Le Narcisse jaune intrigue Scotland Yard (Ákos Ráthonyi, 1961)

Un policier hong-kongais aide Scotland Yard à enquêter sur des meurtres de prostituées.

Une habileté de faiseur, un certain sens de la narration visuelle, se trouve employé au service d’une intrigue qui paraît vaine tant elle est gratuitement emberlificotée et tant les personnages sont inexistants.

L’invasion secrète (Roger Corman, 1964)

En 1943, un commando formé par des criminels est chargé de délivrer un général enfermé dans une imprenable forteresse yougoslave….

Cela préfigure Les douze salopards, sorti trois ans plus tard. Moins nihiliste que le film d’Aldrich, L’invasion secrète ne s’appuie guère sur la crapulerie de ses personnages mais préfère développer un classique film de commando avec brio et efficacité: un insert mélo inattendu mais assez cohérent, une belle appréhension des décors naturels de Dubrovnik, des situations de l’action variées entre montagnes, souterrains, cimetières et prison ainsi qu’une fin dont l’ingéniosité sous-tend un vrai propos politique en sont les principales qualités.

A l’aube du 5ème jour (Giuliano Montaldo, 1969)

Début mai 1945 en Hollande, deux déserteurs de l’armée allemande sont capturés par les Canadiens…

Les sabots de plomb nuisent à cette retranscription d’un aspect méconnu de la deuxième guerre mondiale: les déserteurs fusillés par leurs compatriotes prisonniers. Le jeu de Franco Nero, caricatural et plein de hurlements injustifiés, est à l’image d’un film où la dramaturgie est beaucoup plus spasmodique que dialectique. Comme souvent, la musique de Morricone est supérieure à l’oeuvre pour laquelle elle fut commandée.

L’île des braves (None but the brave, Frank Sinatra, 1965)

Un avion plein de Marines s’échoue sur une île sans intérêt stratégique avec une garnison de Japonais sur le point de s’en aller. Entre escarmouches et trêves, entre devoir militaire et bon sens, les deux troupes vont cohabiter.

La seule réalisation de Frank Sinatra est un film de guerre très original dans la mesure où, avant Le sable était rouge et le diptyque de Clint Eastwood, Japonais et Américains sont filmés à égalité, les premiers parlant leur langue. De plus, il est étonnant de voir que Sinatra, alors qu’il réalise et produit, ne se met pas en avant par rapport au reste de la distribution. Ceci étant, si les ambitions sont belles, leur concrétisation n’est pas tout à fait effective: la mise en scène est correcte mais loin du génie de Walsh ou Fuller et les situations ne sont pas exemptes d’un didactisme un peu artificiel, facilité par l’isolement des personnages, destiné à démontrer l’absurdité de la guerre. Il y a quand même quelques jolies idées qui font mouche, telle celle du choix du narrateur de la voix-off. Bref, L’île des braves est l’exemple typique du film « intéressant ».

The Virginian: It tolls for thee (Samuel Fuller, 1962)

Le Virginien tente de délivrer son patron enlevé par un bandit.

Difficile de retrouver la patte de Samuel Fuller dans ce western télévisuel pas même correctement construit: avec les deuxième gang qui veut se venger, Fuller a ajouté une intrigue secondaire qui parasite inutilement l’intrigue principale. Quelques dialogues sur-signifiants et artificiels sur la violence entre le gentil et le méchant, joué par Lee Marvin, semblent ce que la commande contient de plus personnel. Reste le charme du genre dans sa simplicité élémentaire.

Fearless Frank (Philip Kaufman, 1967)

Après avoir été tué par des gangsters, un jeune homme de la campagne parti à la ville est ressuscité par un savant pour combattre le Mal.

La parodie, faible en inventions et reposant essentiellement sur les outrances caricaturales du découpage et les costumes ridicules, fait très vite long feu. Le moule hollywoodien a fait du bien à Philip Kaufman dont l’iconoclasme, très influencé par les nouvelles vagues européennes, s’avère vain et stérile s’il n’est soumis à aucune contrainte.

Le monte-charge (Marcel Bluwal, 1961)

Le soir de Noël à Courbevoie, un homme rencontre une mère seule avec sa fille dans un restaurant et la raccompagne chez elle mais voit son entreprise de séduction contrariée par le cadavre du mari suicidé dans le salon.

Il est étonnant d’apprendre que le film est adapté d’un roman de Frédéric Dard tant les dialogues sont sobres et tant le noeud de l’intrigue, s’appuyant sur la mémoire visuelle et la sensation spatiale du spectateur, semble purement cinématographique. Le monte-charge est un exercice de style peut-être limité en terme de signification mais véritablement brillant et prenant. A une époque où émergeaient une bande de réalisateurs qui clamaient bruyamment leur admiration d’Alfred Hitchcock, le modeste Marcel Bluwal s’avère sans doute le plus convaincant de ses héritiers français avec sa maîtrise de la mise en scène acquise à la dure école de la RTF. La sécheresse coupante de son découpage, intelligemment inventif, n’a d’égale que la présence inquiétante qu’il sait insuffler à ses décors: l’imprimerie de Courbevoie, le pont d’Asnière, les cafés de la banlieue, le monte-charge éponyme. La truculente présence de Maurice Biraud équilibre la gravité un brin pesante du couple Robert Hossein/Léa Massari.

Qui était donc cette dame? (George Sidney, 1960)

Surpris entrain d’embrasser une étudiante, un professeur de chimie, conseillé par un ami noceur, fait croire à son épouse en colère qu’il est un agent du FBI sous couverture.

L’idée de départ est amusante et le duo formé par Tony Curtis et Dean Martin sympathique mais la comédie, restée très théâtrale dans son écriture, patine à partir du moment où le véritable agent du FBI entre en scène, c’est-à-dire assez rapidement.

Rififi à Tokyo (Jacques Deray, 1963)

A Tokyo, un vieux gangster français réunit une bande pour dérober un énorme diamant.

Le flou délibéré de la narration, entretenu aussi bien par l’écriture que par le montage, agace mais Tokyo, miteuse et moderne, est bien restituée et l’intrigue de convention s’en trouve ancrée dans une réalité certaine.

 

Symphonie pour un massacre (Jacques Deray, 1963)

Après avoir doublé ses quatre complices, un trafiquant de drogue se retrouve obligé de les tuer.

Quelques facilités pour boucler l’intrigue mais une réalisation alerte et une distribution impeccable en tête de laquelle un Jean Rochefort étonnant de froide dureté. Pas mal.

 

Youngblood Hawke (Delmer Daves, 1964)

Un jeune aspirant écrivain du Kentucky voit son manuscrit accepté par un éditeur new-yorkais et est intégré à la société mondaine par deux femmes…

Le versant satirique manque de mordant et les inflexions mélodramatiques de la fin paraissent forcées. Malgré un découpage qui a gardé une appréciable ampleur, c’est très inférieur aux mélos précédénts de Delmer Daves.

Au bout de la nuit (Something wild, Jack Garfein, 1961)

A New-York, une étudiante traumatisée par un viol quitte le domicile familial et trouve un emploi de vendeuse…

Ce film indépendant new-yorkais réalisé par un disciple de Elia Kazan s’avère une bonne surprise. Plus qu’à l’oeuvre de l’auteur de Un tramway nommé désir, il semble apparenté aux films du Kammerspiel. En effet, comme Murnau dans Le dernier des hommes ou Lupu Pick dans La nuit de la Saint-Sylvestre, le metteur en scène parvient à évoquer la décadence de toute une civilisation urbaine à travers un nombre réduit de personnages et des décors restreints. Si ces décors sont réalistes, le noir et blanc buriné de Shüfftan ajoute une touche de poésie. De plus, le film s’avère très souvent muet puisqu’il se focalise sur une jeune fille traumatisée et perçue comme sauvage par ses semblables. Pour autant, Something wild ne souffre ni du schématisme ni de la creuse abstraction des films du Kammerspiel ayant le plus mal vieilli. En effet, la parole n’y semble jamais manquante et l’attention aux détails concrets accentuée par la netteté de la photographie panchromatique insuffle un effet de réel qui faisait défaut à, disons, La nuit de la Saint-Sylvestre. La complexe relation entre le garagiste et la jeune fille raconte finalement un retour à l’espoir, un retour à la vie. En fait, le principal défaut de Something wild est son rythme, excessivement lent dans sa deuxième partie, chez le garagiste.

Le cocu magnifique (Antonio Pietrangeli, 1964)

Trompant son épouse, un bourgeois italien s’imagine que celle-ci le trompe également.

Un récit qui s’enlise dans des situations répétitives, l’abus de séquences fantasmatiques et une voix-off qui peine à donner le change font de Un cocu magnifique une comédie italienne des plus ennuyeuses. Pas grand-chose à se mettre sous la dent à part un pseudo strip-tease de Claudia Cardinale.

The intruder (Roger Corman, 1962)

Au moment de l’abolition des lois Jim Crow, un membre du Ku Klux Klan vient faire de l’agitation dans une ville du sud des Etats-Unis.

L’efficacité de la narration sert un propos politique d’une étonnante acuité: plus qu’une dénonciation de la bêtise sudiste, c’est tout le mécanisme de la haine raciale et de son exploitation politique qui est démonté en moins d’une heure et demi. A lui seul, le montage de la séquence où les Noirs rentrent au lycée rend sensible la transformation d’affects négatifs en programme fasciste. Avec son beau costume blanc et ses manières fébriles, William Shatner incarne bien les prestiges frelatés du démagogue. A en lire la biographie de Ian Kershaw, Hitler n’était que ça: un raté qui savait parler. A la façon des meilleures séries B, la rudesse de certaines articulations de scénario est compensée par la rapidité du rythme et la force dramatique du découpage. Grand film.

La belle vie (Robert Enrico, 1963)

De retour de son service militaire en Algérie, un jeune Parisien se marie…

Existe t-il un cinéaste ayant mieux concrétisé le mantra de François Truffaut qui prétendait « faire son nouveau film contre son film précédent » que Robert Enrico lorsqu’il enchaîna son premier et son deuxième long-métrage, à savoir La belle vie et Les grandes gueules? La belle vie est en effet aux antipodes du cinéma populaire et viril auquel on associe habituellement Enrico. Avec son absence d’intrigue forte, ses acteurs jeunes et inconnus, son filmage dans les rues de Paris, son goût puéril pour les artifices visuels (particulièrement d’agaçants accélérés) et son ton confidentiel, c’est clairement un film de la Nouvelle Vague.

La principale différence avec les premiers films de Truffaut, Godard, Rivette, Rohmer et Chabrol, c’est qu’il est engagé politiquement. Ainsi, régulièrement, des images d’actualité violente, notamment de la guerre d’Algérie, viennent trouer la chronique conjugale. Procédé justifié par le sujet profond de l’oeuvre qui est le rattrapage d’un jeune couple par la marche du monde. Quelques notations amères sur le quotidien du ménage confronté à la dureté économique préfigurent les films d’un Bernard Paul. Toutefois, l’oeuvre m’aurait semblé plus forte et plus courageuse si le jeune homme, au plus fort de son désoeuvrement, s’était rengagé lui-même plutôt que de se disputer conventionnellement avec les paras-recruteurs. En l’état, La belle vie a de louables ambitions mais ne rentre pas suffisamment dans le vif de son sujet.

A la Française (Robert Parrish, 1964)

A Paris, une peintre américaine rencontre un étudiant…Quelques années plus tard, elle s’est faite à la vie mondaine.

La construction inhabituelle du récit en deux segments indépendants accroît la nostalgie de cette belle histoire d’une pureté perdue (et un peu facilement retrouvée). Robert Parrish, grand auteur de westerns, se montre aussi à l’aise dans le quartier latin que sur les rives du Rio Grande. On retrouve ici sa finesse psychologique, matérialisée par des détails concrets, tel l’étreinte avortée dans la chambre d’hôtel glaciale, et par des dialogues parfois surexplicatifs mais d’une telle justesse qu’il est difficile de faire la fine bouche. Tous les acteurs sont très bons mais Jean Seberg est au-delà des superlatifs. Comme Madame de… à Danielle Darrieux, A la Française lui doit énormément de sa vérité émotionnelle.

La nuit des généraux (Anatole Litvak, 1967)

En Pologne puis en France occupée, enquête sur des meurtres sadiques de prostituées commis par un général allemand.

J’ai rarement vu un « whodunit » aussi prévisible mais le film, superproduction sans personnalité mais non dénué d’une intelligence minimale notamment dans le point de vue sur l’attentat du 20 Juillet, se suit quand même agréablement. Les sauts de la narration et la prestigieuse distribution y sont pour beaucoup. J’ai découvert que Omar Sharif pouvait avoir du charisme. Un effet de son uniforme bien coupé?

Tendre est la nuit (Henry King, 1962)

Un psychiatre épouse une riche patiente.

Le roman fêlé de Fitzgerald adapté par un vétéran du Hollywood classique sous contrôle de Selznick. Il y avait lieu de craindre que la sauce ne prenne pas. Et de fait, l’académisme de la forme, séduisant de par son opulence mais un brin languissant, peine à se coltiner les tourments intimes des personnages qui sont le sujet profond de l’oeuvre. Le film est essentiellement une suite d’images où deux personnages parlent au milieu de décors somptueux. Le Cinémascope évite à Henry King, plus routinier que jamais, de varier les plans. Pourtant, aussi patent que soient les défauts du film, il est difficile de le disqualifier complètement. En effet, le livre de Fitzgerald n’est pas trahi, la justesse du ton est maintenue et le drame, subtil, finit par émouvoir grâce à une dernière séquence particulièrement belle.

Guerre et paix (Sergueï Bondartchouk, 1967)

Entre 1805 et 1812, plusieurs familles de l’aristocratie russe sont affectées par la guerre avec Napoléon.

Certes, même si le film dure finalement plus de sept heures, adapter le pavé de Tolstoï impliquait de sabrer pas mal de personnages et d’évènements, ainsi que les réflexions les plus profondes de l’écrivain sur l’Histoire, la stratégie militaire et la philosophie. En revanche, la nature de la réécriture interroge, qui ravale l’itinéraire spirituel des deux héros au rang de propagande lénifiante comme du Malick; Boudartchouk prise lui aussi faire s’envoler la caméra sur des feuillages sur fond de voix-off pompière. Le formalisme abusif (caméra voltigeuse, cadres de traviole, surimpressions, split-screen, jeu artificiel de certains comédiens…) détache le spectateur des enjeux dramatiques qui sont, parfois, à peine intelligibles. Ce style alambiqué est l’antithèse du style de Tolstoï, objectif et réaliste. Les raisons de la défaite des coalisés à Austerlitz ne sont pas rendues sensibles alors que c’était très clair dans le roman.

Cependant, ce film le plus cher de l’histoire du cinéma soviétique (et, selon certaines estimations, de l’histoire du cinéma tout court) s’avère absolument époustouflant dans une poignée de morceaux de bravoure où la virtuosité du réalisateur, alliée à la somptueuse musique de Ovchinikov, fait merveille: bataille de Borodino et incendie de Moscou en premier lieu. Face à ces sommets de cinéma épique et violent, les séquences analogues du contemporain Docteur Jivago font bien pâle figure.

Bye bye Birdie (George Sidney, 1963)

Un chanteur pour adolescentes partant pour l’armée, la secrétaire d’un songwriter new-yorkais suggère à Ed Sullivan d’organiser une émission de télévision dans une petite ville de l’Ohio où la star embrasserait une lycéenne choisie au hasard.

Ça satirise tous azimuts: un sujet à la Embrasse moi, idiot, mâtiné d’éléments sur la Guerre froide qui rappellent La brune brûlante; le tout traité sous forme de comédie musicale pour ados. Ce n’est pas aussi brillamment écrit que le chef d’oeuvre de Billy Wilder, il y a quelques baisses de rythme notamment parce que les numéros musicaux sont inégaux, mais c’est quand même souvent drôle. Comme dans le chef d’oeuvre de George Sidney, Kiss me Kate, le caractère polyphonique du récit séduit.

Les inventions formelles (plans à la grue, split-screen, stylisation des couleurs…) foisonnent au service du mouvement, les acteurs ne brillant plus par leurs talents dansants comme ils pouvaient briller du temps de l’âge d’or du genre dix ans auparavant. La musique, elle, par contre est brillante: le rock&roll est pastiché avec une verve qui a bien plus qu’inspiré les futurs auteurs de Grease.

Ce pourquoi Bye bye Birdie ne figure pas parmi les chefs d’oeuvre de Sidney -outre les quelques relâchements du rythme- c’est sa complaisance dans le mauvais goût qui dénote une attitude trop purement ricanante vis-à-vis de son sujet; attitude qui l’empêche de s’élever vraiment au-delà des jouissances de la satire, particulièrement dans tout ce qui a trait aux adolescents. Il n’en reste pas moins un film virtuose et très divertissant.