Les oliviers de la justice (James Blue, 1962)

Pendant la guerre d’Algérie, le fils d’un colon parti en métropole revient au pays pour voir son père mourant.

Quelques maladresses techniques (synchronisation des voix parfois médiocre…) et dramatiques (le personnage un peu chargé de la cousine) n’entachent guère la vérité d’une oeuvre, qui, par sa justesse d’appréhension des tourments les plus intimes, transcende les clivages politiques et atteint à l’universel. Superbes plans de l’Algérie d’alors, ville et campagne, tournés littéralement « à la volée », au nez et à la barbe de l’OAS et du FLN tous deux ennemis du film.

Comment réussir dans les affaires sans vraiment essayer (David Swift, 1967)

Suivant les conseils d’un livre, un laveur de carreaux gravit un par un les échelons d’une grande entreprise.

Comédie musicale joyeuse et parfois amusante dans ses pointes satiriques mais qui a le tort d’être trop longue et ne pas consacrer assez de place aux chorégraphies de Bob Fosse. Sans même parler de Fred Astaire (car nul ne saurait être tenu d’être un demi-dieu), Robert Morse n’est pas Gene Kelly quant aux qualités de danseur. En 1967, la décadence du genre était déjà bien entamée.

Madly (Roger Kahane, 1969)

Un jeune couple de marchands d’art accueille dans leur manoir une belle Antillaise rencontrée en boîte de nuit.

Alain Delon « sort de sa zone de confort » en s’attaquant au thème très à la mode de « l’amour libre » avec une sorte de comédie érotique -malheureusement ni drôle ni érotique- qui semble documenter sa relation avec Mireille Darc (qui fut d’ailleurs à l’origine du scénario). Cette rareté n’est malheureusement pas plus qu’une curiosité à cause de l’inconsistance du récit et du kitsch de l’inspiration.

La vie ardente (Florestano Vancini, 1963)

En vacances en Sardaigne, une adolescente fuit sa riche famille pour aller s’amuser avec deux jeunes hommes dans une cabane reculée.

Languissante bluette auquel le virage dramatique de la dernière partie apporte une vraie profondeur mélancolique.

Meurtre en 45 tours (Etienne Périer, 1960)

La machination du riche époux d’une chanteuse pour casser la relation entre cette dernière et un jeune pianiste.

Un script aussi abracadabrantesque, signé Boileau-Narcejac, aurait mérité une réalisation plus enlevée ou plus baroque que celle d’Etienne Périer or la photo est très terne et des effets de manche poussifs (figuration d’un rêve de culpabilité, manipulation sonore des plus basiques…) constituent l’essentiel de la dimension cinématographique du projet. Si Danielle Darrieux s’en sort pas mal, Michel Auclair est aussi nul que d’habitude.

Hitler, connais pas (Bertrand Blier, 1963)

Une dizaine de jeunes Français, d’horizons variés, parlent de leurs vies et de leurs visions du monde.

Pour son premier film, le jeune Bertrand Blier détourne le programme du cinéma-vérité alors en vogue. Il met en avant les artifices que ses collègues, tel Chris Marker et Pierre Lhomme, cherchaient à masquer. Il convie ses interlocuteurs, choisis sur casting, dans un studio, les filme dans un somptueux noir et blanc et use sans vergogne de l’effet Koulechov. Le mensonge introduit par ce dernier n’est que véniel dans la mesure où le carton d’introduction précise bien que les personnages ne se sont jamais croisés. De plus, la langue dans laquelle s’expriment ses personnages, quelle que soit leur origine sociale, est très soignée et plaisante à entendre. C’est lié aussi bien à l’époque, où la décadence linguistique n’était pas aussi entamée qu’elle l’est aujourd’hui, qu’au fait que Blier ait fait répéter ses interlocuteurs avant de les filmer.

Ce dispositif sophistiqué engendre de véritables types de cinéma. La dimension sociologique de l’échantillon de départ s’en trouve approfondie, nuancée et complexifiée. Le montage rapproche un prolo d’un fils à papa qui ont en commun d’avoir été livrés à eux-mêmes par leurs parents. Le cynisme vantard d’une jeune fille parlant de ses amants préfigure mai 68 tandis qu’à l’autre bout du spectre, les confidences d’une fille-mère sont d’autant plus poignantes qu’elles sont accompagnées par une belle -mais discrète- musique de Delerue.

Il en résulte un instantané de la jeunesse en 1963 aussi vain et artificiel que Chronique d’un été ou Joli mai mais infiniment plus intéressant et évocateur.

Leviathan (Léonard Keigel, 1962)

Dans une ville de province, un professeur particulier tombe passionnément amoureux d’une blanchisseuse aux moeurs légères.

Quoique tourné en 1961, ce premier film de Léonard Keigel n’a rien à voir avec la Nouvelle Vague. Adapté par Julien Green d’un de ses propres romans, Leviathan est un film au classicisme brillant et hautain. Même si les cadres larges ancrent l’action dans un village français, c’est dénuée de tout naturalisme, de toute digression pittoresque. Ce style distancié -à la façon de Lang et non à celle de Brecht- opacifie parfois les personnages féminins, qui sont mus par la passion. En revanche, même si elle ne suffit pas à crédibiliser une articulation du scénario aussi décisive que poussive, l’interprétation de Louis Jourdan est étonnamment intense. De plus, la Verklärte Nacht de Schönberg insuffle un romantisme wagnérien aux séquences froidement composées. Bref, Leviathan est une tragédie admirable et, finalement, très belle.

Les centurions (Mark Robson, 1966)

En Algérie, un régiment de parachutistes lutte contre un chef du FLN qui fut, en Indochine, un des leurs.

Derrière la superproduction internationale pleine de stars, de paysages exotiques et de scènes à grand spectacle, d’ailleurs troussée avec habileté (sauf l’emploi abusif de la musique tonitruante de Franz Waxman), voici un film qui montre la guerre d’Algérie avec une acuité et une profondeur rares. Les coïncidences qui facilitent la réduction du drame à quelques personnages n’empêchent pas de rendre sensible l’évolution du travail de l’armée en Algérie, de plus en plus policier, avec ce que cela comporte de salissure morale. La torture et les massacres de civils sont clairement évoqués et engendrent la victoire en même temps que la discorde dans le régiment et la démission du héros, non exempt d’une certaine faiblesse quoique joué par Alain Delon.

Objectif 500 millions (Pierre Schoendoerffer, 1966)

Avec un autre militaire qui l’a trahi, un ancien de l’OAS participe à un casse pour dérober 500 millions de francs à bord d’un avion.

J’ai rarement vu un polar aussi morne et sinistre. Non seulement le héros est très antipathique mais rien n’est fait pour dramatiser son cas de « soldat perdu ». La photo est incroyablement grisâtre et le récit, languissant, comprend bien plus de parlotte que d’action.

Un nommé La Rocca (Jean Becker, 1961)

Un jeune homme s’impose dans le milieu pour aider un ami injustement accusé de meurtre.

De ponctuelles audaces stylistiques qui préfigurent Sergio Leone (gros plans de visage face caméra, légère dilatation temporelle, Belmondo qui court comme Tuco avec l’arrière-plan-flouté…) et l’intéressante évocation du déminage par les condamnés de droit commun n’empêchent pas l’ennui de s’installer tant le récit est incohérent et les personnages mal caractérisés dans leurs motivations. On imagine bien que les auteurs -José Giovanni a adapté un de ses romans- voulaient raconter une histoire d’amitié déçue. Elle est malheureusement trop mal étayée pour qu’on s’y intéresse une seule seconde.

Par un beau matin d’été (Jacques Deray, 1965)

Une petite frappe de la côte d’Azur qui vivote en montant des arnaques avec sa soeur voit un ancien co-détenu lui proposer le kidnapping de la fille d’un riche Américain pendant ses vacances en Andalousie.

Un relatif manque de concision dans le dessein d’ensemble et quelques lignes de dialogues argotiques qui sonnent faux n’empêchent pas cette adaptation de James Hardley Chase d’être brillamment menée. L’utilisation du Cinémascope est aussi élégante que chez Otto Preminger ou Anthony Mann et la distribution est impeccable avec à sa tête un Jean-Paul Belmondo stupéfiant de vitalité, mélange surprenant mais cohérent de sympathie et d’antipathie. Sans le diaboliser, le film n’excuse ni ne rachète son personnage qui « a un mauvais fond » comme le lui dit son comparse. Pour transformer le bon film en grand film, sans doute aurait-il fallu un réalisateur qui soit aussi un auteur car alors, certaines axes originaux du script -notamment les relents incestueux entre les deux personnages principaux- auraient peut-être été exploités avec plus de suite dans les idées. Ici, plus que jamais, Jacques Deray mérite sa réputation de « bon artisan ».

Tendre voyou (Jean Becker, 1966)

Les aventures d’une grande gueule qui séduit les femmes.

L’incorrigible sans sa nécessaire deuxième partie. Un film réduit aux gesticulations et aux cris de Belmondo. Parce que les auteurs ne se donnent pas la peine d’y faire croire, notamment parce qu’ils conduisent leurs scènes sur un rythme uniformément hystérique, le spectateur ne croit pas une seule seconde à toutes ces femmes folles de ce personnage pas très beau, braillard et loser (les tentatives de burlesque, piteuses, ruinent toute cohérence narrative). C’est tellement invertébré qu’on se demande si ce n’est pas un coup de producteurs opportunistes ayant voulu régurgiter ce qu’ils croyaient avoir compris de la Nouvelle Vague: faire des films sans se fouler. Mais, à l’opposé de la liberté et de la fraîcheur des meilleurs films de Godard et Truffaut, Tendre voyou est un film aussi mal écrit que rance: tout à fait dénué de surprise ou d’invention, il se contente d’ânonner de vieilles recettes boulevardières avec un extraordinaire cynisme. Cela dure 1h30, ça semble en durer 3 tant ça n’a rigoureusement aucun intérêt dramatique, comique ou plastique.

Le Narcisse jaune intrigue Scotland Yard (Ákos Ráthonyi, 1961)

Un policier hong-kongais aide Scotland Yard à enquêter sur des meurtres de prostituées.

Une habileté de faiseur, un certain sens de la narration visuelle, se trouve employé au service d’une intrigue qui paraît vaine tant elle est gratuitement emberlificotée et tant les personnages sont inexistants.

L’invasion secrète (Roger Corman, 1964)

En 1943, un commando formé par des criminels est chargé de délivrer un général enfermé dans une imprenable forteresse yougoslave….

Cela préfigure Les douze salopards, sorti trois ans plus tard. Moins nihiliste que le film d’Aldrich, L’invasion secrète ne s’appuie guère sur la crapulerie de ses personnages mais préfère développer un classique film de commando avec brio et efficacité: un insert mélo inattendu mais assez cohérent, une belle appréhension des décors naturels de Dubrovnik, des situations de l’action variées entre montagnes, souterrains, cimetières et prison ainsi qu’une fin dont l’ingéniosité sous-tend un vrai propos politique en sont les principales qualités.

A l’aube du 5ème jour (Giuliano Montaldo, 1969)

Début mai 1945 en Hollande, deux déserteurs de l’armée allemande sont capturés par les Canadiens…

Les sabots de plomb nuisent à cette retranscription d’un aspect méconnu de la deuxième guerre mondiale: les déserteurs fusillés par leurs compatriotes prisonniers. Le jeu de Franco Nero, caricatural et plein de hurlements injustifiés, est à l’image d’un film où la dramaturgie est beaucoup plus spasmodique que dialectique. Comme souvent, la musique de Morricone est supérieure à l’oeuvre pour laquelle elle fut commandée.