Liberty heights (Barry Levinson, 1999)

Lorsqu’ils prennent pour cadre Baltimore, la ville natale de leur auteur, les films de Barry Levinson valent généralement plus qu’un coup d’oeil. Diner, excellente chronique adolescente et Tin men comédie douce-amère avec un formidable duo Danny De Vito/Richard Dreyfuss vérifiaient déja cet adage. Il y a d’ailleurs une continuité entre Diner,  son premier film, et Liberty heights, qui se focalise sur une famille juive. Les deux se déroulent à la même époque: les années 50, les années de la jeunesse de Barry Levinson. Dans les deux, le réalisateur reconstitue avec gourmandise la culture populaire dans laquelle il a baigné: l’amour des belles bagnoles, des disques, du rock&roll est palpable.
Ici, la photographie automnale de Christopher Doyle et la musique d’Andrea Morricone (fils de…) participent aussi au caractère nostalgique de l’oeuvre. Pourtant, derrière cette patine, une vérité, plus complexe, affleure. Levinson, à travers la voix de son narrateur, regrette sa jeunesse mais n’élude ni l’envers des clichés (les compromissions morales pour se payer les superbes Cadillac par exemple) ni les tares de l’époque représentée. C’est cette nostalgie lucide qui fait le sel de son oeuvre. Ainsi, les deux adolescents de Liberty heights sont-ils confrontés à des problèmes de deux ordres: intime et social. Comme dans toutes les chroniques adolescentes, les troubles sentimentaux et les conflits générationnels tiennent une place importante. Ils sont ici traités avec finesse et humour. Ainsi de cette inénarrable séquence qui voit les parents choqués par leur cadet déguisé en Hitler pour Halloween. « They don’t have any sense of history ! » se lamente le père qui ne goûte guère la plaisanterie. La guerre n’est pas finie depuis dix ans. Comme chez Lubitsch, comme chez Chaplin expressément cité, humour et gravité procèdent d’un même mouvement. C’est avec la même élégance qu’est traitée le communautarisme sectaire qui pourrissait la société américaine d’alors. Le rire s’étrangle souvent lorsque le spectateur réalise que des personnages prennent au sérieux ce que le comique de la mise en scène avait rendu absurde (le racisme par exemple).
Liberty heights est donc un très beau film, honteusement boudé à sa sortie en France.

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