Sans rien savoir d’elle (Luigi Comencini, 1969)

Un agent d’assurances tombe amoureux de la fille d’une cliente mystérieusement décédée qui avait souscris une assurance-vie.

L’intérêt principal de ce film méconnu qui ne gagne pas à être connu est la bifurcation narrative qui transforme l’enquête vaguement policière en film d’amour vaguement mélancolique. Malheureusement Comencini s’est ici soumis aux tics les plus déplaisants de l’époque et le déroulement des images est aussi confus que laid. Enfin, ni l’actrice mono-expressive ni la musique d’un Morricone plus stakhanoviste que jamais n’aident à donner du corps à une romance fois capillotractée et conventionnelle (le prévisible accident final).

Before midnight (Richard Linklater, 2013)

Neuf ans après s’être retrouvés à Paris, Jesse et Céline achèvent leurs vacances en Crète.

C’est artificiellement que, après Before sunrise et Before sunset, Linklater, Hawke et Delpy relancent la machine. En effet, les dialogues sont plus théoriques que jamais (et sonnent particulièrement faux lorsqu’ils sont dits par des personnages secondaires) et l’idée pour, dans la dernière partie du film, amener un semblant de dramaturgie à cette histoire sans histoires, cette idée a tout du coup de force scénaristique tant elle est mal étayée par l’écriture.

Love is a racket (William Wellman, 1932)

Amoureux d’une aspirante actrice, un chroniqueur mondain se retrouve opposé à un caïd…

Film de Wellman du début des années 30 emblématique de par sa vivacité, sa concision, sa liberté de ton et ses changements de registre. Les acteurs -Douglas Fairbanks Jr, Ann Dvorak et Frances Dee- sont excellents. Il y a le plaisir insolite de voir, dans ce film américain si typique, André Luguet. La fin, élégante mais désenchantée, étonne. Tout ça pour dire que Love is a racket s’avère un des quatre très bons films réalisés par William Wellman en 1932 (sur six).

Frontière en flammes (Welcome to Hard Times, Burt Kennedy, 1967)

Un minuscule village est terrorisé et incendié par un mineur violent. 

Un western étrange qui aurait pu être franchement intéressant si son écriture et sa mise en scène avaient été plus rigoureuses. La lâcheté de son (anti)héros joué par Henry Fonda et son dénouement amèrement dialectique auraient pu en faire une fable pacifiste originale et puissante. Malheureusement, son ressort dramatique manque de crédibilité (les villageois ont plein d’occasions de neutraliser l’unique méchant) et, entre son début et sa fin, le récit est comme constitué d’une énorme digression, grotesque et sans tension, que la laideur du découpage (à part quelques plans larges) et la nullité de la musique n’arrangent pas. Etonnante défaillance d’écriture, venant du scénariste des chefs-d’oeuvre de Budd Boetticher.

Mitchourine (Alexandre Dovjenko, 1949)

Biographie d’un botaniste russe selon qui l’Homme pouvait influer sur la sélection naturelle.

Parangon achevé de jdanovisme, Mitchourine est un film de propagande d’une rare débilité. Non content d’être au service d’une des théories les plus accablantes pour la mémoire soviétique (le lyssenkisme), il est parsemé de déclarations aussi grandiloquentes qu’hors-sujet à la gloire de Staline et de Lénine et de scènes de triomphes répétitives que la pompe de Chostakovitch rend encore plus assommantes. Bien dans les canons du « réalisme socialiste », son récit est dénué de surprises ou de nuances, d’une platitude programmatique absolue. L’interprétation, uniforme, est au diapason. Seul éclat poétique: la mort de l’épouse où on retrouve un peu du lyrisme, intime et cosmique, de Dovjenko. Pour le reste, l’auteur de La Terre, que les autorités forcèrent à revoir sa copie, concocte d’éclatants chromos des arbres, des champs et des fleurs, grâce à la couleur qu’il utilise pour la première fois.

La racoleuse (Pickup, Hugo Haas, 1951)

Un aiguilleur du rail, veuf, épouse une belle jeune femme cynique.

Ce schéma classique du film noir -on songe au Facteur sonne toujours deux fois– est bien traité grâce à un scénario centré sur l’humain, au réalisme des décors, à l’interprétation expressive de Hugo Haas dans le rôle principal et à la beauté Beverly Michaels (qui ressemblait vraiment beaucoup à Marilyn Monroe). Dénuée d’éclat particulier, la mise en scène tient bien le tout, tout qui se conclut de façon exagérément morale mais a le mérite de durer moins de 80 minutes.

L’increvable (Jean Boyer, 1959)

Un employé de café souscrit une assurance-vie au bénéfice de sa patronne. Des clients proposent alors au patron de le tuer mais la chance lui fait échapper à tous les complots.

Comédie noire assez poussive en ce qui concerne le rythme et l’invention (ce n’est pas du Norbert Carbonnaux) mais le face-à-face Darry Cowl/Michel Galabru, soutenu par Francis Blanche et Lucien Raimbourg, est amusant. Goscinny et Tchernia se sont peut-être souvenus de L’increvable pour Le viager.

Les noces de Toprin (Toth Endre, 1939)

Un officier autrichien infiltré chez un général russe en tant que jardinier a une liaison avec la maîtresse de maison.

Ce premier film d’André de Toth, réalisé en Hongrie, oscille entre comédie à la Lubitsch et film d’espionnage avant de se terminer sur une note pudiquement triste. La mise en scène, avec sa caméra mobile et son sens de la suggestion, est déjà élégante et maitrisée.

Mon grand (So big, William Wellman, 1932)

A la fin du XIXème siècle, une jeune femme quitte Chicago pour devenir institutrice à la campagne. Là, elle élèvera seule son fils…

L’origine littéraire (Edna Farber) alourdit quelques dialogues mais le génie de la mise en scène, la science visuelle de Wellman, donnent beaucoup de vérité et de force, non dénuée de pudeur, à des instants qui valent en eux-même plus que par rapport à un scénario aux ellipses parfois abusives. So big fait partie de ces films où une vie, de l’enfance à la vieillesse, est racontée en 80 minutes…donc ça va vite mais c’est dense et ça touche souvent juste notamment sur l’amertume d’une relation entre une mère et un fils qui ne comprend rien. Barbara Stanwyck est très bien, même sumaquillée pour se vieillir; de même que tous les autres acteurs (y compris Bette Davis jeune).