L’extravagant Mr Ruggles (Ruggles of Red Gap, Leo McCarey, 1935)

Apologue sur le rêve américain vécu par un majordome anglais. Si certains aspects apparaissent un peu caricaturaux aujourd’hui (les yipeeeeee hurlés à tout bout de champ par les cow-boys, la rombière dont on se demande pourquoi l’Américain s’est marié avec…), le film reste un régal. D’abord, la distribution est excellente, dominée par un Charles Laughton des grands jours, irrésistible lorsqu’il s’agit d’exprimer la fierté dans l’obéissance atavique. Ensuite, cette adaptation d’un roman est particulièrement bien écrite, bien rythmée et concise. La foi indéniable en l’Amérique et en ses idéaux est tempérée par des saillies cocasses, notamment sur la légendaire inculture de ses ressortissants (belle scène du discours de Lincoln à Gettysburg récité par Ruggles, ses amis américains étant incapables de s’en rappeler). Peut-être le caractère finalement superficiel des personnages -qui sont avant tout au service de la fable- empêche t-il L’extravagant Mr Ruggles d’atteindre la profondeur émotionnelle des plus grands chefs d’oeuvre de Leo McCarey. Il n’empêche que le couple formé par Charles Laughton et Zasu Pitts est très attachant, notamment parce que pour une fois les amoureux ont des physiques banals, ce sont des gens ordinaires dont l’auteur s’amuse à nous suggérer l’amour, sans jamais les montrer entrain de s’embrasser. Quoiqu’il en soit, encore un classique de la comédie américaine à l’actif de Leo McCarey.

6 commentaires sur “L’extravagant Mr Ruggles (Ruggles of Red Gap, Leo McCarey, 1935)

  1. un régal, à part la scène longuette où Ruggles s’enivre avec son nouveau maître à la terrasse d’un bar parisien… Charles Laughton est royal, Leo McCarey je connais peu, à explorer j’adore les comédies américaines classiques !

    • Elle et lui de 1939 est à voir en priorité.
      Puis, son remake, Soupe de canard (le meilleur Marx bros), Cette sacrée vérité (la meilleure comédie de remariage), La route semée d’étoiles, Place aux jeunes, Good Sam…

  2. […] Véritable ébauche de Cette sacrée vérité. On y retrouve l’intrigue mais aussi plusieurs détails tel l’importance d’un chien. On décèle aussi le talent de Leo McCarey pour le contraste émotionnel. Grâce à son attention à chacun des personnages et à son jusqu’au boutisme, il fait passer le spectateur de l’amusement à la poignante gravité à l’intérieur d’une même séquence sans que ça ne paraisse forcé. Les ruptures de ton les plus frappantes, tel le gazage du chien, ne sont pas artifices lacrymaux décorrélés du reste mais justifient l’oeuvre dans toute sa profondeur; ainsi l’improbable amitié entre un PDG et un gamin vagabond est-elle expliquée par une solidarité de coeur. Edmond Lowe n’a pas le génie comique de Cary Grant et le découpage n’est pas aussi fluide que celui du chef d’oeuvre de 1937 mais, pour un film de 1930, Madame et ses partenaires est un film aéré et dynamique. En dehors de Soupe au canard qui appartient autant aux Marx brothers qu’à son réalisateur, c’est, de loin, le meilleur long-métrage de McCarey d’avant L’extravagant Mr Ruggles. […]

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