Remous (Edmond T.Gréville, 1935)

Suite à un accident de voiture, un ingénieur très récemment marié devient impuissant…

C’est avec une grande élégance que Edmond T.Gréville a traité un sujet potentiellement très scabreux. La rapidité du rythme vivifié par des travellings enlevés et des ellipses percutantes, la sobriété de la direction d’acteurs, le scénario à la rigueur toute classique et le parti pris art-déco qui accentue l’abstraction de l’ensemble sont des qualités qui donnent à ce mélodrame une allure très moderne. Le désir brimé et le réveil de la sensualité sont analysés avec une précision qui n’exclut pas le lyrisme tel qu’en témoigne la fin littéralement grandiose.

Edmond T.Gréville était un passionné de cinéma muet. En tant que tel, il a réduit les dialogues au strict minimum et a parsemé son film de trouvailles visuelles. Ces trouvailles sont d’inégale valeur -certains effets maximisent l’impact dramatique ou poétisent l’action tandis que d’autres relèvent d’un symbolisme primaire- mais assurent à Remous une vitalité formelle réjouissante et rare dans le cinéma français d’alors.

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La femme perdue (Jean Choux, 1942)

Se croyant abandonnée par le marin qui l’a mise enceinte, une femme épouse un bourgeois bienveillant qui, à la guerre, se liera avec le père de l’enfant adopté.

Et le découpage pléonastique aussi bien que la caricaturale direction d’acteurs renforcent la stupidité du script. La femme perdue est un mélo des plus épouvantables mais c’est aussi une des très rares films de l’Occupation à montrer des soldats de l’an 40.

Fantômas (Paul Fejos, 1932)

Cette version de Fantômas réalisée par l’auteur du fameux Solitude est plus proche de Feuillade que de Hunebelle. Le ton y est grave. Le style porte encore la marque du cinéma muet. La mise en scène de la première partie dans le château est particulièrement maîtrisée, passant en revue de tous les trucs du genre de maison hantée (vent qui souffle, jeu sur le hors-champ, plans de poignées de porte…) dix ans avant Tourneur et Lewton. La suggestion horrifique n’est pas aussi aboutie que chez les auteurs de La féline mais c’est tout de même impressionnant. La jolie photographie met bien en valeur la bâtisse.

Par la suite, le film dévie vers une sorte de polar assez banal mais il y a le formidable personnage de Juve (Thomy Bourdelle), une des incarnations de la loi parmi les plus humaines, les plus acharnées et les plus colériques (mais pas au sens pitrerie de Funès hein) jamais vues sur un écran. Il faut le voir jurer pour s’en rendre compte, c’est rare mine de rien au cinéma les flics gagnés par la colère qui jurent après les gangsters qu’ils poursuivent ou après leur subordonné. Ca humanise le personnage et ça singularise un peu une oeuvre au scénario attendu.