment, les scènes de batailles, avec leurs multiples cascades équestres, ne manquent pas d’intensité.

Changement au village (Lester James Peries, 1963)

Dans un village sri lankais, la fille d’un aristocrate sur le déclin se voit obligé d’épouser un homme de sa caste plutôt que son ambitieux professeur d’Anglais dont elle est amoureuse.

La fin d’une époque regardée à travers le prisme d’une histoire d’amour étalée sur une bonne décennie. Le récit est à la fois intimiste et romanesque, les personnages sont présentés sans moralisme et la mise en images ne manque pas d’élégance. L’utilisation de la profondeur de champ et le sens du décor naturel révèlent le talent d’un metteur en scène économe de ses plans. Petit bémol: Punya Hiendeniya n’a pas la grâce de Waheeda Rehman, Sharmila Tagore ou Madhabi Mukherjee. Il n’en demeure pas moins que, avec Le trésor, Changement au village est possiblement le meilleur film de Lester James Peries.

Le sable était rouge (Beach red, Cornel Wilde, 1967)

Pendant la seconde guerre mondiale, des troupes américaines entreprennent la conquête d’une île du Pacifique…

Ce qui frappe d’abord, ce sont les vingt premières minutes consacrées à la progression des hommes qui débarquent. Quasiment pas de dialogue, aucune caractérisation individuelle des fantassins, uniquement la guerre et ses détails gores. Avant de tourner Il faut sauver le soldat Ryan, Spielberg a probablement vu ce film dont des réminiscences se retrouvent également dans La ligne rouge (la mélancolie détachée, la voix-off très présente, l’importance de la nature) et dans Lettres d’Iwo Jima (le contrechamp japonais).

Cette modernité d’approche se traduit également en termes stylistiques. Les habituels flashbacks qui permettent de présenter les personnages ont ici la forme d’images fixes. Cette originalité formelle donne à Beach red des allures de film de Fuller revu par Alain Resnais. Loin d’être stérile, le parti-pris s’avère payant sur le plan émotionnel, l’immobilité de l’image accentuant l’éloignement du souvenir.

Même s’il ne convainc pas à 100% à cause de quelques coups de mou au niveau du rythme et d’un découpage qui n’a pas la vivacité d’un Fuller ou d’un Walsh, Beach red est un beau film où la conviction pacifiste de l’auteur se traduit par des idées variées et parfois touchantes (la fin, aussi simple que terrible).

L’homme aux cent visages (Dino Risi, 1960)

Un acteur raté fait fortune en utilisant ses talents pour escroquer.

Quoique ce grand shakespearien ne soit pas très crédible lorsqu’il fait semblant de mal jouer Hamlet, Vittorio Gassman est l’atout maître de cette comédie qui a des allures de film à sketchs. L’inventivité renouvelée des épisodes (l’ampleur graduelle des escroqueries va de pair avec celle des quiproquos), le réalisme du cadre et le maintien d’une certaine logique dans le comportement des personnages -aussi comiques soient-ils- maintiennent croissant l’intérêt du spectateur même si le récit demeure superficiel. Très plaisant.

Bandits à Orgosolo (Vittorio de Seta , 1961)

En Sardaigne, un berger injustement impliqué dans un vol s’enfuit avec son frère et ses moutons dans les montagnes…

L’oeil documentaire de Vittorio de Seta restitue bien l’âpre beauté de la Sardaigne profonde et n’empêche pas l’instauration via le montage d’une certaine tension dramatique qui, couplée à l’enracinement d’une intrigue quasi-mythologique, contribue à auréoler ce film néo-réaliste d’une belle dimension westernienne. Les différents gestes menant tragiquement le berger au banditisme sont restitués avec justesse mais son itinéraire singulier est assez décorrélé des dures conditions de vie des autres éleveurs sardes: le contexte de crise économique évoqué reste flou. Cela limite la portée d’une oeuvre qui n’en demeure pas moins joliment réussie.

Le plus vieux métier du monde (Claude Autant-Lara, Mauro Bolognini, Philippe de Broca, Franco Indovina, Michael Pfleghar et Jean-Luc Godard, 1967)

A la Préhistoire, dans l’Antiquité romaine, pendant la Révolution française, à la Belle époque, de nos jours et dans le futur, l’histoire de la prostitution vue à travers six sketches.

Ça va du très nul (la Préhistoire selon Franco Indovina) jusqu’au pas mal (la Révolution française par de Broca ou la Belle-époque par Michael Pfleghar) en passant par le bellement improbable (l’anticipation de Jean-Luc Godard dans la droite lignée de Alphaville).