Gardiens de l’ordre (Nicolas Boukhrief, 2010)

En marge de leur hiérarchie, deux jeunes flics accusés de bavure infiltrent un réseau de trafic de drogue pour prouver leur innocence.

Nicolas Boukhrief est de loin le plus intéressant des réalisateurs contemporains de polar. Certes, tourner de meilleurs films que ceux d’Olivier Marchal ne fait pas automatiquement de vous un génie du cinéma mais l’ancien rédacteur de Starfix a au moins un chef d’oeuvre à son actif: Le convoyeur qui en 1h30 se montrait plus percutant dans sa représentation de la déliquescence des rapports sociaux en banlieue que l’intégrale de Bertrand Tavernier.

Ce Gardiens de l’ordre est un niveau en dessous du coup de maître de son réalisateur. Sa principale limite est que c’est une oeuvre de pure convention. On n’y retrouve pas les vertus de cristallisation sociale du Convoyeur. Le ton naturaliste du début laisse rapidement la place à un exercice de style dans lequel l’auteur se soucie peu de nuance, de réalisme voire de crédibilité. La vision ultra-pessimiste des rapports entre politique et police est trop caricaturale pour chercher à convaincre. Ce n’est qu’une facilité narrative. Les méchants sont des clichés sur pattes tout droit sortis d’Hollywood Night. A force de rechercher le spectaculaire, la fin verse dans le grand-guignol. D’une manière générale, le film semble manquer de finitions. Les détails du scénario notamment auraient peut-être gagnés à être plus travaillés. Les coutures sont parfois apparentes.

Pourtant, Gardiens de l’ordre reste un polar tout ce qu’il y a de plus prenant. C’est grâce au talent de Boukhrief pour la mise en scène. On retrouve cette ambiance oppressante tissée grâce à un travail unique sur les textures sonores. On retrouve les ruptures de ton savamment ménagées qui font instantanément basculer le récit tout en insufflant une ampleur tragique aux séquences. On retrouve l’efficacité dans la caractérisation des personnages. Quelques notations suffisent à l’auteur. Il ne s’appesantit jamais. L’histoire d’amour en creux de cette descente aux enfers est d’ailleurs ce qu’il y a de plus beau dans le film.

Bref, après l’intéressant mais anémié Cortex, Gardiens de l’ordre, s’il ne témoigne d’aucun renouvellement d’inspiration, nous permet de retrouver un des meilleurs stylistes du cinéma français en pleine possession de ses moyens.

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7 commentaires sur “Gardiens de l’ordre (Nicolas Boukhrief, 2010)

  1. Je sors du cinoche à l’instant et je suis globalement d’accord avec toi, ce film est vraiment très bon….Ok les méchants sont taillés à la serpe, n’empêche que la prestation de Julien Boisselier est tellement bonne qu’il fait oublier ce côté un peu clicheton, il a un charisme qui bouffe l’ecran comme on dit dans les milieux autorisés.
    Juste pour info, il n’est déjà plus que dans une salle à peine un mois après sa sortie (celle des films mal aimés, le desormais mythique UGC Orient express avec le bruit du métro en arrière fond sonore !)(c’est là ou je vais voir les Appatow prod en général..) ça craint un max si tu veux mon avis.

  2. oui, l’échec public de Boukhrief ne présage rien de bon quant à l’avenir d’un cinéma de genre de qualité en France.

  3. bonjour Christophe, je viens de voir Le convoyeur et j’acquiesce pleinement: voilà sans aucun doute le meilleur polar français des années 2000 – osons, le meilleur polar hexagonal tout court avec Du rififi chez les hommes et Touchez pas au grisbi. Ce qu’il y a d’extraordinaire c’est qu’on y trouve une concision, une fluidité et une efficacité dignes des petits maîtres américains (le choix de commencer et terminer par une séquence d’action très forte m’a de suite fait penser à Siegel, de même que la sécheresse des scènes de violence) tout en appréciant les zones opaques que les auteurs maintiennent tout du long, créant un climat lourd et sibyllin qui prend littéralement à la gorge. L’interprétation est exemplaire, de Dupontel dont j’avais jusque-là une impression d’acteur-cinéaste saltimbanque irritante (le stérile Bernie) mais en fin de compte réductrice, à Dujardin qui campe de loin son meilleur rôle en andouille complaisante en passant par Berléand, magistral de beaufitude. À me lire on croirait avoir affaire à des caricatures et c’est pourtant un écueil que Boukhrief parvient de justesse à éviter, comme pour le reste d’ailleurs. Et puis tout simplement quel plaisir de voir un film de ce genre dont le ton n’est ni celui du polar auteurisant (traduisez par chiant) à la Melville ou plus récemment Refn, ni celui de la « tarantinade » bêtement cynique qu’on a tant subie depuis le soporifique Pulp Fiction !

    • d’accord également pour votre pique sur Tatave, sauf son respect en tant que critique… ce qui me rappelle un passage de l’interview du grand Pialat par Libé, dans lequel il cite un certain Toscan: « Si c’est pour faire des films comme Tavernier, ça vaut pas le coup ».

      • par contre je dois vous avouer avoir détesté La trahison, autre polar (enfin, ça se discute) français vanté en vos terres. Monocorde, fastidieux, embrouillé et gris comme un jour de pluie à Brioude… un véritable pensum dont les 80 minutes semblent en durer 800 ! Je suis tout de même curieux de voir Fatima du même réalisateur ainsi que son premier film dont vous venez de rédiger la notule.

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