Broadwast news (James L.Brooks, 1987)

Une journaliste télé est partagée entre un reporter talentueux mais ombrageux et un présentateur conscient de ses limites professionnelles mais qui passe bien à l’écran.

Après Tendres passions, je me réconcilie avec James L.Brooks. Dans cette comédie, je retrouve la finesse surprenante de son écriture et la caractérisation morale, presque abstraite, des personnages qui élève une dramaturgie par ailleurs nourrie de mille détails réalistes (importance du contexte professionnel) mais non banals (le journaliste américain qui écoute…Francis Cabrel!). Même si la photo n’est pas la plus belle qu’ait signée Michael Ballhaus, elle est moins moche que celle du film précédent et, surtout, la composition des plans et les mouvements de caméra dénotent une recherche dynamique -plus que visuelle- qui situe les personnages dans leurs milieux (bureau ou fêtes) et évite tout à fait au film d’apparaître comme une pure et simple succession de scènes de parlottes. Les acteurs, clef de voûte d’un tel film, ont autant de présence que de subtilité. Si son manque de concision l’empêche d’être un chef d’oeuvre, son sens de la grandeur humaine place Broadwast news dans la tradition des meilleures comédies américaines.

L’an un (Roberto Rossellini, 1974)

De 1944 à 1954, la reconstruction de l’état italien vue à travers le parcours du chef de la démocratie chrétienne, De Grasperi.

Pensum qui se regarde vaguement si on s’intéresse déjà à la période mais dénué de tout intérêt cinématographique. Rossellini était alors beaucoup plus préoccupé de didactique que d’esthétique.

La machine à tuer les méchants (Roberto Rossellini, 1952)

Dans un village de la côte amalfitaine, un personnage se faisant passer pour Saint-André donne à l’appareil d’un photographe le pouvoir de tuer.

Rossellini s’essaie à la comédie. C’est poussif. Manquant de précision, ne dépassant guère l’artifice de son postulat et reposant sur des acteurs médiocres (non professionnels pour beaucoup), la satire n’a ni l’ampleur ni l’acuité de celles que réalisait Luigi Zampa à la même époque.

La loterie du bonheur (Jean Gehret, 1953)

Un épicier ambitieux se met à dos les autres commerçants du village.

Même si tout juste esquissé, le thème de l’évolution de la consommation est intéressant. Quoique conventionnel dans certains arcs, le récit choral propose un regard assez aiguisé sur la vie quotidienne des Français (notamment les rapports conjugaux). L’épicier filou et mégalo est aussi brocardé que ses adversaires, ouvriers qui mentent à leurs épouses pour aller au café. Les dialogues, parfois savoureux mais qui ne versent jamais dans le mot d’auteur, mettent en valeur le talent des comédiens, à commencer par l’excellent Raymond Bussière et Yves Deniaud dans un rôle pour une fois à la mesure de son talent: le premier. Si cette fantaisie populiste n’a pas l’ampleur réaliste des meilleurs équivalents contemporains de Le Chanois ni, a fortiori, la verve stylistique de ceux de Jacques Becker, elle demeure sympathique et plaisante tout en offrant quelques aperçus de l’époque qui sonnent d’autant plus justes qu’ils semblent là sans préméditation.

L’odeur de l’adonis (Jirô Kawate, 1935)

Au Japon, une jeune fille se prend d’une tendre passion pour sa belle-soeur.

Le sujet peut paraître audacieux aux yeux d’un Occidental mais la programmatrice de la Fondation Pathé nous a informés que la tendre amitié entre femmes était tolérée dans le Japon impérial pourvu ça restât avant le mariage. On hésite d’ailleurs ici à parler d’homosexualité tant l’amour apparaît aussi fort que chaste. Ceci est à pondérer par le fait que le cinéma muet japonais n’était pas moins pudique dans la représentation des relations hétérosexuelles.

Ni audacieux ni subversif, L’odeur de l’adonis est donc, structurellement, un mélo où une femme remplace un homme. Et des plus mièvres: il n’y a aucune opposition sociale à la relation (le mari est pour ainsi dire éludé); uniquement les forces immanentes de la maladie et de la fatalité économique qui sépare la famille en en envoyant une partie dans les nouvelles colonies chinoises (ce qui est évidemment montré sans la moindre intention critique). Quoique ce film muet soit tardif, la mise en scène apparaît, comparativement à la virtuosité des derniers muets américains sortis une demi-douzaine d’années auparavant, limitée même s’il y a de jolis plans, typiques du sens esthétique nippon jusqu’au cliché (arbres fleuris, retrouvailles aux clair de lune…).

Un faux mouvement (Carl Franklin,1992)

Le shérif d’une ville paisible de l’Arkansas se retrouve impliqué dans la chasse à un dangereux trio de trafiquants de drogue.

Un montage parfois peu clair lorsqu’il se veut parallèle et quelques ficelles d’écriture voyantes n’empêchent pas ce polar d’être une belle réussite. Articulé autour d’un groupe de trois gentils et d’un groupe de trois méchants, le récit se focalise sur l’élément le plus « tangent » de chacun des deux groupes. Cela donne un coté vacillant et humain à la dramaturgie qui, occasionnellement, se déploie dans des scènes à intense suspense. Les acteurs, à commencer par Bill Paxton dans le rôle principal, sont impeccables.

Venez donc prendre le café…chez nous (Alberto Lattuada, 1970)

Un fonctionnaire quadragénaire entreprend de séduire une des vieilles filles d’un naturaliste récemment décédé.

C’est une charge -répétitive, grossière et hypocrite- contre la morale religieuse et sociale mais la nullité du contexte et l’invraisemblance caricaturale des personnages féminins empêchent de la prendre au sérieux.

Le moulin du Pô (Alberto Lattuada, 1949)

A la fin du XIXème siècle en Emilie, une famille de meuniers sur le Pô est affectée par la lutte sociale entre les métayers et le propriétaire.

Belle et synthétique fresque adaptée d’une trilogie romanesque de Riccardo Bacchelli. Le sens visuel avec lequel sont filmés la campagne et le fleuve rappelle les grands films de Marc Donskoï. L’entrelacs d’intrigues amoureuses et économiques est compliqué, parfois décousu en apparence, mais globalement logique. Les temps qui changent sont montrés avec une finesse qui fera grandement défaut à Bertolucci dans 1900, vingt-cinq ans plus tard. Avec, dans un tout autre registre, Mafioso, Le moulin du Pô est, d’assez loin, le meilleur des films de Lattuada que j’ai vus.