Welcome to New-York (Abel Ferrara, 2014)

Le chef d’une grande institution internationale se fait inculper pour le viol d’une femme de chambre.

Cela commence comme un tableau grotesque des abus engendrés par la toute-puissance et ça se termine comme une réflexion catholique façon Bernanos où le double fictionnel de Strauss-Kahn s’avère la proie de Satan. Ce qui demeure le plus intéressant cinématographiquement parlant, c’est l’utilisation du corps de Depardieu, tantôt dominant (les longues orgies où il est un pur consommateur sexuel), tantôt dominé (les séquences de fouilles, non moins longues). Le sexe est filmé dans un parfait équilibre entre séduction et distance grâce au clair-obscur et aux grognements de Depardieu. Cependant, l’écriture pèche; les dialogues sont pauvres, tout ce qui a trait aux ambitions de la belle-famille n’est pas assez bien développé et les deux heures de projection ne sont finalement pas justifiés tant la matière narrative demeure faible. « DSK+Ferrara+Depardieu », cela demeure un coup plus qu’un film.

 

 

Danton (Andrzej Wajda, 1983)

De retour à Paris, Danton inquiète le comité de salut public.

Wajda a fait de Robespierre et Danton les deux faces de la Révolution: l’un est le monstre totalitaire et froidement sanguinaire tandis que l’autre est le sincère ami du peuple qui souhaite en finir avec la guillotine. Même si l’implacable démonstration de la folie criminelle des révolutionnaires a le mérite de remettre quelques pendules à l’heure (à commencer par celle du commanditaire François Mitterrand qui sortit furieux de la projection), cette schématisation a la tort d’être déroulée de façon prévisible. Dans sa globalité, le jeu des acteurs accentue l’impression de théâtralité qui émane d’une écriture très didactique et d’une mise en scène peu subtile. Cependant, quelques séquences -tel celle où Robespierre se prépare pour la fête de l’Etre suprême- se distinguent d’un ensemble assez académique grâce à leur beauté funèbre et étrange à laquelle contribue grandement la musique de Jean Prodromidès.

Les temps qui changent (André Téchiné, 2004)

A Tanger, un grand architecte français retrouve son premier amour…

Très beau quoiqu’imparfait. L’histoire du couple principal est traitée avec une justesse romantique que l’on avait plus vue dans le cinéma français depuis la mort de François Truffaut. A commencer par Catherine Deneuve et Gérard Depardieu, encore plus émouvant que dans La femme d’à côté,  tous les acteurs excellent. Toutefois, André Téchiné a inséré ce drame central dans un tissu romanesque qui ne convainc pas toujours tant il récupère tous les clichés d’un Maghreb sauvage et séduisant que n’auraient pas renié Jack Lang et Léon Poirier (la scène de l’abattage rituel parfaitement gratuite). Si le plan le plus beau du film est peut-être le panoramique où les deux anciens amants se retrouvent face aux clandestins qui attendent devant Gibraltar, celui du Noir arrêté devant Deneuve semble n’avoir aucun autre objet que l’étalage de la bonne conscience de gauche de son réalisateur nous disant alors quelque chose comme « je me passionne pour des histoires sentimentales entre grands bourgeois mais attention, je reste très concerné par les injustices de la société ». Au niveau du découpage, les tremblements de la caméra (à l’épaule?) fatiguent plus qu’ils n’insufflent une quelconque fièvre. C’est que les acteurs et la foi romantique de Téchiné suffisent à emporter le spectateur dans son récit.