L’homme aux cent visages (Dino Risi, 1960)

Un acteur raté fait fortune en utilisant ses talents pour escroquer.

Quoique ce grand shakespearien ne soit pas très crédible lorsqu’il fait semblant de mal jouer Hamlet, Vittorio Gassman est l’atout maître de cette comédie qui a des allures de film à sketchs. L’inventivité renouvelée des épisodes (l’ampleur graduelle des escroqueries va de pair avec celle des quiproquos), le réalisme du cadre et le maintien d’une certaine logique dans le comportement des personnages -aussi comiques soient-ils- maintiennent croissant l’intérêt du spectateur même si le récit demeure superficiel. Très plaisant.

Bandits à Orgosolo (Vittorio de Seta , 1961)

En Sardaigne, un berger injustement impliqué dans un vol s’enfuit avec son frère et ses moutons dans les montagnes…

L’oeil documentaire de Vittorio de Seta restitue bien l’âpre beauté de la Sardaigne profonde et n’empêche pas l’instauration via le montage d’une certaine tension dramatique qui, couplée à l’enracinement d’une intrigue quasi-mythologique, contribue à auréoler ce film néo-réaliste d’une belle dimension westernienne. Les différents gestes menant tragiquement le berger au banditisme sont restitués avec justesse mais son itinéraire singulier est assez décorrélé des dures conditions de vie des autres éleveurs sardes: le contexte de crise économique évoqué reste flou. Cela limite la portée d’une oeuvre qui n’en demeure pas moins joliment réussie.

Le plus vieux métier du monde (Claude Autant-Lara, Mauro Bolognini, Philippe de Broca, Franco Indovina, Michael Pfleghar et Jean-Luc Godard, 1967)

A la Préhistoire, dans l’Antiquité romaine, pendant la Révolution française, à la Belle époque, de nos jours et dans le futur, l’histoire de la prostitution vue à travers six sketches.

Ça va du très nul (la Préhistoire selon Franco Indovina) jusqu’au pas mal (la Révolution française par de Broca ou la Belle-époque par Michael Pfleghar) en passant par le bellement improbable (l’anticipation de Jean-Luc Godard dans la droite lignée de Alphaville).

A cold wind in August (Alexander Singer, 1961)

Une strip-teaseuse tombe amoureuse d’un adolescent venu réparer son climatiseur.

En tant que film d’exploitation, A cold wind in August a le mérite de traiter franchement son sujet, à savoir le désir d’une femme pour un homme plus jeune qu’elle. Aussi racoleurs soient-ils, les divers gros plans sur ses courbes avantageuses (ou sur son escarpin marchant sur la main de son futur amant) sont justifiés par la psychologie d’un personnage alors entrain de déployer ses moyens de séduction. Si Scott Marlowe est un acteur limité, la récemment décédée Lola Albright se montre aussi sexy que vulnérable. En effet, le vernis érotisant n’empêche pas que le regard sur la condition sentimentale et sexuelle d’une trentenaire esseulée soit étonnamment affûté. Voir l’amertume qui émane de la fin tranchante. La vérité humaine du film se manifeste également dans la surprenante tendresse des relations entre le jeune homme et son père mexicain. A cold wind in August s’avère ainsi une sorte de Un été 42 plus cheap et plus franc donc plus cruel.

Les rôdeurs de la plaine (Flaming star, Don Siegel, 1960)

Une famille où la mère est indienne et le père est blanc est tiraillée au moment où une nouvelle guerre avec les Indiens est imminente.

Ce film avec Elvis ne ressemble pas à un film avec Elvis. D’abord, il n’y chante que dans le générique et dans la scène de fête familiale qui ouvre le film. Ensuite, l’oeuvre est d’un jusqu’au-boutisme pessimiste qui, même considéré dans le cadre général de la production hollywoodienne de l’époque, étonne. Don Siegel met en scène le drame de ce métis victime du rejet des différentes communautés avec la franche dureté qui lui est propre. Son découpage est sec, utilisant bien le Cinémascope, et les scènes d’action sont parsemées de notations très violentes comme lorsque le personnage de Presley cogne la tête d’un cow-boy qui a mal parlé à sa mère. Sans être un comédien exceptionnel et en dépit d’un brushing toujours impeccable (seule concession à son image), la star ne peine pas à être crédible dans le rôle de ce jeune homme ombrageux et très proche de sa maman. Quelques articulations de scénario un peu faciles n’empêchent pas Les rôdeurs de la plaine de s’avérer un très bon western, rappelant fortement lors de ses premières séquences La Prisonnière du désert sans avoir à rougir de la comparaison.

1 homme de trop (Costa-Gavras, 1967)

Dans les Cévennes, des maquisards délivrent douze prisonniers mais un intrus s’est glissé parmi eux.

1 homme de trop n’est pas un film « sur la Résistance » mais est un film où la Résistance sert de cadre à l’exploitation de recettes d’écriture conventionnelles (le suspense autour de la botte allemande…) et de procédés spectaculaires (le film est une succession de coups de mains) qui nuisent à la crédibilité et à la justesse des situations représentées. De plus, les ambitions « westerniennes » de Costa-Gavras ne sont pas vraiment concrétisées faute de rigueur dans le découpage (l’introduction est d’une lamentable confusion). Les mouvements d’appareil abondent et ne sont pas toujours justifiés mais engendrent parfois des effets intéressants: ainsi du rapide éloignement de la caméra lorsque le camion poursuivi sort de la route de montagne qui étonne tout en précisant la topographie. Bref, 1 homme de trop est une superproduction qui se laisse regarder, notamment parce que son rythme est haletant, mais qui ne joue pas dans la même catégorie que L’armée des ombres.